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lundi 12 novembre 2018

Hommage à Mohamed Morsli au Forum d’El Moudjahid : Un homme hors du temps

PUBLIE LE : 23-12-2013 | 0:00

Les amis de Mohamed Morsli, journalistes comme Amar Belhimer, Mohamed Merzoug, Zouaoui Benamadi, Nacer Mehal, Mohamed Louber, Omar Belhouchet,  et compagnons au sein du MALG comme Yazid Zerhouni, Ali Hamlet... qui préfèrent l’appeler «Si Aziz», son nom de guerre, étaient hier présents au Centre de presse d’El Moudjahid, pour évoquer et revisiter le parcours d’un homme doté d’une forte et non moins attachante personnalité. À travers les témoignages des uns et des autres, il est aisé de déduire que cet homme avait des qualités rares.
Il a su gagner l’estime, le respect et la considération de tous ceux qui l’on connu et côtoyé dans le cadre du combat contre le colonialisme ou dans un cadre professionnel. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Mohamed Morsli, dont les grands-parents sont originaires d’El-Bayadh, est né le 24 août 1938 à Midlet (Maroc). Le 19 mai 1956, comme tous les étudiants, il était convaincu qu’il ne fera pas un meilleur cadavre avec son diplôme, et participe à la grève des cours et des examens déclenchée par l’UGEMA.
Le 1er août 1957, il n’a que 19 ans ; il décida alors de rejoindre les rangs de l’ALN au niveau du commandement général de la Wilaya V.  Avec d’autres camarades, qui avaient déserté les bancs de l’école et de la fac, il se retrouve dans la première promotion de l’École des cadres de la Wilaya V. Baptisée promotion colonel Larbi Ben Mhidi, cette promotion, dont faisaient partie Nouredine Yazid Zerhouni et Kasdi Merbah, selon l’ancien colonel de l’ALN, Ali Hamlet dit Yahia, a bénéficié, dans la clandestinité, d’une formation politique et militaire de qualité pendant plus de 6 mois. Une partie des élèves fut affectée dans les 8 zones de la Wilaya V, et le reste réparti dans les différents services de l’état-major, et par la suite ceux du GPRA.
Une vingtaine d’entre eux sont tombés au champ d’honneur, d’autres ont été faits prisonniers, torturés et certains d’entre eux exécutés comme Mustapha Khaled dit Chakib, dans une corvée de bois au camp militaire de Boghari, et le benjamin, Sid Ahmed Belaroussi dit Amine, assassiné à coups de crosse dans l’ex-casino de la Corniche à Baïnem. L’ancien colonel dit que l’armée coloniale avait reçu comme ordre que tous les éléments de la promotion Larbi Ben Mhidi arrêtés devaient, après torture, être abattus. Ali Hamlet, qui a connu Mohamed Morsli au lycée Moulay Ismaïl de Méknès, évoque le trait de génie de ce lycéen qui maîtrisait la langue de Molière qui lui avait permis de décrocher le prix de prestige de l’Alliance française.
Le journaliste Amar Belhimer, qui avait connu Morsli dans les années 1980, revenu prendre les rênes du journal El Moudjahid, dit de lui qu’«il était un transpartisan tout en étant protecteur». Il garde de ce directeur, ce responsable qui avait une horreur maladive de la médiocrité, le souvenir de son grand souci de recourir à la compétence. Tous ses amis, qui se sont succédé pour parler d’un homme qui a marqué son temps et son entourage, ont mis en exergue sa probité et son sens de l’honneur. Nacer Mehal se rappelle de cet homme, le souvenir de celui qui gardait dans sa poche, une lettre de démission.
Zouaoui Benamadi, lui, le compare à Hemingway ; Omar Belhouchet dit que c’est un homme «hors du temps»,  car il voulait une presse ouverte où la langue de bois n’a pas sa place. 14 ans se sont écoulés depuis la disparition de Mohamed Morsli, l’officier de l’ALN et l’ancien directeur d’El Moudjahid, mais son souvenir demeure vivace dans le cœur de ses amis. Yazid Nourredine Zerhouni, qui l’a connu et a travaillé avec lui dans le service de renseignement, en 1958, dit : «Nous étions 10 à travailler dans ce service. Notre travail consistait à faire des analyses, et parmi nous tous, il était transcendant.
Il l’était par la rigueur de ses analyses, la clarté et le sérieux de tout ce qu’il faisait.» Hier, des professionnels de la presse,  des moudjahidine se sont inclinés à la mémoire de Si Aziz, un homme au verbe haut, ce chevronné commis de l’État.
Nora Chergui

