lundi 14 octobre 2019 16:59:39

Un procès unique

PUBLIE LE : 23-09-2019 | 0:00 | EL MOUDJAHID

C’est aujourd’hui que s’ouvre, au tribunal militaire de Blida, le procès de quatre personnalités incarcérés au mois de mai et dont l’instruction a été bouclée au début de ce mois. Saïd Bouteflika, frère et ancien conseiller du président déchu Abdelaziz Bouteflika, les anciens généraux Toufik et Tartag, qui ont dirigé les services de renseignement, ainsi que Louisa Hanoune, la secrétaire générale du Parti des travailleurs, sont poursuivis pour «complot». Khaled Nezzar, général major à la retraite et ancien ministre de la Défense au début des années 1990, la cinquième personnalité, a été d’abord entendue comme témoin dans la même affaire, avant de se trouver sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Il avait chargé le frère de l’ancien président en tant que témoin, mais ayant préféré la fuite (en compagnie de son fils Lotfi et Farid Benhamdine) à l’étranger, au lieu de se présenter devant la justice de son pays. Il sera jugé par contumace. Ils sont poursuivis pour «atteinte à l’autorité de l’armée» et «complot contre l’autorité de l’État», des crimes très graves pour lesquels ils encourent de lourdes peines, selon le code de justice militaire.
Le procès qui s’ouvre ce matin est aussi singulier qu’inédit. Il y a d’abord le contexte, celui d’une crise majeure à laquelle le pays s’est trouvé confronté lorsqu’un mouvement populaire pacifique d’une ampleur jamais connue depuis l’indépendance a contraint à la démission un président de la République qui, bien que fragilisé par une grave maladie, voulait prolonger son règne et aller à un cinquième mandat. En fait, ce sont les diverses tractations secrètes qui ont eu lieu la veille du départ du président afin sans doute de sauver le régime, et auxquelles des parties étrangères auraient participé, qui seront au centre de ce procès unique, autant par la conjoncture, ses protagonistes que les enjeux. Vu le caractère extrêmement sensible du sujet — il ne s’agit rien de moins que de la stabilité de l’État algérien —, il est fort probable que le procès se déroule à huis clos.  
Sans connaître les pièces de ce dossier qui s’annonce explosif, certains médias étrangers, connus pour leur hostilité au pays, n’ont pas hésité à qualifier les accusations portées contre ces personnalités de «règlement de comptes» ou, s’agissant de la secrétaire générale du Parti des travailleurs, d’atteinte à la «liberté d’opinion». Pour brouiller les cartes et induire l’opinion publique en erreur, certains avocats parleront de «dossier vide», alors qu’un accusé en fuite ose qualifier son accusation de «procès politique», parce que c’est plus simple et plus efficace ! Mais ce qui est demandé, aujourd’hui, concernant un tel événement, c’est de veiller à ce que le procès soit juste et équitable, que les droits de la défense soient respectés, que les médias ne se substituent pas à la justice, que celle-ci devrait faire un effort de communication et que les uns et les autres, indispensables à la démocratie, contribuent à ne pas exacerber les tensions et à asseoir un véritable État de droit.
EL MOUDJAHID

 

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