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samedi 15 dcembre 2018

Hommage au chahid Aïssat Idir, au Forum de la MÉmoire d’El Moudjahid : Le père du syndicalisme algérien

PUBLIE LE : 24-02-2013 | 0:00

Comme tous les samedis, Kassamen a retenti, hier, au Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, qui a vécu un moment de solennité et d’émotion, à travers l’évocation du parcours du fondateur de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), une organisation née au cœur de la Révolution. Le parcours d’Aïssat Idir et son empreinte sur la Révolution ont  été évoqués par l’historien Mohamed Abbes, en présence du SG de la centrale syndicale, Abdelmadjid Sidi Saïd.

Le Forum de la Mémoire, organisé en coordination avec l’association Machaâl Echahid,  a tenu à marquer la célebration du 57e anniversaire de la création de l’UGTA dont l’initiative revient au chahid Abane Ramdane qui a réussi à regrouper toutes les forces sous l’égide du FLN. Dans l’asistance nombreuse, se confondaient des héros novembristes, des syndicalistes, des militantes de la fédération de France du FLN, des jeunes…Mohamed Abbes a su dresser, à travers des mots simples, le portrait de ce digne fils de l’Algérie qu’est Aïssat Idir. Il a réussi à reprendre les épisodes essentiels de la vie et du combat de l’enfant de Djamaâ Sahridj, village situé près de Tizi Ouzou. Mohamed Abbes dit que dans le cadre de son activité syndicale, il réalisa que les syndicats français, même de tendance communiste, n’accordaient pas le même intérêt aux problèmes du travailleur algérien qu’aux préoccupations des travailleurs européens.  
C’est ainsi  que l’idée de fonder une organisation syndicale algérienne commença à germer. Les idées d’Aïssat Idir suscitèrent des réserves de la part des syndicats français, lesquels commencèrent à œuvrer pour l’écarter des postes de responsabilité. En 1951, la police française prit d’assaut l’usine dans laquelle il travaillait, et il fut arrêté avec 10 autres travailleurs algériens. Ils ne furent libérés que dix jours plus tard. Son action en vue de propager l’idée du syndicalisme algérien fut la cause de son arrestation une seconde fois par les autorités coloniales.
Le 22 décembre 1954, il fut libéré. Deux ans plus tard, quand la MNA tenta de créer une organisation syndicale pour contrecarrer les objectifs de la Révolution, Abane Ramdane décida alors de contacter Aïssat Idir et le charge de créer une union en mesure de défendre l’intérêt des travailleurs algériens, mais  aussi de transmettre le message de la révolution de Novembre. Aussi, le congrès constitutif regroupant 100 délégués aura lieu 24 février 1956. L’historien est revenu sur l’acharnement des autorités coloniales qui sont arrivées jusqu’à faire exploser le siège de l’UGTA. En effet,  Le 30 juin 1956, une charge de plastic explose au siège de l’UGTA, cercle Chérif-Saâdane, place Lavigerie. De nombreux blessés, dont deux graves. Trente militants sont arrêtés. Les archives, des documents, de l’argent, une ronéo, une machine à écrire sont saisis. Le local est occupé quelques jours plus tard. Les nouveaux responsables syndicaux s’installent au siège du MTLD, 2 place de Chartres, Alger. Mais, auparavant, le 23 mai 1956, sur ordre de Robert Lacoste, ministre délégué en Algérie, Aïssat Idir est arrêté en raison de ses activités syndicales. Il fut emprisonné à Berrouaghia, et de là, déplacé vers d’autres prisons : Saint-Lo, Aflou, Bossuet, et enfin transféré à Alger pour être enfermé à la prison de Barberousse. Parmi les accusations qui lui furent imputées par les autorités coloniales, celle d’ avoir porté atteinte à la sûreté externe de l’État français. Le 13 janvier 1959, le tribunal militaire prononça un jugement reconnaissant son innocence. En dépit de cela, il ne fut pas libéré, mais de nouveau transféré à la prison de Birtraria où il subit les tortures les plus cruelles. Le 26 juillet 1959, il meurt des suites des tortures qu’il avait subies. De son côté, le syndicaliste Abdelamadjid Azi est revenu sur le syndicalisme algérien, et le rôle qu’il a joué durant la Révolution.   
La création d’une organisation syndicale avait deux enjeux : un à l’intérieur et l’autre à l’extérieur. Il a également rappelé que Ferhat Abbas avait demandé à l’avocat Ali Boumendjel de s’occuper de la demande d’agrément. M. Azi a également rappelé l’admission de la Centrale nationale algérienne au sein d’une organisation syndicale internationale.
Après la création du GPRA, le ministre des Affaires sociales, Benyoucef Benkhedda, avait reçu tous les syndicalistes, et c’est ainsi qu’a été créée la direction de l’UGTA  en exil. Mais le plus important à retenir est que l’UGTA a réussi à representer à l’echelle internationale un pays engagé dans le combat contre le colonialisme.
Nora Chergui


