Il y a 50 ans, les irradiés de Béryl : La grande débâcle de l’atome français


PUBLIE LE : 05-05-2012 | 20:01

Encore un triste événement à inscrire sur le dossier noir des expériences nucléaires françaises, menées à la hussarde, dans le Sahara algérien. Il s’ajoute à la morbide liste de toutes les  manipulations atomiques que la France orchestrait dans l’immensité du Hoggar, silencieux et secret. Un drame s’y déroula. L’explosion du 1er mai 1962, qui devait «enrichir» l’arsenal atomique de la France gaullienne, tourna court en présence des deux ministres, Pierre Messmer, ministre des Armées, et Gaston Palewski,  ministre de la Recherche scientifique. La bombe explosa et secoua la montagne qui disparaît sous un torrent de poussières et d’éboulis. Une énorme flamme s’en échappa, suivie d’un gigantesque nuage noir qui se dirigea vers  l’assistance. C’est la panique  en cette matinée, à In Ekker.   
Pour comprendre ce qui s’est passé ce jour-là, à In Ekker, deux auteurs ont décidé de lever le voile qui était maintenu à dessein. La vérité peine à se frayer un chemin à cause d’une chape de plomb que deus chercheurs ont voulu soulever.  
«Les Irradiés de Béryl. L’essai nucléaire français non contrôlé»  est un document de Louis Bulidon, ingénieur chimiste, témoin du drame et Raymond Sené, docteur en sciences physiques, envoyé sur les lieux six jours plus tard. C’est un travail qui revient  sur cet événement tragico-rocambolesque.
 Le moins que l’on puisse dire est que la  France, engagée dans une course effrénée à l’atome, ne pouvait prétendre à l’infaillibilité en ce 1er mai 1962. Et pour cause.
Le  Commissariat à l'énergie atomique, assisté par l'armée française, réalise, paraît-il, un essai nucléaire d'une importance capitale, baptisé Béryl. Le tir a lieu dans le plateau semi-désertique du Hoggar, en Algérie.
L'événement  tourne à la catastrophe. Tout est prévu pour que l'explosion soit confinée à l'intérieur de galeries creusées dans la montagne du Tan Affela. Mais un immense nuage noir et radioactif s'en échappe.
C'est ce chapitre sombre du nucléaire français que les deux chercheurs exhument. Ils écrivent pour consigner et parce que le temps est compté. En particulier pour des milliers de victimes irradiées.  
Le document contient des détails et peut servir à relancer le débat dans la mesure où Raymond Sené affirme que l'armée connaissait les risques qu'elle faisait prendre aux populations.
Des milliers de personnes, vivant dans la région,  sans compter les militaires et civils employés aux essais sur la base d’In Amguel, ont été touchées par le nuage radioactif. Le silence est de rigueur, car les archives sont classées secret d’Etat qui tente de camoufler l’affaire. Mais il y a des individus qui ont été contaminés par des émissions radioactives extrêmement  dangereuses. Doit-on les sacrifier ?
Aucun prétexte ne peut plus se dresser en obstacle ni servir de bouclier contre la vérité sur les essais nucléaires français en Algérie.
Pour remettre au goût du jour  l’histoire tourmentée de ces essais, leurs conséquences funestes sur  tous ceux qui eurent à souffrir de la boulimie gaullienne et post gaullienne de  l’atome, voici un témoignage sur ce macabre 1er mai 1962, de Michel Dessoubrais, une des neuf victimes oubliées de l’accident du Béryl, recueilli lors de l’organisation du 2e colloque international sur les explosions nucléaires dans le Sahara algérien,  organisé par le ministère des Moudjahidine à Alger,  en février 2010.  «Le premier mai 1962, nous étions en patrouille, mes 8 camarades et moi-même, aux alentours de la montagne Tarouir Tan Affela, car l’explosion de la bombe Béryl était programmée pour ce jour-là. Notre mission : sécuriser le site, éloigner et empêcher l’accès par la population locale. Nous étions placés à environ 10 km de la montagne, sur une colline de sable, dans l’axe du tunnel où la bombe était installée.
A 11h, nous avons vu la montagne devenir blanche par la poussière qui se soulevait de ses flancs. Quelques secondes plus tard, nous avons reçu une sorte de pluie de scories,  comme de gros grains de sable.
Nous avons pensé que cela devait être un nuage radioactif. Mis en isolement à l’infirmerie, mes huit camarades et moi-même, nous avons été ensuite rapatriés vers l’hôpital des armées à Clamart. Les doses reçues sont estimées à 600 mSv.» Sans commentaire.
M. Bouraib

 


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