Culture

mardi 24 octobre 2017

Rencontre avec Abderrahmane Mekhlef, auteur de Un brin de menthe à l’oreille. Une saga de la Casbah : Les souvenirs et le parfum d’antan

PUBLIE LE : 04-06-2014 | 0:00

Cet épais roman qui vient tout juste de paraître aux éditions APIC est l’œuvre d’un homme qui a toujours conservé un tendre regard pour son quartier, la Casbah, dont il est natif à la fin des années trente. Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Alger en 1973, il a été journaliste à l’APS et Algérie-Actualité, et cofondateur de l’hebdomadaire Jeunesse-Action.

Dans ce second livre, l’auteur a eu la bonne idée d’insérer dans ses pages une remarquable introduction de M’Hamed Aït Djafer qui n’est autre que le frère aîné du poète qui avait écrit son admirable «La complainte des mendiants de la Casbah». Ce dernier évoque, après lecture, la nécessité pour les auteurs actuels de la réécriture de l’histoire de la lutte de libération par des acteurs et des témoins qui mettraient en exergue une histoire perçue comme un reflet de la lutte quotidienne du peuple algérien à travers ses aspects aussi bien prosaïques qu’opiniâtres et sublimes. une histoire qui, sous le manteau de l’oubli, nous montre dans son visage émouvant et humble des petites gens qui, dans la simplicité de leur sacrifice, ont réussi malgré le climat ambiant de terreur à accomplir des actions d’éclats déterminantes et qui ont abouti à l’indépendance. Le présent livre est un fervent et vibrant hommage à La Casbah pour toute la magie qu’elle recèle pour ceux qui ont longtemps arpenté ses ruelles en escaliers et raconte d’une manière romancée les légendes, épopées et destins extraordinaires de la merveilleuse cité qui exalte encore, pour ceux qui lui voue une éternelle affection malgré son état de délabrement avancé, les senteurs épicées et le parfum enivrant du thé à la menthe.
Le titre de ce roman-fleuve est d’ailleurs un clin d’œil à la coquetterie casbadjie d’antan qui exprimait tout un art de vivre et une culture populaire faite de brassages de civilisations qui vivaient en bonne entente et qui mettaient en avant ces notions toujours de mise, de «nif» et de «redjla».
 Quant au contenu du livre, comme l’indique l’éditeur au verso du livre : «S’étalant sur douze ans, du débarquement des Américains en novembre 1942 au déclenchement de la guerre d’indépendance en 1954 et traversée de figures tutélaires de la médina-caractérisée par des personnages ancrés  dans leur culture populaire et leur résistance à l’occupation— et les multiples événements politiques, culturels et sportifs—, qui ont marqué   et animé le quotidien des Casbadjis, cette longue saga est aussi une quête mémorielle sur la vie intra-muros des ‘’douérates’’ de la cité.»
Ici l’entretien express que nous a accordé l’auteur à la librairie générale d’El Biar au cours de sa vente-dédicace.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis un ancien journaliste. J’ai commencé à exercer ce métier en octobre 1962 à l’APS. Je faisais partie de l’équipe de journalistes qui avait fait redémarrer l’agence parce qu’il faut dire qu’elle avait était créée en 1959 à Tunis et puis à Alger après l’indépendance. J’ai collaboré à divers journaux dont Algérie-Actualité avant de retourner à l’APS. J’ai, par ailleurs, participé à la fondation de périodiques dont «Jeunesse Action», «La vie algéroise» et «Escales». J’ai été correspondant de l’APS à Belgrade où j’ai entrepris l’écriture d’un manuscrit qui va bientôt paraître.

Qu’en est-il de ce livre au titre si évocateur ?
je suis né à la Casbah, et c’est un quartier qui me tient beaucoup à cœur parce que sa symbolique est immense. Je considère que c’est le plus grand patrimoine archéologique et culturel du pays. C’était le siège de la Régence dont les raïs avaient dominé la méditerranée pendant trois siècles, et maintenant je constate avec dépit et tristesse que cette prestigieuse cité se dégrade sous le regard indifférent des autorités ; et cela est absolument inacceptable ! Je voudrai pousser un cri d’indignation qui doit éclater partout, et c’est justement pour cela que j’ai écrit ce livre. Ce n’est pas un exercice de mémoire mais je veux rendre à la Casbah ce qu’elle mérite, et j’ai voulu à travers les 12 ans que retrace cet ouvrage parler de tout ce qu’elle représente du point de vue culturel ; celui de la résistance politique, de la vie de tous les jours, des femmes aussi dont je parle beaucoup car elles sont absolument admirables, que ce soit les mères-courage ou bien les jeunes qui s’étripaient le chignon sous les terrasses et qui guettaient «el fel» en jouant à la bouqala. Je rends aussi un hommage aux juifs da la Casbah qui ont aidé les algériens pendant la seconde guerre mondiale car c’était une époque de
misère terrible.

Comment pouvez-vous classer ce dernier ouvrage paru après «Loin de la source» ? Est-ce un essai documenté sur l’histoire de la Casbah ou concrètement un roman ?
Non, c’est un roman avec une intrigue qui est racontée dans un récit qui prend l’allure d’un roman. On y trouve des personnages qui se télescopent, se rencontrent et se séparent. Il ya bien sûr une partie imaginée avec des personnages fictifs, mais le fond de l’histoire reste authentique car ce roman inclus dans sa trame des personnages qui ont réellement existé. Je me suis inspiré de mes souvenirs d’enfance, de la lecture d’Alger-Républicain qui m’a permis de parler de la vie des pieds-noirs, de grands événements internationaux, et notamment de la guerre de Palestine, un sujet qui me tient à cœur et que j’aborde dans ce livre par le biais de l’arrivée d’un agent de Ben Gourien qui était venu à Alger pour recruter Raymond Timsilt, un juif berbère de la Casbah. Ce dernier avait refusé son offre en démontant un à un les arguments sionistes. S’ensuivit alors un contrat que l’envoyé sioniste négocie avec la pègre pied-noir pour tuer ce dernier. Mais le lecteur peut aussi lire dans ce roman des historiettes faisant état d’amourettes, comme lorsque j’évoque les cérémonies de mariages ou encore la fête de la Pâque juive dans la Casbah.

Un dernier mot ?
je voudrai dire à ceux qui liront ce livre que l’histoire de la Casbah et de sa culture, notamment sa musique chaâbie, ont une valeur impérissable qui fait le bonheur comme l’inspiration de tous ceux qui y sont nés ou l’ont habitée. J’ai écrit cet ouvrage pendant un an, et j’ai effectué des recherches et consulté des documents comme lorsque je relate «la guerre des truands» à laquelle j’accorde beaucoup d’attention. et pour ce faire, j’ai lu pratiquement toutes les éditions d’Alger-républicain qui vont de l’année 1942 à 1954.
Entretien réalisé par
Lynda Graba



 

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