Un moment phare


PUBLIE LE : 20-08-2018 | 0:00 | PAR EL MOUDJAHID

La date du 20 août renvoie, dans notre calendrier national, à deux événements majeurs de notre guerre de Libération. Le premier, militaire, qui a eu lieu en 1955, a vu toute la région nord-constantinoise entreprendre une insurrection populaire contre l’ordre colonial. Ce jour-là, pour briser l’étau qui s’est resserré sur les Aurès, des soldats de l'Armée de libération nationale de la Wilaya II historique, le bras armé du FLN, appuyés et soutenus par la population, ont simultanément attaqué les localités situées entre Collo, Skikda, Guelma et Constantine. Menée à froid, contre les enfants, les femmes et les vieillards, la répression était bestiale et le massacre à large échelle. Comme toujours les autorités d’occupation mentent, minimisent et manipulent les chiffres, au mois de septembre, elles donnent le bilan suivant : 123 morts, dont 21 musulmans, 71 européens et 31 soldats.  L’historienne française Claire Mauss-Copeaux, qui a consacré à l’événement un ouvrage d’une grande objectivité, alliant et croisant diverses sources, a d’abord relevé la manipulation et l’instrumentalisation des autorités et des médias coloniaux, en présentant des faits mineurs perpétrés à El-Alia et à Aïn Abid, et érigées «en sur-événements, avec un objectif : masquer l'insurrection du Constantinois et, surtout, dissimuler les terribles représailles qui se sont abattues bien au-delà du mois d'août sur la population civile de la région». Ensuite, le fait que la réaction de l’armée coloniale, de ses supplétifs et de ses milices a été de décimer non pas à chaud, mais à froid, pendant plusieurs semaines, des civils sans défense, dans le but de terroriser la population et d’«écraser» le mouvement de libération. Rien qu’entre le 20 et le 25 août, 7.500 Algériens auraient été tués, selon les estimations officieuses de militaires français. Du côté nationaliste, aussi bien Lakhdar Bentobbal que le colonel Ali Kafi, qui étaient aux côtés de Zighoud Youcef, avançaient le chiffre de 12.000. L’historienne conclut que «le crime de guerre atteint est proche du crime contre l'humanité».
Une année après cette insurrection, qui a permis à la fois aux Aurès de mieux respirer, et à la Révolution de se raffermir et de s’étendre davantage, à la même date, a eu lieu un événement politique d’une grande portée, avec la tenue du Congrès de la Soummam, au cours duquel des décisions historiques ont été prises, comme l’adoption d’une charte structurante s’inspirant de la Proclamation du Premier Novembre 1954, ainsi que la mise en place des institutions et des structures militaires et administratives. Bien sûr, et vu le contexte, notamment la difficulté de réunir tous les membres de la direction intérieure et extérieure, la mise en pratique des décisions de ce Congrès a rencontré des résistances qui ont été surmontées non sans douleur.  
Ce qu’il convient peut-être de retenir de ces deux évènements, c’est la grande détermination de l’élite éclairée et aguerrie, qui a animé l’un et l’autre, d’en découdre définitivement avec l’ordre colonial et de jeter les bases d’une Algérie libre et indépendante. Cet objectif stratégique a été atteint, et la Révolution algérienne figure parmi les grands moments de l’histoire du XXe siècle par son impact sur la libération de peuples entiers du joug de l’oppression coloniale et de la ségrégation raciale. Le second objectif, celui du fonctionnement  démocratique des institutions, sans verser dans une quelconque surenchère idéologique, il faut reconnaître qu’il s’agit d’un long processus, et que si beaucoup de chemin reste à faire, des étapes majeures ont été franchies depuis l’indépendance. Et là aussi, il s’agit peut-être de travailler ensemble, la main dans la main, au lieu de donner la leçon à tout le monde sur les idéaux patriotiques ou les convictions démocratiques. Cette année, la célébration du 20 août, Journée nationale du moudjahid, coïncide avec l’Aïd el-Adha. Une belle et heureuse coïncidence, pour allier, dans cette large communion, la fierté de la libération, et la foi qui en a été le ciment patriotique.  
Le Président Bouteflika, évoquant cette occasion mémorable, a affirmé qu’aujourd’hui, il s’agit à la fois de «s’enorgueillir des stations de la Révolution de Novembre et de savoir sauvegarder les acquis par des actes et des positions permettant à la génération de l’Algérie indépendante de relever les défis de l’époque et de préserver le legs de nos glorieux martyrs et de nos vaillants moudjahidine», et que «l’histoire retiendra à jamais le mérite des moudjahidine et des martyrs qui ont permis à notre peuple et à notre pays de recouvrer la liberté, l’indépendance et la souveraineté, après près d’un siècle et demi de colonialisme abject».
    EL MOUDJAHID
 


EL MOUDJAHID - QUOTIDIEN NATIONAL D'INFORMATION Edité par l'EPE - EURL El MOUDJAHID - 20, Rue de la Liberté - Alger - Algérie
Tél. : +213(0)21737081 - Fax : +213(0)21739043
Mail : info@elmoudjahid.com