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dimanche 18 novembre 2018

Les crimes de l’OAS évoqués au Forum de la Mémoire d’El Moudjahid : La terreur aveugle

PUBLIE LE : 04-05-2013 | 0:00

Maître Fatma Zohra Benbraham a laissé, jeudi, sa robe noire d’avocate, pour enfiler le costume de la chercheuse en histoire. L’histoire de l’Algérie. Ce jeudi, au Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’association Machaâl Echahid, elle est revenue, à l’occasion du 51e anniversaire de l’attentat du port d’Alger, perpétré par l’OAS, le 2 mai 1962 , sur les crimes de cette organisation terroriste.

Fonctionnant à la manière d’un syndicat du crime, ce creuset de l’extrême droite française a à son  actif 12.000 attentats, 1.800 morts et 4.000 personnes   blessées   en Algérie et en France.
Maître Fatma Zohra Benbraham qui depuis, quelques années, entame des travaux de recherche sur l’histoire de l’Algérie, et notamment la période coloniale, a, jeudi, présenté une conférence magistrale sur les crimes de l’Organisation armée secrète (OAS) et la genèse de cette milice armée qui a joui de la complicité de l’armée coloniale et qui a semé la terreur et s’est farouchement opposée à l’indépendance de l’Algérie. L’OAS est une phase de la période coloniale, mais il existe très peu d’écrits sur cette organisation terroriste.  En fait, dit-elle, la majorité de ses membres se sont réfugiés en Espagne, et ils sont «très chiches» question témoignages sur cette époque. Et pour entamer sa conférence, elle posera deux questions essentielles, c’est quoi et pourquoi l’OAS ? Il est de notoriété publique que l’OAS a été créée pour saboter les Accords d’Evian qui ont abouti à un cessez-le-feu, après près de 8 ans de guerre et 132 ans de colonisation. Mais, selon maître Benbraham,  ce syndicat du crime a vu le jour en 1960.  Et qu’en fait, ses racines remontent à 1955, avec l’Organisation de la résistance pour l’Algérie française (ORAF) auteur de l’attentat commis à rue Thèbes, la Casbah, dans une nuit d’août 1956 et qui a fait 75 morts, dont 7 enfants. Au mois de novembre 1958, Joseph Ortiz fonde le Front national français (FNF). Ce garagiste de Bab El-Oued décide lui aussi de créer un «parti» pour défendre la politique de l’Algérie française. le 17 janvier 1960, un médecin, Jean Jacques Susini, lui aussi crée le Front de l’Algérie française (FAF). Il sera plus tard un des fondateurs historiques de l’OAS. Et comme pour duper les Algériens, tous unis derrière le FLN, ils ont fait appel à un Algérien, en la personne de Boualem Bachagha, pour créer le Rassemblement pour l’Algérie française (RAF).  
Le 25 octobre 1960, Raoul Salan, qui fera partie, en avril 1961, des généraux qui ont organisé le putsch contre le général De Gaulle, réunit tous les partisans de l’Algérie française et décide de mettre sur pied une nouvelle organisation bien structurée avec des objectifs meurtriers. Au mois d’avril 1961, les membres de l’organisation composée entre 1.000 et 1.500, dont une seule femme, 2 tiers de civils et un tiers de militaire, commencent à diffuser des tracts. «L’Algérie est française et le restera» est sur les murs d’Alger. La toute nouvelle Organisation armée secrète opérant dans la clandestinité veut faire connaître sa politique. Les premiers tracts de cette mystérieuse OAS sont   distribués dans les boîtes aux lettres d’Alger après avoir été imprimés à plusieurs milliers d’exemplaires.
Rassemblement de résistants clandestins opposés à l’indépendance de l’Algérie, l’OAS appelle «à lutter pour l’Algérie française» et à utilise propagande, attentats et actes violents pour faire entendre ses idées en Algérie comme en métropole.

