Cycle cinéma et révolution : Alger, capitale de la résistance

Diffusion de films parfois inédits, d’archives rares de la TV publique, des hommages à des femmes et à des hommes qui ont marqué l’histoire du cinéma algérien, des invités de qualité, font l’essentiel de l’émission «ciné thématique» de Canal Algérie, animée par Amir Nebbache et réalisée par Nabil Tribèche.

Le numéro de vendredi dernier a été consacré à un chapitre lumineux de notre lutte pour l’indépendance, la résistance populaire contre les parachutistes durant la bataille d’Alger. L’on sait qu’à partir du 7 janvier 1957, il y a de cela 64 ans, le gouvernement colonial de Guy Mollet avait confié les pleins pouvoirs au général Jacques Massu pour réprimer cette résistance.
Pour parvenir à leurs fins, les parachutistes ont pratiqué la torture à l’encontre des patriotes algériens, banalisant des actes monstrueux : violents sévices à l’électricité (la tristement célèbre gégène), pendaisons par les membres, baignoire, exécutions sommaires, corvées de bois, jugements expéditifs par les tribunaux militaires, centres de détention. Toute la sinistre panoplie du parfait bourreau.
Pour évoquer les péripéties de cette bataille, Amir Nebbache a invité Mohamed Rebah, chercheur en histoire et écrivain.
Ce dernier a restitué les contours de ce combat héroïque contre l’injustice et l’oppression coloniales. On a eu d’abord le plaisir de voir un documentaire réalisé par François Demerliac, intitulé «La disparition». C’est une quête de justice qui s’étale dans le temps et dont l’objectif est de faire la lumière sur le meurtre de Maurice Audin, militant communiste, jeune assistant de mathématiques, arrêté, torturé puis déclaré «évadé» par les parachutistes en janvier 1957.
Ce document est bâti sur des témoignages et des interviews recueillis auprès de Josette Audin, son épouse, Pierre Vidal Naquet, Henri Alleg, Nicole Dreyfus, Robert Badinter, Mohamed Harbi… Certains témoignages sont illustrés par des scènes de la prétendue évasion d’Audin.
Le documentaire fonctionne selon deux temporalités, à savoir l’année où fut déclarée la «disparition» et notre époque.
Demerliac a voulu instituer un débat sur la question, dénoncer un déni de justice, les instructions qui ont conduit à un non-lieu suite à la loi d’amnistie du 22 mars 1962.
La trame repose sur le texte de l’historien Pierre Vidal Naquet, qui a accompli un travail d’investigation rigoureux pour cerner la vérité. C’est le récit d’un monumental chaos moral des autorités françaises et c’est une reconnaissance envers tous ceux qui se sont élevés contre ce crime. Demerliac a utilisé la technique de la reconstitution de faits interprétés par des comédiens. Maurice Audin n’est jamais montré sinon par des photos, comme s’il s’agissait d’une ombre furtive pour mieux accentuer l’affirmation d’une disparition préméditée.
Les actes de tortures sont représentés par des endroits vides, des cellules balayées par la caméra. Le travail laisse un sentiment d’amertume. Des décennies plus tard, les coupables ne sont pas condamnés.

Héros malgré lui

Second document au programme, «Hassan Terro», un film de Mohamed Lakhdar Hamina, réalisé en 1968. Sous le registre du burlesque, le film raconte les mésaventures de Hassan, un quidam nullement désireux de s’impliquer dans le combat mais qui se retrouve, à son corps défendant, entraîné dans cette bataille. Père de famille un tantinet naïf, il accepte d’offrir, sans le savoir, l’hospitalité à un moudjahid activement recherché par les soldats. Une série d’évènements et de quiproquos le propulse sur le devant de l’actualité, le présentant sous le pseudonyme «de Hassan Terro», un grand combattant.
Le regretté Rouiched a quasiment immortalisé ce personnage, sidérant et héros malgré lui.
A l’origine, il s’agissait d’une pièce de théâtre, écrite par Rouiched en 1963 et mise en scène par Mustapha Kateb. C’était l’occasion de renouer avec une pléiade d’artistes-comédiens qui ont disparu aujourd’hui. On cite Hassan El Hassani, Keltoum, Tayeb Abou El Hassan, Larbi Zekkal, Mustapha Kateb, Sid Ali Kouiret, Mahieddine Bachtarzi, Abou Djamel, Allal El Mouhib, le Zornadji Boualem Titiche, Goucem, Nemri, Stiti, Hamdi…

Mohamed B.

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