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Un fait unique !

PUBLIE LE : 12-06-2019 | 23:00 | EL MOUDJAHID

En décidant hier le placement de l'ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia en détention provisoire à la prison d'El-Harrach, le juge d'instruction près la Cour suprême se situe bien dans la dynamique enclenchée il y a plusieurs semaines, grâce au sursaut populaire du 22 février, qui demande que la lutte contre la corruption soit élargie et concerne d’abord et avant tout les principaux et les plus hauts responsables de l’État. L’ancien Premier ministre a été entendu longuement dans des affaires d’une grande gravité concernant la dilapidation des deniers publics, l'abus de fonction et l'octroi d'indus privilèges. D'autres responsables —pas moins de huit anciens ministres— devront comparaître devant la même juridiction pour des faits de même nature.
À l’évidence, l’opération «Mains Propres» accélère la cadence et ceux qui ont, au départ, minimisé le processus en tentant d’affecter sa crédibilité ne peuvent pas aujourd’hui, sans craindre le ridicule, de continuer à dire qu’il ne s’agit là que d’un «règlement de comptes». Il s’agit bel et bien d’un fait unique dans l’histoire contemporaine de notre pays, que des responsables d’un tel niveau soient traduits devant la justice. Certes, au même titre que tous les justiciables, la présomption d’innocence demeure le credo jusqu’à ce que le verdit final soit prononcé, mais les accusations sont tellement lourdes qu’il serait difficile que ces simples citoyens, devenus, grâce seulement aux postes occupés au sein des institutions de la République, des dignitaires, puis des gens fortunés, soient quasiment intouchables.
S’attaquer frontalement à l’enrichissement sans cause et demander des comptes à des personnes qui se sont considérées jusque-là au-dessus de toutes les lois terrestres, cela constitue bel et bien un heureux précédent qui fait partie des actes fondateurs d’une République algérienne rénovée, à laquelle ont appelé des millions de citoyennes et de citoyens qui battent le pavé des villes et des villages depuis des mois, de manière pacifique.
Au-delà de toute surenchère idéologique ou calcul politicien, ce qui est demandé aujourd’hui et demain, c’est la justice et rien que la justice, que tous les citoyens soient égaux devant la loi, y compris le président de la République, et que la loi doit être au-dessus de tous et de chacun. C’est la seule manière de rendre non seulement crédible la justice, mais de faire en sorte également que les lois soient respectées par tous. C’est dans ce sens que l’on peut considérer que ce que notre pays est en train de vivre est tout sauf anodin, et possède un caractère hautement pédagogique qui permet d’aller le plus loin possible dans l’édification d’un État de droit, rêve de tous les hommes libres et honnêtes qui ne pensent qu’à être au service de leur pays, et non pas se servir en abusant de leur fonction. Quand le citoyen finira par ne pas voir dans des pratiques aussi destructrices et déstructurantes, aussi avilissantes, telles que le «piston», le passe-droit, le copinage, le clientélisme, l’enrichissement rapide et sans cause, la cooptation au lieu de la compétence... des pratiques normales, cela veut dire qu’un grand pas a été franchi sur le long chemin de l’État de droit. Et comme tous les longs chemins à parcourir, il faut commencer par le premier pas…
EL MOUDJAHID
 

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