vendredi 03 avril 2020 21:15:04

Un événement majeur

PUBLIE LE : 06-05-2019 | 0:00 | EL MOUDJAHID

Le juge d'instruction près le tribunal militaire de Blida a ordonné, hier, le placement en détention provisoire d’Athmane Tartag, de Mohamed Mediène et de Saïd Bouteflika, pour atteinte à l'autorité de l'Armée et complot contre l'autorité de l'État. Ainsi, les accusations portées contre les deux anciens patrons des services de renseignements et le frère de l’ex-président de la République, arrêtés samedi, sont d’une très grande gravité. Leur arrestation constitue un événement majeur dans le contexte que nous vivons, celui d’une renaissance politique portée par un mouvement populaire pacifique d’une ampleur inédite. Il s’agit, en fait, non pas d’une guerre clanique ou d’un «spasme du sérail» — comme ont tendance à la présenter certaines voix qui sont, au demeurant, loin d’être tout à fait innocentes du fait de leur ancienne proximité avec l’un des principaux protagonistes aujourd’hui inculpé — mais d’une exigence formulée par le mouvement citoyen dans sa quête à la fois de voir tomber une à une toutes les figures emblématiques de l’ancien régime, et de se consacrer enfin à jeter les bases d’une réelle démocratie. Oui, une exigence du mouvement citoyen, mais pas uniquement, car les mis en cause sont poursuivis pour des faits qui touchent à la sécurité de l’Armée et à la stabilité de l’État, ce qui justifie largement leur mise en examen par une juridiction militaire. Au-delà, une telle séquence, qui est inséparable, dans une certaine mesure, de l’opération «Mains propres» déclenchée pour lutter contre la dilapidation des deniers publics et l’enrichissement sans cause, intervient dans le cadre du processus de sortie de crise à laquelle nous sommes confrontés depuis plus de deux mois. Il s’agit d’un élément dont on ne pourrait minimiser la portée, car il aide à mieux baliser le terrain d’un consensus quant au moyen de réussir le passage vers un nouveau système moins artificiel que l’ancien dont la caractéristique est de fabriquer des vitrines politiques, et donc de façonner une gouvernance informelle et opaque pour ne pas avoir à assumer ses responsabilités publiques. Aujourd’hui, une nette majorité des citoyens, ainsi que de l’élite politique en sont venues à la conviction que seul le dialogue et la concertation autour d’une courte transition, dans le cadre de la légalité constitutionnelle, et notamment de l’application des articles 7 et 8 de la Loi fondamentale, pourrait nous permettre de surmonter les difficultés actuelles. Et que le changement des hommes, quelles que soient leur honnêteté, leur probité ou leur crédibilité, à lui seul n’est guère suffisant, et qu’il appartient, comme le suggèrent des personnalités lucides et pondérées, de ne pas mettre dos à dos ou face-à-face le peuple et l’Armée, mais d’aller vers un compromis en évitant toute instance transitoire, avec le maintien «de la fonction régalienne du chef de l’État, sans accorder de l’importance aux noms», et la définition d’une feuille de route incluant un accord sur «le schéma final des institutions démocratiques, un avant-projet de Constitution et le mode de son approbation par une Constituante ou par un référendum». Bref, éviter tout blocage et toute impasse, en initiant, dans les meilleurs délais, sans la surenchère idéologique ou politicienne, un dialogue inclusif et instructif dans ce sens, d’autant plus que d’autres défis à relever, notamment économique, nous attendent.
EL MOUDJAHID

 

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