M. Mohamed AbbEs, historien :
“Aïssat Idir a été fidèle à ses convictions”


«Le martyr dirigeant Aïssat Idir est né le 11 juin 1915 à Djamaâ Saharidj, wilaya de Tizi Ouzou, où il a étudié. Sa mère est morte lorsqu’il avait à peine six printemps. Cela dit, ce triste événement ne l’a pas empêché de bien travailler à l’école. Malheureusement, il a eu un incident au jour de l’examen et n’a donc pas pu accéder à l’École normale de Bouzaréah.  Par la suite, il est parti chez son oncle à Tunis, puis il est revenu en 1939 pour participer à un examen aux fins d’accéder au poste de comptable en chef, chez les Ateliers industriels de l’air,  un groupe aéronautique. En 1950, pendant l’affaire de l’Organisation spéciale, il a été suspecté. Par conséquent, il a été licencié. Il a passé un autre examen au niveau de la Coopérative des travailleurs du bâtiment. Durant l’été 1955, il y avait une tentative des messalistes pour constituer une organisation syndicale. et M. Aïssat Idir a été mis au courant de ce mouvement-là. Il en a discuté avec Abane Ramdane. Et Abane, au nom du FLN, a décidé de constituer un syndicat. Comme il y avait une course contre la montre avec les messalistes, dès que les messalistes ont constitué leur syndicat, le 16 février 1956, le FLN a de suite organisé le congrès du 24 février 1956. Le premier secrétariat national était composé d’Aïssat Idir, Rabah Djarmen, Attallah Benaïssa, Abdelmadjid Ali Yahia Abdennour et Boualem Bourouiba, tandis que le comité exécutif était constitué de 21 membres. Vu l’importance de l’action syndicale dans le domaine politique, les autorités coloniales ont réagi en décapitant l’UGTA, la nuit du 24 mai 1956, après une action brillante, à l’occasion de la fête des travailleurs, le 1er mai. Aïssat Idir a été arrêté, sans autre forme de procés, et emprisonné à Berrouaghia, avant d’être séquestré du côté de l’actuel Dhaya, à Sidi Bel-Abbès. Le FLN a essayé de le faire évader. Mais cela était très difficile et n’a pas été possible. Les autorités coloniales soupçonnaient que Aïssat Idir était un grand dirigeant, à tel point que le général Massu croyait,  à tort cela s’entend, qu’il était membre du CCE (Comité de coordination et d’exécution). Cela dit, Aïssat Idir était effectivement membre du CNRA (Conseil national de la révolution algérienne), représentant de l’UGTA. Lui et Attallah Benaïssa, tous deux, représentaient l’UGTA au CNRA. Comme Aïssat Idir avait un rôle dominant dans le secteur syndical et était solide dans ses convictions, surtout pour ce qui concerne les droits de tous les travailleurs et l’indépendance de l’Algérie, les forces coloniales l’ont donc jugé irrécupérable. Il a donc été torturé jusqu’à ce que mort s’ensuive. Et sa mort a été annoncée le 26 juillet 1959.»


Mohamed Ghafir, dit Moh Clichy,  de la fédération de France du FLN :
“Le combat syndical a porté le message révolutionnaire”

«M. Tahar Gaïd, que j’ai vu hier soir, était un compagnon d’Abane Ramdane et d’Aïssat Idir. Comme il est malade, il m’a donné des informations à communiquer. Donc, je transmets ce qui a été dit par un des acteurs de l’événement. Abane Ramdane est sorti de prison, le 19 janvier 1955.
La Révolution était alors en marche. Tout de suite, il a pensé à la nécessité de structurer la Révolution. Le 1er avril 1955, Abane Ramdane a fait un appel sous forme de tracts à tous les intellectuels français pour comprendre que le FLN lutte contre le joug colonial pour la libération du pays ; et que les intellectuels français qui sont là doivent participer à cette lutte.
 Et c’est là qu’il a commencé à préparer la structure du FLN d’une manière générale : du maquisard, au travailleur et jusqu’à l’intellectuel. C’est là où il s’est réunit chez Rebbah Lakhdar avec Aïssat Idir. Benkhedda était présent. Abane Ramdane a dit à Aïssat Idir : «Toi, tu as des idées syndicales et tu as un niveau intellectuel.
Maintenant, il faut constituer un syndicat pour les travailleurs, un syndicat pour les commerçants et pour les fonctionnaires.
 Il a chargé Benkhedda, qui était à l’époque chargé des affaires sociales, de remettre une somme d’argent à Aïssat Idir. On m’a parlé d’un million de francs de l’époque, pour constituer l’UGTA et l’AGTA. Et le projet a été très vite concrétisé.»
Propos recueillis par Soraya G.

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