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Impressions

Nacer Mehal, ancien ministre de la communication :
« Le processus de crédibilisation de l’information a commencé avec lui et grâce à lui »
«Ce qu’il y a lieu de dire de M. Morsli, c’est que d’abord, c’était un  moudjahid pendant la Révolution. Après l’indépendance du pays, il s’est attaché à participer à l’édification de différents secteurs. En tant que directeur d’El Moudjahid à deux reprises dans les années 1967-68  ensuite en 1981-82, il a constitué des équipes de journalistes très fortes en œuvrant surtout pour l’indépendance d’action. Le processus de crédibilisation de l’information a commencé avec lui et grâce à lui. Si Aziz, comme on l’appelait très affectueusement, a été, en toute franchise, un exemple de droiture et d’honnêteté au service de son pays, mais aussi un grand défenseur de la liberté d’expression bien avant l’heure. Je crois que si nous sommes arrivés là aujourd’hui, grâce aux résultats que nous connaissons en termes de pluralisme médiatique, c’est un peu grâce au combat mené par cet homme et par d’autres à l’époque du parti unique. C’était une grande école pour nous.»

M. Bennaï, ancien collègue et ami :
« Il avait le respect de tout le monde »
«J’ai connu Si Aziz quand j’étais élève au lycée de Meknès. Par la suite, on s’est retrouvé à l’UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens).  
Puis dans la première École des cadres de l’ALN à Oujda où l’on a eu une formation politique avec le directeur de l’époque, Laâroussi Khelifa, ainsi qu’une formation militaire à Nador avec M. Arbaoui qui a été ministre. On s’est séparé pour nous retrouver après l’indépendance où l’on a travaillé ensemble au ministère de l’Industrie et de l’Énergie avec Belaïd Abdesslam. Il m’a toujours défendu jusqu’au point de démissionner pour moi. Mais ce qui m’a vraiment marqué le plus, c’est quand il était directeur d’El Moudjahid. Il était très humain, humble, fort de caractère et, surtout, il a beaucoup aidé ses amis, par loyauté.»

Kamel Morsli, fils du défunt :
«Il était le père, mais aussi l’ami »
«Je suis très ému pour tout ce qui a été dit sur mon père, et il est très difficile de dire des choses après ces forts témoignages  de reconnaissance, estime et respect. Il n’était pas seulement un père, il était aussi l’ami ; pour preuve qu’on l’appelait Aziz comme ses amis et ses compagnons. Notre rôle est de préserver son image et son nom, mais aussi d’être fiers de lui, pour tout ce qu’il a fait pour son pays.»

Toufik Morsli :   
«Je suis fier d’avoir eu un père tel que lui »
«C’est vraiment difficile de parler de lui. Ce qui a été dit aujourd’hui lors de cet hommage qui lui a été rendu par le quotidien El Moudjahid m’a beaucoup ému ; je suis même gêné par toutes les marques d’amitié qui lui ont été rendues, tellement elles ont été chaleureuses. Nous avons essayé de rester dans la même ligne que notre père, et avec les mêmes principes qui sont ceux de la droiture. Ce que mon père a fait dans sa vie pour son pays et son peuple, je ne peux que le transmettre à mes enfants. C’est leur exemple.»

M. Mohamed Louber, ancien directeur d’El Moudjahid :
« C’est le précurseur d’une presse libre de qualité »
«C’est une grande figure de la presse. Il n’était pas un journaliste professionnel, mais c’est un grand patron de presse. Il a présidé à deux reprises la direction d’El Moudjahid. Il a formé des journalistes. C’est un responsable de haut niveau, le précurseur d’une presse libre, responsable, professionnelle et  de qualité. Il a toujours milité pour cela, c’était son credo, et il n’a jamais cédé sur cela même dans le cadre du parti unique.»  

Colonel Ali Hamlet alias Yahia :
« Il était à l’aise dans sa mission de directeur de l’information »
«J’ai été marqué par la personnalité d’Abdelaziz, très tôt. Bien que je sois son aîné de deux ans, j’ai été remarquablement surpris par son talent  dans la maîtrise de la langue française. En plus, il avait son tempérament, c’est un homme  calme. Il était très méticuleux,  sérieux et surtout très honnête. Il était devenu un grand ami, bien que nous nous soyons séparés par la suite, chacun pris par les turpitudes de la vie, mais nous étions restés toujours en contact.»
Propos recueillis par Kafia Ait Allouache
 

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