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dimanche 18 novembre 2018

«Encyclopédie de la poésie algérienne de langue française (1930-2008)» D’Ali El Hadj Tahar

PUBLIE LE : 12-09-2012 | 0:00

La poésie algérienne entre hier et aujourd’hui

S’il est un genre littéraire qui exprime le plus la quintessence de l’âme comme une belle nourriture de l’esprit regorgeant d’émotions premières de l’être dans son indicible originalité, c’est bien le vaste domaine de l’art poétique.

Cette expression sensible du verbe que rares sont ceux qui arrivent à avoir une parfaite maîtrise de la technique et de la musicalité des mots est beaucoup plus ancienne que le roman, elle a su en empruntant les sujets traverser les temps et recueillir de part le monde quelques grands esthètes de la parole. Adulée, hélas, seulement  par les seuls initiés, la poésie n’a guère droit de cité en Algérie où elle demeure toujours le parent pauvre de la production éditoriale qui estime que son lectorat est restreint et par voie de conséquence, que le genre n’est pas rentable. Force est pourtant de croire que sa diffusion est pourtant nécessaire à l’initiation des goûts littéraires du public même s’il faut convenir que sa publication actuelle est parcellaire pour ne pas affirmer en déperdition totale. Dans ce sens, l’encyclopédie de la poésie algérienne de graphie française, sous la forme de deux tomes réunissant un florilège plutôt consistant de poèmes écrit par quelque 157 poètes algériens, est une véritable aubaine pour les grands amateurs et férus de ce genre. Sortis en 2009 aux éditions Dalimen grâce au soutien du ministère de la Culture, les deux volumineux ouvrages qui présentent un choix de textes, couvrant une longue période s’étalant entre 1930 jusqu’aux années 2000 et sélectionnés par Ali El Hadj Tahar, un ancien journaliste et plasticien, originaire de Tipasa,  apparaissent aux yeux du lecteur comme un sérieux travail d’analyse et d’histoire sur la genèse de l’ensemble des œuvres produites jusqu’à nos jours avec une classification par thèmes. Un travail personnel qui s’épanche sur les opinions de son auteur, studieux, référentiel et méthodologique sur le plan des biographies et bibliographies qui, tout en donnant une vision panoramique de la production poétique algérienne, veut aussi faire sortir de l’ombre plusieurs auteurs qui sont longtemps restés ignorés ou marginalisés. «J’ai essayé de réunir un maximum de recueils, dans le but de diversifier les thèmes et d’en élargir le spectre en prenant les meilleurs morceaux chez chaque auteur (…) Sans chercher à amoindrir le sujet dominant que tous les poètes algériens ont abordé et qui est celui du combat, des injustices et des questions sociales. Je lui ai donné   une part raisonnable dans cet ouvrage», écrit l’auteur dans ses notes préliminaires en ajoutant plus loin : «Une encyclopédie fait le lien et unit. En posant une question à une œuvre, elle la pose en même temps à toutes les œuvres de son temps, qu’elles soient de la même nationalité ou étrangères.» Faisant la rétrospective des conditions politiques en approfondissant les questions relatives au contexte colonial, l’auteur aborde la création poétique en suivant le déroulement chronologique qui a présidé à son éclosion pour aboutir à la production actuelle. «A mon sens, cette approche obéit à une logique qui permet de cerner tous les aspects, d’autant que la chronologie chevauche les périodes politiques que l’Algérie a traversées et correspondent à des préoccupations esthétiques, philosophiques et morales particularisées et dominantes dans les littératures qui en sont issues», précise-t-il dans son introduction. Poésie de combat contre les injustices du système colonial et l’acculturation, puis à la période post-indépendante poésie éclatée, voire expérimentale, les vers de nos poètes se libèrent contre la persistance des blessures de guerre pour prendre leur envol tout en utilisant la langue de l’Autre et exprimer des préoccupations sociales dans un esthétisme qui prend appui sur une certaine forme d’intertextualité d’origine occidentale et orientale, mais rompt littéralement avec les dogmes classiques pour se fendre dans une pensée authentique en accord avec les réalités immédiates du pays. Il va sans dire que l’expression poétique fut souvent novatrice engageant les modes et les formes, elle  a suivi sa progression créative parallèlement à ses époques et aux attentes des auteurs comme on peut le constater dans cet ouvrage dont le mérite est certainement d’avoir pu réaliser une recherche qui recense  un répertorie de poètes et poétesses avec la présentation d’une courte biographie et une prospection thématique qui nous fait découvrir un corpus de textes poétiques inédit. Enfin, terminons par un passage que nous avons retenu dans la conclusion  que nous livre ce livre et qui semble formuler les exigences nouvelles d’une poésie qui tout en s’enrichissant d’un héritage universel creuse le sillon de sa propre originalité algérienne. «La poésie algérienne aspire à sonder des visions et des perspectives nouvelles, à produire des sonorités et des images contemporaines, à aborder des thèmes nouveaux, à exercer son système de propre connaissance, de sensibilité et d’humeur, de perception et de préhension du monde, du connu et de l’inconnu, en vue de conquérir et d’embrasser des espaces vierges et des paysages non conquis, afin de rendre plus vaste le territoire de la vie, de la Nature, de l’Homme.» Un vœu certes pieux de l’auteur encore faut-il que les éditeurs travaillent aujourd’hui à faire valoir  l’utilité d’une production poétique qui donnerait l’opportunité à bien des talents de s’exprimer.
    Lynda Graba

El Hadj Tahar Ali, «Encyclopédie de la poésie algérienne de langue française (1930-2008), Editions Dalimen, 2 tomes, Alger, 2009.
 

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