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samedi 15 dcembre 2018

48e anniversaire de l’Indépendance : La légende de Sidi-Fredj

PUBLIE LE : 04-07-2010 | 22:32

Durant les heures qui suivirent le débarquement de l’armée coloniale française, le 14 juin 1830, le général en chef de  Bourmont et quelques officiers supérieurs de son état-major prirent possession du monument funéraire de Sidi-Fredj. Au mépris de toute considération morale ou religieuse, ces officiers utilisèrent la salle de prières comme salle à manger et comme cabinet de travail.

Sidi-Fredj serait un célèbre théologien natif de Grenade qui faisait partie d’un groupe d’exilés andalous expulsés d’Espagne. Ceux-ci arrivèrent à Alger au début du XVIe siècle. Dégoûté du monde et de ses misères, Sidi-Fredj se mit à la recherche d’une retraite pour y vivre dans la prière, l’isolement et la pauvreté.
A quelques kilomètres à l’ouest d’Alger, il vit une presqu’île et décida de s’y établir « face à l’immensité de la mer ». Sa vie austère, sa ferveur et sa piété ne tardèrent pas à attirer l’attention des habitants d’Alger et des environs qui venaient constamment lui demander bénédiction et conseil.

Sidi Rouck

La légende a conservé le détail de la rencontre de Sidi-Fredj et de Sidi-Rouck (ou Sidi-Roukou). Un soir, alors qu’il faisait très chaud, Sidi-Fredj dormait à l’extérieur de sa cabane. Un pirate espagnol, le capitaine Rock, venu commettre quelque larcin sur la côte algéroise, apercevant Sidi-Fredj endormi, se saisit de sa personne (sans doute pour le vendre dans quelque marché d’esclaves). Il l’embarqua sur son navire, hissa les voiles et mit le cap sur l’Espagne. Après une nuit entière de navigation, le pirate fut stupéfait de constater que son navire se trouvait toujours en vue de la presqu’île. « Dépose-moi sur la plage, lui dit Sidi-Fredj, et tu pourras repartir normalement ». Le saint personnage fut immédiatement débarqué.
Mais après une autre nuit de navigation, le navire était toujours à la même place, Sidi-Fredj ayant laissé ses babouches sur le pont.
Frappé par ce qu’il venait de vivre, le capitaine Rock demanda à Sidi-Fredj de lui pardonner et de le garder auprès de lui. Et sans tarder, il prononça la Chahada : « Je témoigne qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Mohamed est Son envoyé ».
Pendant plusieurs années, les deux hommes, « comme les dents d’un peigne », vécurent ensemble, consacrant la majeure partie de leur temps à la prière et à l’adoration de Dieu. Ils se nourrissaient de poissons et de coquillages.

Morts à la même heure

Les deux saints moururent le même jour, à la même heure. La population d’Alger les enterra ensemble, ne voulant sans doute pas les séparer et leur bâtit une magnifique « kouba ».
Quelque trois siècles plus tard, l’Akhbar, un journal francophone, paraissant trois fois par semaine à Alger, a évoqué dans son édition du 22 juin 1847, l’exhumation des dépouilles mortelles des saints hommes.
Cette évocation a eu lieu dans les termes suivants : « Mercredi (16 juin 1847), Lammarque, commissaire de police du 5e arrondissement, délégué spécialement par M. le commissaire central, s’est rendu à Torre-Chica pour y faire procéder en sa présence à l’exhumation des corps du marabout Sidi-Fredj et de son ami le capitaine Sidi-Rock, qui avait été demandée par l’autorité supérieure. P. Payer, employé à la direction de l’Intérieur, s’était joint à M. Lammarque, ainsi que plusieurs indigènes envoyés par la Grande Mosquée pour assister à la cérémonie. »
Aussitôt après leur arrivée à Sidi-Fredj, les deux chefs de la Grande Mosquée ont reconnu l’endroit où avaient été inhumés, il y a environ 340 ans, le saint marabout et son fidèle ami.
L’exhumation a commencé par les ordres et sous les yeux du commissaire. Après avoir creusé assez profondément sur le lieu indiqué, on a trouvé deux tombes fermées par deux larges pierres et c’est sous ces pierres que reposaient, depuis plus de trois siècles, sous la sauvegarde de la piété musulmane, les restes mortels des deux saints défunts. 
Les ossements de Sidi-Rock ont été retirés les premiers, avec tous les soins que pouvait comporter cette délicate opération. Une particularité assez singulière, c’est que le crâne était encore, sur divers points, couvert de touffes de cheveux noirs. On a procédé ensuite, avec les mêmes soins, à l’exhumation des restes de Sidi-Fredj. Le crâne de ce dernier présentait également une circonstance assez remarquable. 
C’était d’être, comme celui de son compagnon, couvert, çà et là, de mèches de cheveux. 
La mâchoire inférieure conservait, en outre, toutes ses dents, qui étaient d’une grande blancheur et le menton présentait, de plus, plusieurs poils qui paraissaient être le reste d’une barbe blonde très forte.
Les ossements des deux célèbres personnages furent recueillis individuellement dans deux draps, et placés ensuite dans deux caisses en bois, préparées pour les recevoir. Vers midi, on hissa ces deux caisses sur un mulet et on se mit en route pour Sidi Mohamed M’ra Oued El-Aggar, où le cortège arriva vers quatre heures de l’après-midi.
Aussitôt qu’ils furent en présence de ce marabout, l’oukil de la mosquée fit, conformément à la  loi religieuse, creuser deux fosses dans lesquelles furent placées les deux caisses, à la suite d’une grande cérémonie selon le rite musulman.
A quatre heures, en présence de tous les assistants, le commissaire de police délégué a dressé le procès-verbal de l’exhumation et de la réinhumation des ossements de Sidi-Fredj et de Sidi-Rock, et ce procès-verbal a été signé par tous les témoins européens et indigènes qui avaient assisté à l’opération.

M. BENKHODJA

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