L'événement

vendredi 13 dcembre 2019

La troupe artistique du FLN : Identité culturelle d’un peuple en lutte

PUBLIE LE : 01-11-2011 | 0:00

Au commencement, il y a eu le déclenchement de la guerre de Libération nationale avec l’option armée pour le recouvrement de l’indépendance de l’Algérie. Puis vint l’étape de l’ouverture d’autres voies de lutte et son élargissement à d’autres fronts pratiquement au terme du congrès de la Soummam, en août 1956, avec l’appel lancé à tous les intellectuels algériens à rejoindre les rangs de la Révolution.

En clair, l’objectif est de ne pas limiter la Révolution algérienne au seul front de l’affrontement militaire et porter haut l’étendard d’un peuple en lutte, sa légitimité et partant alerter l’opinion internationale sur la justesse de son combat libérateur. C’est donc dans ce contexte que furent créées l’équipe de football et la troupe artistique du FLN. Mais auparavant, « El Djebha » avait dans un appel formulé l’interdiction aux artistes de se produire et aux sportives de participer aux compétitions, en 1957.
Par la suite, en 1958, la direction politique de la Révolution, dans un appel lancé à partir de Radio Tunis « Saout El Djazair » demandé aux artistes algériens qui se trouvent au pays et à l’étranger à rejoindre le FLN à Tunis, selon le témoignage de Mustapha Sahnoun, compositeur et membre de la troupe artistique du FLN. Cette troupe verra le jour en avril 1958 avec deux entités, le théâtre et la chanson autour desquelles se greffent la poésie et les arts plastiques.  Dans la réalité des faits, selon un autre membre de la troupe artistique du FLN, le comédien Sid Ali Kouiret note qu’il n’y avait pas de fossé entre les deux entités mais plutôt une véritable passerelle. Ainsi pour les besoins d’une production théâtrale ou d’une fresque lyrique, les artistes des deux entités étaient mis à contribution. « Nous étions à la fois comédiens, chanteurs pour la chorale », précise-t-il avant de souligner que la plupart des artistes qui composent la troupe artistique du FLN étaient déjà engagés pour la cause nationale, avant sa création en 1958. Sid Ali Kouiret reste à ce jour admiratif du sens de l’organisation des responsables de la Révolution.  «C’est incroyable, tout était réglé dans les moindres détails, rien n’est laissé au hasard, nos titres de voyages, nos contacts à l’étranger avec les représentants du FLN dans les capitales européennes, jusqu’à notre arrivée à Tunis avec l’attention particulière qui nous a été réservée par les responsables en place. » Une preuve d’une parfaite préparation et d’une organisation sans faille. Pour Mustapha Sahnoun, la mission de la troupe artistique du FLN était de faire « connaître, à la cause  algérienne et transmettre ses échos à l’opinion publique internationale ».
C’est assurément l’identité culturelle d’un peuple en lutte qu’il fallait illustrer avec les tournées entrepris par la troupe artistique du FLN à travers plusieurs pays qui ont soutenu la Révolution algérien. La médiatisation aidant, c’est ainsi l’opinion internationale qui est sensibilisée et alertée. Dans la production théâtrale où le nom du dramaturge de la Révolution Abdelhalim Rais est incontournable parce qu’il a été l’auteur de la majorité des pièces théâtrales, on cite Les enfants de la Casbah, El Oumahate (les mères), Al Khalidoun (Les éternels) et Dam el Ahrar (Le sang des libres), la thématique ne pouvait qu’être consacrée entièrement à la guerre de libération algérienne, aux souffrances endurées par le peuple soumis au diktat de la France coloniale et enfin à la fibre patriotique qui anime le peuple pour sortir de la longue nuit coloniale.
Dans le domaine lyrique, c’est la chanson engagée qui se distingue avec de nombreux chants patriotiques, certains d’entre eux furent choisis pour figurer dans le double 33 tours enregistré à Tunis et produit à Belgrade en ex-Yougoslavie.
Ce produit qui reste une référence en la matière renferme aussi des musiques et des chansons de différents styles musicaux des régions du pays. Dans un article de présentation de cet album, véritable voix de l’Algérie, paru durant la guerre de Libération dans El Moudjahid, l’identité de la culture algérienne est mise en relief.
« Dans ces deux disques, on entendra tout d’abord des morceaux devenus classiques, dont certains sont d’inspiration mystique ou religieuse, au chant de partisans, en passant par le mode folklorique et la chanson légère. Encore ne s’agit-il que d’un panorama. Une autre préoccupation a été celle de ne pas négliger telle ou telle région et de ne pas dénaturer telle ou telle musique, sans tomber dans l’exotisme. »
Et de résumer enfin  l’objectif de l’édition de ce double album en précisant : « Il s’agit de rendre évident ce que les Algériens éprouvent tous, pour l’avoir vécu de père en fils, on retrouve dans l’art et tout particulièrement dans la musique, avec une Algérie irréductible qui n’a rien de commun avec les « productions » du régime coloniale. »
Tout est clairement exposé. Ce double album se devait d’illustrer parfaitement l’identité culturelle d’un peuple en lutte pour son indépendance.
Abdelkrim T.

