Nation

vendredi 16 novembre 2018

Le 11 février 1957, Fernand Iveton, Mohamed Lakheneche, Mohamed Ouennouri sont guillotinés : Quand le sang des patriotes coulait à Serkadji

PUBLIE LE : 11-02-2013 | 0:00

L’Association nationale des anciens condamnés à mort 1954-1962 a organisé, hier, une cérémonie en hommage aux  martyrs de la cause nationale, Fernand Iveton, Lakheneche Mohamed, Mohamed Ouennouri, morts guillotinés un certain 11 février 1957 à la même heure, assassinés par le même bourreau. En ce recueillement, M. Mustapha Boudina, le président de l’Association, a prononcé une allocution dans laquelle il a mis en valeur le sacrifice des militants de la lutte de libération qui eurent à braver avec  conviction le couperet de la guillotine. L’orateur a évoqué les dures épreuves endurées dans les geôles coloniales, souligné la bravoure des exécutés,  leur attachement à l’indépendance de l’Algérie.
M. Mustapha Boudina a insisté  sur le nécessaire travail de compilation et de recueil des témoignages pour préserver de l’oubli, tous ceux qui ont été condamnés à mort  par le colonialisme français. Il a tracé le programme de travail de son association qui consiste à compléter les listes des condamnés à mort, à organiser des hommages à titre posthume.
À titre d’exemple, il a rappelé à l’assistance que les familles des chouhada Lakheneche Mohamed, Mohamed Ouennouri ne sont pas connues. Des témoins ont retracé le parcours des trois condamnés à mort.
Il a été rappelé qu’avec l'exécution, le 11 février 1957, de Fernand Iveton, sur l'échafaud dressé dans la nuit à la prison de Barberousse (Serkadji), le bourreau Maurice Meyssonnier en était à sa treizième victime.  
Fernand Iveton «n'est pas comme les autres», avait dit, un jour, Didouche Mourad à son ami Ahmed Akkache. «S'il y en avait beaucoup comme lui, cela aurait changé bien des choses.» C'était au quartier de La Redoute, vers la fin des années 1940, raconte Tahar El-Hocine.
Au quartier populaire du Clos-Salembier (El-Madania aujourd’hui),  où il est né le 12 juin 1926, Fernand Iveton était connu pour ses solides convictions communistes et très estimé, pour sa droiture, par les militants du PPA-MTLD qu'il côtoyait au Syndicat des gaziers-électriciens de la CGT.  Il a  acquis les principes de liberté et d'indépendance nationale au cours des luttes ouvrières menées côte à côte avec les travailleurs algériens,  musulmans, en grande majorité des militants du PPA-MTLD.
  Il fit partie du groupe de fédayin du Ruisseau dirigé par M'Hamed Hachelef. Leur objectif, clairement exprimé, était, selon l'idée émise par Fernand Iveton qui connaissait bien les lieux, de placer des bombes sous les tuyaux à un endroit choisi, pour que les dégâts empêchent l'usine de fonctionner, privant ainsi Alger d'électricité, comme témoigne Jacqueline Guerroudj, ancienne condamnée à mort, dans son livre Des douars et prisons.
Jacqueline Guerroudj était chargée de remettre à Fernand Iveton, les deux bombes réglées par Abderrahmane Taleb pour exploser à 19h30, lorsque l'usine est vidée de son personnel. Mais sa musette ne pouvant les contenir toutes les deux, il n'a pu en prendre qu'une seule. En arrivant à l'usine, il  mit sa musette dans son placard. Son contremaître qui le surveillait a entendu le "tic-tac" et prévenu la police. Fernand Iveton est arrêté et embarqué au Commissariat central d’Alger.
Nous sommes mercredi 14 novembre 1956. Durant trois jours, il est soumis à d'atroces tortures, tortures qu'il relate dans des Mémoires qu'il remit à son avocat, Joël Nordmann. Le 25 novembre 1956, il est condamné à mort par le Tribunal militaire d'Alger, «au motif qu’il avait voulu faire sauter Alger», selon les propres mots de Jacques Soustelle, ancien gouverneur d'Algérie. Le procès se déroule dans un climat de haine raciale, alimenté et dirigé par des groupes fascistes, partisans féroces de l’Algérie française, qui avaient créé, en janvier 1956, un comité de Défense et d'Action pour l'Algérie française et qui, plus tard, formèrent l’OAS sous la direction du général Salan. Le 11 février 1957, soit 80 jours à peine après son procès, la lame de la guillotine, symbole de la barbarie fasciste, s’abat sur sa tête. Dans le couloir qui le conduit à l'échafaud, Fernand Iveton lance un vibrant «l’Algérie libre vivra».
 Pour le gouvernement français, la décapitation rapide du communiste Fernand Iveton devait absolument servir d'exemple. Elle fut effectivement un exemple qui a «éclairé la route» de milliers d’autres patriotes dans la lutte pou briser les chaînes de la servitude. Au greffe, calme et détendu, il prononce ces paroles recueillies par son avocat : «La vie d'un homme, la mienne, ne compte pas. Ce qui compte, c'est l'Algérie, son avenir.» Il avait trente ans.  
Mustapha Boudina précise que si le parcours militant de Fernand Iveton est plus connu, par contre, celui de  Mohamed Lakheneche et Mohamed Ouennouri l’est  moins. «C’est une de nos tâches», a-t-il souligné.
Il a, par ailleurs, regretté que les pouvoirs publics n’aient pas répondu aux doléances de l’Association des anciens condamnés à mort pour restaurer le toit du local, qu’on transforme la villa Susini, la prison Barberousse, par exemple, pour en faire des musées.  
 M. Mustapha Boudina a promis de faire publier un livre dans les prochaines semaines ayant pour titre la Nuit a peur de l’ombre, qui retrace les supplices et les atrocités commis par le colonialisme français contre les condamnés à mort.
M. Bouraib

Artciles Connexes