mercredi 05 aot 2020 22:19:02

Le geste de Macron

PUBLIE LE : 15-09-2018 | 23:00 | EL MOUDJAHID

Pour la première fois, l’État français reconnaît sa responsabilité dans la mort de Maurice Audin, ce jeune professeur de mathématiques, communiste et militant de l’indépendance, arrêté le 11 juin 1957, torturé et tué par l’armée française, qui soutient, pendant plus de 60 ans, qu’il s’agit d’une évasion (son corps n’ayant jamais été retrouvé), et non d’une exécution. Dans son cas — et pour ne citer, côté algérien, que le plus connu car ayant fait l’objet d’aveux écrits de ses tortionnaires — Larbi Ben M’hidi dont le courage et la bravoure ont suscité l’admiration de ses ennemis avant son exécution camouflée… en disparition.
Dans son cas, et seulement durant la même période, ce sont plus de 3.000 civils algériens portés eux aussi disparus, comme l’a toujours proclamé la propagande officielle coloniale et postcoloniale. On n’évoquera pas ici les assassinats ciblés et les attentats de la Main Rouge, organisation terroriste, appendice des services spéciaux français, les milliers de martyrs sans sépulture et la guerre totale menée de la manière la plus brutale contre le peuple algérien.
Cette reconnaissance d’une exécution criminelle commise par les parachutistes, c’est d’abord le fruit des efforts inlassables et de la forte détermination de sa famille, de ses amis et de quelques historiens anticolonialistes qui, depuis des décennies, n’ont pas cessé de réclamer la vérité. C’est aussi le travail de notre pays qui n’a pas cessé et ne cessera pas de demander aux dirigeants français la reconnaissance de tous les crimes, de tous les massacres commis durant la longue nuit coloniale. Et que cette reconnaissance est indispensable et nécessaire pour toute relation durable, sereine et apaisée entre les deux pays.
Si la déclaration de Macron, qualifiée d’«historique» ou de «nouvelle étape», a créé l'événement en France, occupant l'essentiel de l'actualité depuis son annonce, les radios, chaînes de télévision et sites d'informations ont relayé les informations, commentaires, décryptages et interviews, suscitant quelques protestations de la droite et de l'extrême droite, nostalgiques et dérisoires au demeurant, la réaction algérienne est elle plus mesurée. Le ministre des Moudjahidine a estimé qu’elle constitue un «pas positif louable», certes, mais qui demande et exige des avancées concrètes sur le contentieux mémoriel. À vrai dire, un tel geste d’apaisement qui est le bienvenu ne nous apprend strictement rien, car nous savons que la torture était systématique, que même les enfants n’y ont pas échappé et que toute l’entreprise coloniale était un grossier mensonge, un crime abject et une honte pour l’humanité. L’essentiel, pour nous aujourd’hui, soucieux d’aller de l’avant, est moins d’exacerber les divergences, les tensions ou les ressentiments, de quelque nature que ce soit, mais d’œuvrer à un avenir commun qui soit le plus solidaire possible, et donc d’initier des actions concrètes, dans ce sens, où la question mémorielle occupe une bonne place. C’est dans cette logique que le geste du président Macron devient porteur de sens et d’avenir.
EL MOUDJAHID

 

 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions