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vendredi 16 novembre 2018

Hommage au docteur Benaouda Benzerdjeb au Forum de la Mémoire d’El Moudjahid : Le premier médecin martyr de la Révolution

PUBLIE LE : 16-01-2014 | 0:00

Le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’Association Machaal Echahid, a ouvert, hier, une page méconnue de la Révolution de Novembre. Il faut dire que très peu de travaux de recherche ont été consacrés aux services de santé de l’ALN. La conférence, animée par l’universitaire Mohamed Guentouri sur le système de santé dans la Wilaya V, se voulait un hommage au docteur Benaouda Benzerdjeb assassiné par les forces coloniales le 16 janvier 1956. Il est le premier médecin martyr.

La mort en martyr du docteur Benzerdjeb est considérée, selon les historiens, parmi les pages les plus émouvantes qu’a connues la capitale des Zianides.  Au lendemain de l’assassinat du médecin, Tlemcen avait juré de venger son fils. Une explosion populaire s’en était suivie. Aussi, la ville de Tlemcen a connu de nombreuses manifestations et marches en réaction aux pratiques criminelles des autorités coloniales. Pour certains, la mort du docteur, engagé dans la lutte de Libération, a provoqué un déclic chez les intellectuels. C’est ce jour qui a fait basculer tous les Tlemcéniens, sans exception, dans les rangs de la lutte armée. Mohamed Guentari a consacré 19 ans à des travaux de recherche, a consulté des archives sur « Les services de Santé de l’ALN », dans le cadre d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université Paul Valéry (France) au mois de juin 1985. Ainsi, cet ancien commissaire politique a réussi à revisiter l’action salutaire du corps de la santé qui jouissait d’une profonde estime et considération auprès des djounoud et de la population algérienne. Dans sa thèse, de plus de 200 pages, réalisée sous la direction du professeur André Martel, il est revenu sur le dévouement de ces étudiants en médecine qui avaient rejoint les maquis en mai 1956, qui travaillaient souvent dans des conditions dérisoires, et, parfois, dans des espaces de fortune. Engagés dans la Révolution, après avoir laissé une vie lucrative derrière eux, ils  prodiguaient des soins, dans les villes, les campagnes, les plaines et les montagnes et dans des conditions pénibles, aux militants et combattants de l’ALN et du FLN. Un grand nombre parmi eux est tombé au champ d’honneur.  Pour la Wilaya V, on compte 19 chahids, entre médecins et pharmaciens. Aujourd’hui des hôpitaux portent leur nom à l’image du docteur Tedjini Damardji, docteur Echrif..., Mohamed Guentouri a dans sa thèse expliqué que le secteur de la santé durant la Révolution a connu deux phases distinctes. Une  première phase, de 1954 à 1956, caractérisée par un manque flagrant en termes de personnel et de matériel, alors que la deuxième phase, de 1956-1962, dont le début coïncide avec la grève des étudiants (19 mai 1956), a connu une meilleure organisation de ce secteur, notamment à travers les formations dispensées au profit des futurs médecins et infirmiers en application des résolutions du congrès de la Soummam.
Nora Chergui

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Mohamed Guentari :
« Le fruit de 19 ans de recherches »
« La France coloniale a utilisé dès 1958 des gaz toxiques et des produits chimiques. A l’époque, les gens ne savaient pas ce que cela signifiait exactement mais on pouvait percevoir l’impact et les effets nocifs spectaculaires : « certains se cognaient la tête contre les murs, d’autres se retrouvaient du jour au lendemain frappés de cécité », souligne M. Mohamed Guentari. Et d’ajouter : « J’ai personnellement effectué des enquêtes avec les commissions médicales qui prenaient en charge les moudjahidine invalides pour voir quelles sont les maladies dont souffrent ces moudjahidine. Et il s’est avéré qu’il y a des maladies qualifiées d’étranges par nos médecins. Ceci m’a poussé à la réflexion et de préparer une thèse portant sur « la santé et l’organisation sanitaire et la chirurgie de guerre de l’ALN, pendant la guerre de Libération nationale. » Ce  travail a nécessité pas moins de 19 années de recherches, de 1966 à 1985. La première personne ayant ouvert le dossier des expériences nucléaires et les gaz au niveau de Reggane, Oued Namouss, In Yekker, c’est moi. »
Propos recueillis par Soraya G.

