Culture

samedi 15 dcembre 2018

Regard sur l'histoire de l'Algérie de Zahir Ihaddaden : Les manipulations de l’armée française

PUBLIE LE : 05-07-2011 | 18:51

Le titre de l'ouvrage de Zahir Ihaddaden est en lui-même explicite. Dans le mot «regards» l'historien émet une sorte d'avertissement, mettant en avant l'idée première de cet ouvrage. La publication n'est autre que son approche personnelle à travers des articles destinés à être publiés dans la presse ou bien à animer des conférences sur certaines époques phares ayant marqué l'histoire de l'Algérie. 

Cela permet au lecteur de se rapprocher de certains aspects de l'histoire algérienne «obscurcis par des manipulations diverses... c'est une biographie historique ne couvrant que des périodes isolées, mais très significatives..., l'ouvrage n'est pas une nouvelle écriture de notre histoire». Avertit l'auteur dans son introduction.
Divisé en quatre parties Regards sur l'histoire de l'Algérie remet en question certaines sources historiques de conception coloniale sur la réalité historique algérienne, Zahir Ihaddaden dénie la validité de ces thèses en apportant la lumière sur la démarcation des périodes romaine, arabe, turque et française «cette délimitation est purement coloniale : elle repose sur l'affirmation erronée que l'Algérie n'a jamais constitué une nation ou entité indépendante...» Récusant ce type de théorie élaborée pour justifier la colonisation française, l'auteur précise que l'antiquité algérienne commence avec les numides et se termine avec la pénétration musulmane.
La période du moyen-âge englobe les dynasties berbères jusqu'à la chute d'Alger en 1510 et l'époque moderne s'ouvre à cette dernière date, situant la place de la langue arabe au Maghreb, l'historien fera remarquer que sous les premiers royaumes berbères, l'arabe était la langue de travail. Nonobstant ceci, on apprend que la première traduction du Coran en berbère a été réalisée par Ibn Toumert. La deuxième partie est consacrée à la biographie des personnalités historiques et aux différentes dynasties notamment les Rostémides, les Hammadites, les Almohades et les Abd al Walides.
Quant à la question du mouvement «Jeunes Algériens » Zahir Ihaddaden revient sur ce qu'il appelle «les premiers balbutiements du mouvement» lesquels vont enfanter au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle : «La création de journaux dans lesquels ces Jeunes Algériens joueront un rôle prépondérant.» La première expérience journalistique pour les Jeunes Algériens diplômés sera le journal El Mountakheb dont la création remonte à 1882. Cette publication explique l'historien : «...est le fait exclusif de libéraux français avec la bénédiction de quelques notables musulmans». Une orientation pour les Jeunes Algériens qui connut un échec. Les autorités coloniales de Constantine ayant vu d'un mauvais œil l'introduction «d'indigènes» dans la presse écrite qui sans aucun doute «prendraient leur plume comme arme de combat».
Le journal El Hack paru à Bône aura plus de succès : «Il constitua le premier noyau autour duquel de jeunes algériens s'organisèrent pour exprimer leurs revendications...
El Hack a été le précurseur du mouvement réformiste avec ses différentes ramifications : associationnistes, assimilationnistes et partisans de la françisation.
La personnalité complexe de l'émir Khaled, homme politique et historique sera mise en évidence dans les trois chapitres qui lui sont consacrés. Zahir Ihaddaden revient sur les engagements de ce premier à la cause nationale.
Et si l'auteur ne jette pas l'opprobre, loin s'en faut, à «cette grande figure de la pensée politique algérienne», il s'exprimera sur le comportement ambigu de celui qui fit du journal l’Ikdam «une grande tribune franco indigène».
Et à l'auteur de conclure s'agissant de Khaled : «... l'activité politique et journalistique de Khaled a été une grande expérience très riche... Elle a démontré que le dialogue avec la France coloniale ne débouchait sur rien... C'est bien là le message que Khaled a voulu transmettre dans ses derniers articles... Ce message a été bien reçu... par l'Etoile Nord Africaine... » La dernière partie de l'ouvrage est vouée à la Révolution algérienne avec toutes les étapes qui ont marqué cette période dont l'aboutissement est l'indépendance du pays. Zahir Ihaddaden ne manquera pas d'esprit critique et de rigueur concernant certaines étapes dramatiques au cours de la guerre d'indépendance. Enfin une information de taille que nombre d'Algériens méconnaissent dans Regards sur l'histoire de l'Algérie, «la falsification du journal El Moudjahid par le bureau psychologique de l'armée française d'occupation».
C'est ainsi que ce bureau de désinformation confectionna des contrefaçons en 1961 du journal El Moudjahid dans les numéros 63, 64, 65 et 66 Cette doctrine de guerre, utilisée auparavant par l'armée française en Indochine, avait pour mission de faire basculer les Algériens, via cette opération de falsification du journal historique dans le camp français avec pour mission de faire adhérer la population algérienne «dans un sens favorable aux thèses de l'Algérie française et jetant le doute sur les thèses du FLN...». A n'en pas douter, l'ouvrage en question, a permis de faire la lumière sur certains faits relatifs au passé ancien et proche de l'Algérie.

Lamia Nazim

Aujourd'hui à la retraite, Zahir Ihaddaden, diplômé de la Medersa de Constantine et de l'Institut des études supérieures islamiques d'Alger, a été directeur de l'Ecole nationale supérieure de journalisme d'Alger.
 

Artciles Connexes