La politique de la terreur
 Les victimes se comptent par milliers en Algérie ou en France. Et comment ne pas évoquer également ces innombrables victimes anonymes des meurtres en série commis par l’OAS en Algérie à travers ses journées, des femmes de ménage, des facteurs, des cheminots, des préparateurs en pharmacie, des dockers ? Comment ne pas oublier les six inspecteurs des centres sociaux éducatifs massacrés dans l’exercice de leurs fonctions et sur leur lieu de travail à Alger (l’écrivain Mouloud Feraoun, l’humaniste Max Marchand, ainsi que Marcel Basset, Robert Eymard, Ali Hammoutène et Salah Ould Aoudia) ? Le slogan de l’OAS était «l’OAS frappe qui elle veut, où elle veut et quand elle veut». Aussi, le maire d’Evian, Camille Blanc, fut assassiné dans la ville même où les accords entre le FLN et la France seront paraphés, d’ autres crimes signés OAS ont été commis en plein cœur de l France et avaient pour cibles des personnalités politiques et militaires. Et comment ne pas penser aux neuf victimes causées au métro Charonne, le 8 février 1962, à l’issue d’une manifestation organisée pour la paix en Algérie et contre les crimes de l’OAS ? On ne peut parler des crimes de l’OAS sans se remémorer ce 2 mai 1962, où des centaines d’Algériens vivant sous le joug colonial s’étaient présentés devant le centre d’embauche du port d’Alger dans l’espoir de décrocher un jeton qui leur permet de décrocher un travail d’une journée. Un travail qui consistait à décharger les bateaux et qui leur donnait le titre de docker. Et cette foule qui sentait la misère, que l’OAS décide de frapper.
Le soleil ne s’était pas encore levé. Les pendule de l’horloge indiquait 5h45.  Et avant même la distribution des jetons, une voiture piégée explosa au milieu de ces travailleurs. Une charge si puissante qu’elle fera près de 300 victimes : 110 morts et 150 blessés. On ne peut également oublier l’attentat commis par l’OAS contre la bibliothèque de l’université d’Alger, le 7 juin 1962,   n’est pas seulement un autodafé, comme le voudrait l’ancienne définition d’un tel acte, mais un «mémoricide».
Nora Chergui

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Ils ont dit…

Mohamed Rebah, chercheur en histoire :
« L’OAS pratiquait la politique de la terre brûlée »
«De prime abord, je voudrais rappeler le contexte de cette tragique journée. Entre le 18 mars 1962 et  la fin mai de cette même année, l’OAS avait juré de faire de l’Algérie, et d’Alger particulièrement, une terre brûlée. Tout le monde avait peur de sortir dans la rue. Ceux qui sortaient n’étaient que ceux qui allaient au travail. Il y avait, en fait, deux catégories : les dockers et les femmes de ménage ; les dockers que les pieds-noirs appelaient «Mohamed», tous, et les   femmes de ménage, toutes des «Fatma». Ils sortaient à l’aube, au mépris du danger, pour gagner leur pain. Et on les a tués. Pourquoi l’OAS a ciblé les dockers ? La réponse, c’est qu’ils voulaient frapper le fer de lance de la lutte contre l’ordre colonial. Cinq dates sont à retenir. Et là, je ne donnerai que des dates symboliques. Des arrêts sur image. 1946 à 1954, c’était la guerre du Vietnam. Les Vietnamiens luttaient, comme nous avons lutté par la suite, pour leur indépendance. Les dockers refusaient de charger les bateaux en partance à destination du Vietnam. C’étaient des luttes quotidiennes. Deuxième date : 1951. Les forces anglaises tuaient au Caire. Les dockers ont refusé de charger les bateaux en partance à destination de l’Égypte. Troisième date : 1952, à El-Asnam, Chlef, lors de la tournée de Messali El-Hadj, il y a eu une répression. Ils ont tiré sur ceux qui y avaient assisté. Ils ont tué deux jeunes. Les dockers étaient à l’avant-garde et ont observé une journée de deuil. Ils n’ont pas travaillé. Je dois rappeler qu’une journée de travail manquée pour un docker, c’est toute la famille qui est privée de nourriture, ce jour-là.
Le 14 juillet 1953 à Paris. Les militants du MTLD ont défilé et brandi le drapeau algérien. Ils ont été fusillés. Lors de l’arrivée de leurs cercueils, ici au port d’Alger, symboliquement, les dockers ont demandé à ce que ça soit eux qui portent leurs cercueils.
Le 10 août 1956, dans la nuit du vendredi 10 au samedi 11 août, une bombe a été déposée à la rue de Thèbes. Et c’est à la suite de cet attentat que la personnalité de Taleb Abderrahmane s’est révélée. Yacef Saâdi m’a dit — j’avais sollicité son témoignage — : «La bataille d’Alger, c’est Taleb Abderrahmane ; c’est le 10 août 1956.» Il ne faut pas oublier cette date.  Le 11 août, les dockers, fer de lance de la lutte contre le colonialisme, ont observé une journée et n’ont pas travaillé. Voilà 5 dates qui marquent l’histoire et ont tracé le destin de ces hommes valeureux, dont on ne rappelle pas assez la bravoure et le mérite.  Par ailleurs, je voudrais terminer sur une chose. Que l’on ne bricole pas sur l’écriture de l’histoire. Le travail de recherche est très dur. Ce n’est pas une sinécure.» 

