Célébration au TNA de la Journée arabe du théâtre : Keltoum et ses sœurs

Ph.:Y-Cheurfi
Ph.:Y-Cheurfi

Le Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi a rendu hommage, mardi , à l'occasion de la célébration de la Journée arabe du théâtre, à tous les artistes algériennes et algériens, que ce soit du cinéma, du champ musical, du théâtre... à travers la présentation de la pièce théâtrale intitulée «Mémoire de Keltoum» de Djamila Mustapha Zegai et mise en scène par Tounes Ait Ali.

Cette célébration, qui coïncide aussi avec l'annonce de la réouverture de toutes les salles d'activités culturelles, fermées depuis le mois de mars 2020 pour cause de coronavirus, était aussi une occasion de faire une petite présentation rétrospective de cette grande actrice, Keltoum, et de son parcours artistique, en évoquant également son expérience et celle de Saliha Ayoub, lors d'une petite conférence qui a précédé le spectacle.
Ainsi, le TNA a rendu un hommage particulier à des femmes particulières. Des femmes qui ont fait l’histoire du 4e art en Algérie, du cinéma, du chant..., à une époque où ces activités étaient interdites aux femmes. Les familles algériennes de l'époque ne badinaient pas avec les traditions ! Pourtant, c'est un art noble auquel ces grandes dames ont consacré leur vie. Dès leurs débuts, elles ont brillé par leur talent et leur volonté de jouer, d’interpréter, mais surtout de donner, sans attendre de retour. L’époque où elles ont décidé d’entamer une carrière de comédienne n’était pas facile. Elles ont bravé la société, les us et les coutumes. Leur seule arme : l’amour du théâtre. Elles, ce sont Keltoum, Nouria, Farida Saboundji, Fatiha Berbère, Nadia Talbi, Ouahiba, Doudja, Fetouma, Fatma-Zohra Mimouni… et bien d’autres. Elles ont ouvert la voie à toutes ces femmes qui exercent dans ce domaine ou dans le cinéma actuellement. 
Parmi ces œuvres, on citera : «La maison» de Bernarda Alba, «Hafila tassir», «El-Dahaliz», «El-Baouaboun»… et bien d’autres. Une époque qui ne reviendra jamais, hélas ! Or, ces talents ont étaient marginalisés, voire oubliés, comme le témoigne si bien la pièce théâtrale présentée. 
La comédienne et actrice Keltoum, de son vrai nom Aïcha Adjouri, a raconté son parcours artistique. Attirée dès son jeune âge par le théâtre et la danse, elle sera découverte par Mahieddine Bachtarzi qui l’intégra à sa troupe après qu’elle a défié sa famille qui n'a jamais accepté qu'elle devienne artiste. Elle parle avec son compagnon de route et ami qui tente d'écrire des mémoires, de ses rôles dans de nombreux sketches et de ses nombreuses tournées en Algérie et à l’étranger (France et Belgique, Espagne....). Elle devait, ensuite, créer de nombreuses pièces, soit aux côtés de Bachtarzi soit avec Rachid Kesentini ou Habib Reda. C’est à Keltoum que furent confiés les principaux rôles féminins, qu’il s’agisse de comédie ou de tragédie. Elle jouera dans des pièces adaptées du patrimoine universel, notamment dans «Othello» de Shakespeare. En 1956, elle arrêta ses activités artistiques et ne reprit qu’en 1963 avec le TNA jusqu’à sa retraite. Une retraite qu'elle a du mal à accepter. Elle refuse de devenir également une mémoire occasionnelle qu'on cite lors d’évènements culturels. Elle sombre dans le passé jusqu'à la fin de ses jours où elle s'est retrouvée toute seule sans même ses propres enfants à ses côtés.
Kafia Aït Allouache

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