Culture

mercredi 23 mai 2018

Rencontre avec l’artiste-peintre Amar Aib : « L’art est la sève du peuple »

PUBLIE LE : 16-04-2013 | 0:00

 Le risque est permanent de voir la science et l’art tomber dans la servilité et l’histrionisme mutuel. Ainsi, la perspective d’une réunification œcuménique, des grandes retrouvailles de l’art et de la science, paraît relever d’une nostalgie naïve plus que d’un projet informé, fut-il utopique. La pluralité des œuvres, la divergence des pratiques, sont à louer et à préserver. Les rapports entre arts et sciences relèvent non de la (con) fusion ou d’une «nouvelle alliance», mais de la rencontre, voire de la confrontation. Ce métissage entre l’art et la science semble avoir trouvé sa place chez le docteur et artiste peintre Amar Aib qui exerce sa profession de chirurgien, mais aussi sa passion d’artiste depuis plusieurs années, en Algérie comme en France. Il nous a reçus chez lui, pour une interview sur sa passion et son métier, avec le sourire. Il se prête aimablement au petit jeu des questions-réponses, et revient sur le parcours qu’il a effectué jusqu’à aujourd’hui.

Vous qui êtes médecin, quel rapport y a-t-il entre la médecine et l’art ?
Il y a une grande relation entre les deux. Je pense qu’il faut faire un module de peinture dans la faculté de médecine, parce qu’on devient un peu plus pointu.  Ça devient une œuvre d’art sauf que cette œuvre  est vivante. C’est tout à fait comme les tatouages « Awchem » comme on l’appelle  dans notre dialecte,  c’était quelque chose de très jolie à l’époque mais maintenant ce n’est plus  à la mode il faut les enlever. Donc à chaque période il y a une beauté. Je me rappelle des vieilles qui avaient des tatouages en forme de petite croix sur le menton. Elles avaient une certaine beauté et un certain charme. C’était une mode dans le temps. Quand on peint on est concentré,  on s’oublie et c’est pareil en chirurgie, on est vraiment concentré  avec un plus grand degré sauf que la couleur dominante est le rouge (le sang). La peinture permet vraiment de calmer l’esprit. C’est un anti-stressant.

Vous êtes un artiste peintre autodidacte, c’est-à-dire que vous n’avez pas suivi une initiation académique,  alors quand et comment vous avez senti le besoin de peindre ?  
J’ai commencé la peinture dès mon très jeune âge. En 1983 j’ai décidé de faire une exposition et c’est de là que tout a  commencé.  Je trouve que pour devenir un artiste peintre, il faut d’abord le don puis l’enseignement, mais aussi apprendre la culture d’aimer l’art chez les enfants. J’ai bien vu ces choses à Paris où les parents emmenaient leurs  enfants aux   musées, chose qui n’existe pas malheureusement en Algérie, par faute de moyens de transport, mais il faut savoir que ce que l’enfant gardera d’une telle visite, ce sont  les images qui vont l’accompagner  toute sa vie.
A partir de là,  je trouve que c’est un ingrédient supplémentaire pour donner à ces enfants l’envie de faire de la  peinture.  Tout simplement j’imagine  que si je prends la peinture rupestre, je pense qu’ils ne font pas d’académie aussi.  Donc,  elle a beaucoup de valeur. Je ne suis pas contre l’enseignement académique,  je trouve que c’est même très bien de passer par ce chemin,  mais être  autodidacte,  c’est tout aussi bien, surtout quand on a cette faveur et cet amour pour l’art. Dès le moment où on aime quelque chose je pense qu’on peut aller très loin dans n’importe quel domaine.

Parlez-nous un peu de votre style et de votre démarche picturale ?
Mon style balance beaucoup plus vers  l’expressionnisme, qui est un mouvement artistique  majeur de l’art du premier quart du 20e siècle. Ce mouvement qui toucha essentiellement les pays d’Europe du Nord, influença autant les arts plastiques que la musique, la littérature, le cinéma et le théâtre. De façon plus précise, l’expressionnisme est l’art de l’émotion, de la tension provoquée par la conscience des forces qui entourent l’homme moderne. C’est la projection d’une subjectivité qui tend à déformer la réalité pour inspirer au spectateur une réaction émotionnelle intense. Ses représentations sont souvent basées sur des visions angoissantes, déformant la réalité pour atteindre la plus grande intensité expressive.

Pourquoi avez-vous choisi ce style ?
J’ai choisi ce style parce que c’est un mouvement où on rentre dans le symbolisme. On se base sur les symboles, contrairement à l’impressionnisme, on peint ce qu’on regarde pour donner cette impression d’hiver, d’été, l’expressionnisme c’est un peu rude. Il y a une agressivité picturale parce que c’est un mouvement qui a commencé en Allemagne pendant  la Première Guerre mondiale où les gens ne voulaient pas montrer certaines choses, donc ils les cachaient par le symbolisme. Pour moi l’expressionnisme est le meilleur moyen d’exprimer ses idées et  émotions.

 Vous êtes un touche à tout : la musique, le théâtre... dites-nous davantage sur cela, ainsi que des expositions que vous avez organisées ? 
 Ma première exposition a eu lieu  en 1984-1985. Du temps où Sid Ahmed Agoumi était directeur de la culture de la wilaya d’Alger. J’ai fait deux expositions au Saint George, j’ai fait une autre exposition avec l’association algérienne. Parallèlement à la culture il y avait le théâtre avec le défunt Azzedine Medjoubi où on a essayé de monter une pièce qui s’appelait « les polis p’tits chiens » inspirée d’un livre écrit par  Abderrahmane Lounès. Malheureusement cette pièce n’a pas vu le jour  pour la simple raison qu’Azzedine Medjoubi était appelé  à Batna pour monter une pièce de haute facture qui s’appelait « Aalem el baouche » (le monde des insectes). Je fais aussi de la musique où j’appartenais au  « Groupe 56 ». On  se produisait un peu partout dans les salles, les offices de tourisme, les stations balnéaires et quelquefois dans des mariages. C’était le temps où il y avait les fameux groupes qui ont émergé à cette   époque-là comme Ramsès, T34, Polyphène. Il y avait un bouquet culturel et  j’en profitais au mieux. On organisait aussi des soirées poétiques avec Ali Zammoum et bien d’autres. J’en garde de beaux souvenirs de cette époque.    J’ai fait aussi le Salon des indépendants, le Salon des artistes français après le passage chez le jury professionnel,  j’ai réussi à mettre un tableau hors compétition qu’ils ont accepté. C’est pas pour me vanter,  mais cette participation est très importante pour moi parce que cela m’a permis de dire que j’ai réussi à placer quelque chose parmi les grands et c’est cela mon plus grand plaisir.

Vous avez eu des prix pour vos œuvres ?
Exactement, j’ai eu la Toile d’or à Nice, lors d’un concours.

Chaque artiste a un message à transmettre à travers ses œuvres, quel est le vôtre ?
L’amour ! Parce qu’il a besoin d’être transmis. Il ne faut pas le garder pour soi. Se dire aussi qu’on a qu’une seule  vie et qu’on n’a qu’une seule existence. Il faut tout juste vivre entre ces deux parenthèses de la naissance à la mort.

Vos espérances et projets ?
Dans le cadre de l’exposition que je prépare, il y a une exposition où je regrouperai toutes mes œuvres. Dans le domaine de l’édition, j’ai également  un roman que je souhaite publier. Pour la musique, je continuerai toujours à en jouer.
Entretien réalisé
par Kafia Ait Allouache

 

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