Me Fatima Zohra Benbraham avocate :
« L’Organisation avait déterminé des jours spécifiques pour chaque métier »
«L’OAS avait déterminé des jours spécifiques pour chaque métier. Le jour des facteurs, le jour des femmes de ménage, le jour des préparateurs en pharmacie, des enseignants — Mouloud Feraoun est mort également assassiné par les mains de l’OAS —  les femmes voilées, etc. Les femmes de ménage qui partaient très tôt le matin se faisaient accoster et on les tuait. On les laissait par terre. Les femmes voilées aussi n’ont pas échappé à la vindicte. En effet, figure parmi ces femmes voilées, la deuxième femme de mon grand-père qui avait été la première à avoir été assassinée avec son enfant Hassan alors qu’elle était partie — heureusement d’ailleurs — prendre des munitions et des documents  à son fils, Madjid Benbraham, qui était clandestinement caché au Telemly. Elle a été tuée avec son enfant.   Concernant les facteurs, je me souviens très bien au niveau de la place Émir-Abdelkader, d’un facteur qui a été assassiné par deux jeunes en moto. Il a été recouvert avec un journal par des Algériens.  Je me souviens également des fusillades. La fusillade de Staouéli. Un jour de Ramadhan, sur la RN5, les gens étaient en train d’attendre la rupture du jeûne. Une voiture est arrivée, une DS noire, avec des gens à l’intérieur. Ils ont fusillé au hasard. Il ya eu quatorze morts et deux filles handicapées qui le sont restées à ce jour. L’OAS a également enlevé des prisonniers. En effet, des prisonniers d’Oran et d’Alger ont été enlevés et  exécutés. C’est la raison pour laquelle, De Gaulles, de peur de voir les gens du FLN tués, a préféré les expatrier en France, dans les prisons françaises. Au moins, on avait la vie sauve.»
Propos recueillis par Soraya G.

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Il y a cinquante et un an le 2 mai 1962  
L’attentat du port d’Alger faisait 200 morts
Emouvante a été la cérémonie de commémoration du lâche attentat du port d’Alger, perpétré le 2 mai 1962 par la sinistre OAS, et qui a fait près de 200 victimes parmi les travailleurs algériens. Malgré la pluie et l’exiguïté de la placette, située à l’entrée de l’enceinte portuaire, la cérémonie s’est déroulée sous la présidence de MM. Tayeb Louh et  Amar Tou, respectivement ministres du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, et des Transports,  en présence des hauts responsables de l’EPAL, des P/APC de Sidi M’hamed et d’Alger-Centre, des secrétaires nationaux de l’UGTA et des hauts  représentants des institutions et entreprises opérant au niveau du port d’Alger. À cette occasion, des gerbes de fleurs ont été déposées au pied de la stèle dédiée aux travailleurs du port, suivie de la lecture de la Fatiha, à la mémoire des nombreuses victimes de cet acte odieux, perpétré deux mois environ après le 19 mars 1962, date de la signature des accords d’Evian, mettant fin à la guerre en Algérie, rappelons-le. À cette occasion, le représentant de l’EPAL a prononcé une brève allocution dans laquelle il a rappelé les circonstances de ce lâche attentat de l’OAS contre les travailleurs du port d’Alger, au moyen d’une voiture piégée, après la signature d’un cessez-le-feu entre les représentants du GPRA et ceux du gouvernement français, en violation directe des lois et règlements internationaux. Selon le même responsable, la forte explosion du véhicule a fait quelque 200 victimes parmi les travailleurs du port, lesquels ont été secourus par leurs collègues et aussi par leurs compatriotes, habitant dans divers quartiers de la capitale, qui ne se sont pas fait prier pour accourir sur les lieux en vue d’apporter aide et soutien aux victimes. Il a ensuite ajouté que le 51e anniversaire de cet acte criminel nous donne l’occasion de s’incliner à la mémoire des chouhada de la guerre de libération nationale, parmi lesquels on peut citer ces collègues de travail, disparus tragiquement. Lui succédant, M. Salah Djenouhat, secrétaire national de l’UGTA, a commencé par saluer la fidélité des travailleurs du port d’Alger aux principes défendus par l’UGTA, depuis sa création historique, avant d’exprimer sa solidarité avec les travailleurs de l’entreprise, qui continuent de faire face à de nombreux problèmes. La cérémonie s’est clôturée avec la remise de médailles de mérite à nombre d’anciens travailleurs de l’EPAL, lesquels, du moins certains d’entre eux,  ont saisi cette opportunité pour se rapprocher des ministres présents pour leur faire part de leurs vives préoccupations.
Mourad A.

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