Ici Alger (5) : A la recherche du temps perdu

A l’angle de l’hôtel d’Angleterre, plastiqué dans les années 90, s’ouvre la mythique rue de Tanger. Rectiligne et bordée de petits immeubles, construits en pierre de tuf au tout début de la colonisation, et de petits commerces, cette rue algéroise porte une longue histoire et continue à drainer foule et badauds. Dès les premiers pas dans cette étroite voie carrossable (!), au grand dam des piétons qui se faufilent entre voitures et camionnettes de légumiers, on aperçoit le vieil immeuble restauré qui abrita la rédaction du quotidien L’Opinion, du temps de Bachir Rezzoug et Hafid Chibane, deux grands professionnels qui tentèrent dans les années 90 la belle aventure de la presse libre. Une vraie école pour beaucoup de jeunes journalistes, à l’époque. Puis, c’est l’échoppe de Lamri, le luthier qui alimente les artistes en matériel de musique depuis des décennies. En face, la destination des inconditionnels de sardine et de soupe de pois-chiche, Chez Ribouh, une autre institution qui connaît toujours une grande affluence depuis 1963. Et, malheureusement, rideau baissé, la vitrine du fameux maître-pâtissier, El Hadj Ali Oukoulou. L’impasse attenante abrite l’un des meilleurs restaurants d’Alger, «Le Bon Sens», tenu par le chef Kamel Azougli avec son légendaire bon accueil et son menu qui attire les fins gourmets. On y vient de loin pour goûter à ses produits frais savamment mijotés. Plus en avant, la rue de Tanger est perlée d’échoppes en tous genres. Boulangerie, quincaillerie, gargotes, troquets... On y trouve de tout pour remplir son couffin d’emplettes, se rafraîchir et déguster quelques mhadjeb fumantes. A l’étroit carrefour, le Roi de la loubia, première attraction du coin, ne désemplit presque jamais. Son menu, sardines et fayots, continue à attirer la foule à l’heure du déjeuner. Le défunt El Morro avait réussi à faire de cette adresse une attraction gastronomique relayée par tous les guides de voyage. Une petite pause au kiosque de Si Tayeb pour un brin de causette avec les anciens s’impose. Une immersion dans la large culture et la profonde sagesse... Avant de s’exfiltrer de cette voie mythique, baptisée Ahmed-Chaib aujourd’hui, un dernier regard sur le passé, apparaît alors le chapelet de célébrités nationales et mondiales qui a foulé ses trottoirs et ses pavés, comme rapporté par Rachid Lourdjane dans un édifiant article-fresque paru en 2013 sur El Watan et qui retrace les grands jours de «cette rue, cette légende».

K. M.

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