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Mohamed Lemkami :
« Un nationaliste de la première heure »
Mohamed Lemkami a présenté un bref aperçu sur la mort de ce chahid, premier médecin martyr de la Révolution. Il soulignera à ce propos que Benaouda Benzerdjeb est né le 9 janvier 1921 à Bab El Hdid à Tlemcen. Après l’école primaire, il a fait son secondaire au collège de Slane et passé brillamment son baccalauréat en juin 1941. Le chahid était trilingue, maîtrisant parfaitement les langues arabe, française et allemande. Après un court passage à Alger, puis à Montpellier, c’est à l’université à Paris qu’il va poursuivre ses études de médecine. Dès l’obtention de son diplôme de médecine, en 1948, il retourne au pays et ouvre son cabinet de pédiatrie dans sa ville natale à la rue Clauzel, qui porte actuellement son nom. Ses sensibilités nationalistes l’ont amené de très bonne heure, note Dr Lemkami,  à militer  dans le parti MTLD. En tant qu’étudiant à Paris, il devient activiste dans le mouvement estudiantin et finit par être le trésorier de l’association des étudiants musulmans nord-africains. Dès le déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954, il s’engage avec le Front de Libération nationale, affirme l’orateur. Et d’ajouter qu’à Tlemcen, le cabinet de Dr Benzerdjeb a connu le secret de nombreux blessés de l’ALN. A l’époque Dghil Benali, dit Si Kaddour, puis Si Brahim, futur colonel Si Lotfi était le responsable politico-militaire de Tlemcen et sa banlieue. Pour précision, indique M. Lemkami, le chahid Benzerdjeb activait déjà et était en contact avec Si Embarek, futur commandant Farradj de Sebdou, avec Si Yahia Khémis, futur capitaine Jaber chef de la zone 1, Wilaya V et Ahmed El Bouzidi, dit Mokhtar Ogb Ellil de Sabra. Ces différents chefs de secteurs de l’ALN faisaient appel à lui pour soigner en plein maquis des blessés intransportables. Par Si Mabrouk (Abdelhafid Boussouf), à l’époque adjoint de Larbi Ben M’hidi, commandant en chef de la zone 5 de l’Oranie, futur Wilaya V, il entre en contact avec le curé de Remchi, l’abbé Alfred Beringuer, pour l’approvisionnement de l’ALN en médicaments, pansements et pataugas. Poursuivant ses propos,  M. Mohamed Lemkami soulignera que pour contrer la propagande et les mensonges des services d’action psychologiques du 5e bureau de l’armée française, l’ALN lui avait demandé de leur procurer une ronéo permettant d’éditer des tracts. Et de rappeler que ces produits, comme les machines à écrire, les ronéos, les caméras et les appareils photos étaient sévèrement contrôlés par l’ennemi et tout vendeur était astreint d’informer les services de police pour toute acquisition de ces appareils. Avec beaucoup de précautions en utilisant même une fausse pièce d’identité, Dr Benzerdjeb avait acquis une ronéo chez un juif distributeur à Oran et l’avait dans le secret total livrée dans une unité de l’ALN proche de Sebdou. Etait-ce l’origine de son arrestation ?  s’est interrogé l’orateur, avant de répondre qu’à ce jour, il est impossible de l’affirmer.
Il convient de rappeler, dans ce contexte, que Dr Benzerdjeb aurait été arrêté chez lui à Tlemcen, dans le quartier de Bab El Hdid, le 7 janvier 1956 et a été assassiné le 16 janvier de la même année.
Durant toute cette période, il avait connu toutes les techniques de torture que faisait subir l’armée française d’occupation aux Algériens, hommes et femmes.
Propos recueillis par Soraya G.

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