Culture

mercredi 23 aot 2017

Note de lecture, Le nid de la colombe de Nazim Benhabib : Un récit époustouflant

PUBLIE LE : 17-12-2013 | 0:00

Comment transcender l’inéluctable vérité de la guerre qui, à l’indépendance proclamée, a provoqué le départ en masse de la communauté pied-noir installée depuis un siècle sur une terre qui n’était pas la sienne et où pourtant des générations d’Européens avaient tissé des liens ?
Il faut bien sûr crever un jour ou l’autre le profond abcès que conservent les mémoires encore endolories des deux côtés de la Méditerranée, d’une histoire qui devait nécessairement suivre son chemin en rendant la justice à un peuple opprimé et privé de liberté depuis des lustres par un système colonial qui devait s’effondrer sous le poids de son iniquité. C’est cette problématique que nous avons retrouvée au cœur du présent roman, une problématique qui pour aussi délicate soit-elle n’en garde pas moins un caractère toujours passionnel, sachant qu’elle est aujourd’hui soulevée avec insistance par des voix qui voudraient panser ces blessures.
Nazim Benhabib raconte, dans ce livre que nous avons lu avec beaucoup de bonheur, emporté que nous étions par la véracité de certains propos exposés et le contenu de l’histoire racontée qui met en scène deux personnages que tout sépare, deux parfaits inconnus aussi étrangers l’un à l’autre à leur histoire pourtant commune. Kader est un jeune médecin un peu rêveur sur les bords, né et ayant grandi en Algérie dans les années 70 ; il possède une culture littéraire et politique que d’autres Algériens de son âge pourraient lui envier et il écrit surtout des articles dans des journaux sur Albert Camus à l’occasion de la célébration du cinquantenaire de sa disparition ; un écrivain dont il semble vénérer la pensée et le style au risque de provoquer de grandes polémiques avec d’autres Algériens qui ne partagent pas du tout son point de vue sur cet écrivain dont ils contestent la position politique pendant la guerre de Libération.
Si en Algérie les critiques fusent, ses écrits sont appréciés en France et tout particulièrement par un ancien pied-noir qui vit en Amérique latine et avec lequel il entretiendra une fraternelle et admirative correspondance au sujet de Camus. Une amitié étrange et exceptionnelle réunit l’amour de Kader et d’Emile Perez pour cette terre sublime et inondée d’un soleil de feu. Ces derniers s’ils sont de génération différente connaissent bien l’Algérie pour y avoir vécu mais leur regard que les traces du temps ont changé est chargé pour l’un d’histoire, d’un passé de guerre et d’une impérissable amertume et pour l’autre de manques et d’insatisfactions.
L’auteur, qui voudrait invoquer l’histoire dans son déroulement et ses vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire, fait parler les protagonistes d’un récit époustouflant qui s’organise autour de la rencontre entre les deux personnages pour un long voyage en Uruguay, Argentine et Chili : «Les deux hommes se découvrent au fur et à mesure.» En fait le roman écrit avec une plume très sensible et qui alterne merveilleusement bien le récit du voyage avec celui de l’enfance, est construit de telle manière à opposer de façon frontale les deux thèses qui s’affrontent toujours avec une subjectivité opaque par-delà la Méditerranée sur l’histoire de la guerre d’indépendance.
L’auteur  tente dans ce roman, dans un remarquable et émouvant jeu narratif, d’en faire la nécessaire conciliation historique, et ce n’est pas sans égratigner les cicatrices indélébiles.
 Lynda Graba
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Benhabib (Nazim). Le Nid de la Colombe, Ed. Dalimen, Alger, 2013, 176 p.

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