-----------------------

Ils se souviennent

HamaÏ Mohamed  Saber : «L’horreur était notre quotidien»
«J’ai 70 ans passés, et seul Dieu sait ce qui me restera à vivre sur terre. Ma jeunesse, comme  pour bien d’autres Algériens de ma génération, s’est déroulée durant une époque très dure. Le colonialisme a redoublé de terreur lors du déclenchement de la Révolution armée, la misère, les privations de toutes sortes, les exodes loin de nos familles, les craintes pour  nos proches et surtout les séjours en prison où nous subissions de mauvais traitements.
L’horreur, les morts, les bombardements et les massacres étaient notre quotidien. Plus de un million cinq cent mille morts durant cette guerre et 45.000 morts, ceux de 1945, durant les évènements de Kherrata et Guelma.
Cette indépendance n’a pas été facile et ne nous a pas été offerte sur un plateau d’argent ; mais nous l’avons arrachée par le sacrifice de la population, qui s’est privée de tout. Aujourd’hui la bataille est tout autre. Elle est sur le front du social, du travail et de la paix. Cette jeunesse qui va nous remplacer doit par tous les moyens accaparer cette histoire douloureuse. La guerre nous a fragilisés mais pourtant nous a fait relever la tête. Et le gouvernement est en obligation de provoquer le déclic en informant le peuple et surtout la jeunesse par le biais de conférences, de réunions publiques, de documents variés et de livres, sur les faits et les conditions de cette terrible guerre contre le colonialisme. C’est par la là même, que cette jeunesse, notre avenir, pourra comprendre que le développement d’une nation demande un très grand sacrifice.»

Ali Kabeche : «Je n’oublierai jamais…»
«Au déclenchement de la lutte armée, je venais de boucler ma première décennie. Comme Bordj Menaiel fut une ville bastion du colonialisme, les colons occupaient de vastes terres. Je n’oublierai jamais – elle est gravée dans ma mémoire — cette journée où nous étions pris dans une des rafles effectuées à Bordj Menaiel. Nous étions au mois de mars 1957. Après l’explosion vers 11 h d’une grenade dans un bar de la ville, Bd colonel Amirouche aujourd’hui, alors que nous venions de sortir de l’école. Des policiers venus en renfort nous embarquèrent au commissariat le plus proche. Nous étions une dizaine. On a été jetés dans la cour arrière sous la garde d’un militaire qui recevra l’ordre de fusiller 3 d’entre nous si nous ne décidions pas à livrer le nom de celui qui avait jeté la grenade dans le bar. Une heure environ après cet attentat, plusieurs militaires ramenèrent un citoyen dont le visage était couvert de sang. Avec son fusil, le militaire nous donna des coups au dos et nous dirigea vers un camion. On nous a emmenés au camp des tortures «Cortès», une ferme coloniale à 2 kilomètres de la ville, au nord. Une fois sur place, on nous jeta dans des cellules aux murs en béton.
Le sol était plein d’eau. La plupart tenait un cahier ou un livre entre les mains. Notre libération, après enquête, se fera grâce à la direction de l’école qui constata notre absence dans l’après-midi. Mais tout au long de la guerre de Libération, des actions ont été menées régulièrement chaque vendredi, jour de marché contre les bars, à coup d’attentats à la grenade, que les militaires fréquentaient. Je rends hommage à nos djounoud morts au combat, les armes à la main et une attention particulière à ceux qui sont allés ligotés vers cette guillotine, sans avoir les mains libres pour se défendre.                
 

Artciles Connexes