dimanche 22 juillet 2018 17:26:32

EFFLUVES

PUBLIE LE : 12-07-2018 | 0:00 | EL MOUDJAHID

La France ne semble pas encore prête à tourner la page de son passé colonial, et encore moins à le regarder bien en face, afin de mieux l’évaluer, en assumer le visage barbare et bestial, le dépasser et ouvrir des perspectives constructives. En témoignent les effluves, de circonstance, certes, mais dont la persistance indique, d’une certaine façon, tout le malaise qu’éprouve une frange de la société française à rompre avec ce passé qu’elle ne cesse de présenter, au mépris des faits et des réalités historiques, comme une «œuvre civilisatrice» en s’accrochant aux mythes fondateurs de la «nostalgérie» et en procédant à une réhabilitation publique des éléments d’une organisation terroriste comme l'OAS. C’est vrai que pour l'immense majorité des Français, ces manifestations sont indécentes et scandaleuses, mais pour la fraction influente des pieds-noirs, c’est une raison de vivre, dopée par le sentiment viscéral d'abandon. C’est vrai qu’il s’agit d’un traumatisme profond, une sorte du «retour du refoulé», pour reprendre une expression freudienne, que Lacan a caractérisé en une phrase : «Ça parle là où Ça souffre». Si ces symptômes psychopathologiques intéressent en premier lieu la société française et ses élites, il n’en demeure pas moins qu’ils ont tendance à gêner la sérénité d’une relation algéro-française apaisée et orientée vers l’avenir.
La réaction quasi schizophrénique de la classe politique hexagonale, de gauche comme de droite, de même d’ailleurs que les animateurs de certains grands médias, à la déclaration censée et courageuse de M. Macron à Alger, lors de sa campagne présidentielle, qualifiant la colonisation de «crime contre l’humanité», est une preuve supplémentaire de cette ambiguïté entretenue qui masque une hantise bien réelle, sachant que le «crime contre l’humanité» est imprescriptible, statut qui n’est pas réservé exclusivement au cas nazi, et que sa dimension juridique ouvre droit à des poursuites judiciaires et à des réparations. C’est, entre autres, pour cela que la carte des pieds-noirs, des colons (et de la restitution de leurs prétendus biens), ainsi que le retour des harkis est agitée, à tout bout de champ, par la partie française, comme une sorte de réponse, voire de «moyen de pression et de chantage», selon l’Organisation nationale des moudjahidine qui s’est exprimée sur le sujet, il y a quelques jours. Fort heureusement, il a toujours existé en France des justes et des hommes d’honneur qui ont dénoncé et combattu, à nos côtés, le colonialisme qui est synonyme d’asservissement, de spoliation et de massacres à large échelle, à l’image des membres de l’«Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre» qui ont préféré le reversement de l’intégralité de leur maigre pension de retraite (500 euros/an) en faveur de projets humanitaires, donnant ainsi un sens à ce qui n’en avait pas. Et ce ne sont certainement pas les nostalgériques de tout acabit qui bloqueront la marche de l’histoire, dont ils ne sont, au fond, qu’une piètre émanation.
     EL MOUDJAHID

Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions