Culture

mercredi 19 dcembre 2018

Note de lecture, Le muezzin aux yeux bleus de Fadéla M’Rabet : L’art de fusionner avec une double culture

PUBLIE LE : 09-12-2013 | 0:00

Paru récemment aux éditions Dalimen, Fadéla M’Rabet vient de signer son dernier ouvrage, Le muezzin aux yeux bleus, un récit autobiographique dans lequel l’éducation morale algérienne est exposée à l’aune de plusieurs générations.

L’opuscule de 100 pages, quoi qu’il relate les événements majeurs de la vie de l’auteure, se lit comme un récit consacré à l’éducation morale d’une petite fille algérienne dans un milieu arabo-islamique éclairé, du temps de la colonisation.
Fadéla M’Rabet parvient à grandir, à s’instruire et vivre ses deux cultures d’une façon fusionnelle à la différence de tant de maghrébins qui se disent déchirés.
Tout au long de l’ouvrage, l’auteure met en valeur trois personnes avec lesquelles elle réussit à bâtir une riche identité culturelle, notamment linguistique. Il s’agit du muezzin aux yeux bleus dont la voix s’élève du haut du minaret comme un chant de fado, et qui la rend sensible aux beautés de l’arabe littéraire. Son institutrice de français à l’école primaire, une personne aux valeurs humaines pour laquelle elle voue une grande admiration. Et enfin son père, qui joue un rôle capital dans sa formation et dont elle brosse et donne à travers son ouvrage un beau portrait. Parfait bilingue, à la fois croyant et rationaliste, il lui donne l’exemple d’un équilibre réussi entre la fidélité aux meilleures traditions de sa culture et l’ouverture aux apports d’autres
cultures.
Son attachement à la patrie a été mis en exergue. elle narre avec émotion les premières heures de gloire du drapeau algérien : «Quand je dis drapeau en arabe, je suis submergée par l’émotion qui a fait battre mon cœur jusqu'à la douleur, lorsque je l’ai vu brandi pour la première fois. J’ai le souvenir d’une foule, soudain devenue une houle agitée par les drapeaux, puis marée humaine aux couleurs algériennes», confie-elle à la page 54. L’auteure a mis l’accent sur la difficulté que trouve l’homme à gérer sa vie entre les traditions, les us et coutumes d’antan, et la modernité de la société actuelle : «Chacun est fait de deux êtres juxtaposés. Tantôt c’est le moderne qui parle, tantôt c’est l’archaïque. Ils sont antagonistes. Ils ne peuvent fusionner pour s’unifier. Ils ne peuvent pour l’instant qu’imploser ou exploser dans le chaos», lit-on à la page 45.
Au fil des pages, les souvenirs s’égrènent, notamment ceux de l’élève studieuse qu’elle était, et la fille musulmane pratiquante à la foi sincère, avec la mise en valeur du Coran comme guide spirituel, qui lui a procuré réponses et sérénité. Elle n’a pas manqué d’évoquer et d’analyser des sujets phares de l’éducation morale algérienne, à l’instar de la relation entre l’homme et la femme, l’identité linguistique algérienne, l’islam comme religion et ses rapports entre modernité et fanatisme, le problème de communication de la société de naguère ainsi qu’une vaste spiritualité écrite avec une belle langue sensuelle et poétique, où chaque mot est juste, où chaque phrase porte en elle de multiples résonances.
Née en 1936 à Skikda, Fadéla M’Rabet est docteur en biologie, elle a publié plusieurs ouvrages au lendemain de l’indépendance comme la femme algérienne, chez Maspero en 1965. elle marque une longue pause, avant de reprendre l’écriture en force ses dix dernières années, avec des titres à succès comme Alger un théâtre de revenants paru en 2010 aux éditions Dalimen.
Kader Bentounes

 

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