samedi 23 juin 2018 16:45:39

La belle et la bête

PUBLIE LE : 15-02-2018 | 0:00 | EL MOUDJAHID

Ce n’est pas la première fois que l’occupant israélien met en prison des adolescentes palestiniennes. Selon Amnesty International, plus de 350 enfants y sont détenus. Seulement, cette fois-ci, avec Ahed Tamimi, les choses sont différentes, dans la mesure où les réseaux sociaux s’en sont emparés, grâce à la vidéo tournée il y a deux mois, où l’on voit l’adolescente et sa maman, Nariman, bousculer deux soldats, puis leur donner des coups de pied et de poing devant la maison familiale. Au-delà des réalités quotidiennes de l'occupation, ce jour-là, la tension était plus forte que d’habitude, car un jeune membre de la famille avait été grièvement blessé à la tête par une balle en caoutchouc israélienne, lors des heurts en Cisjordanie occupée, au moment où, allant à l’opposé de la volonté internationale, le Président américain a annoncé sa reconnaissance d’El-Qods comme capitale d’Israël. La mère a été libérée sous caution, et sa fille emprisonnée sans procès. L’image de cette jeune fille bien habillée avec des cheveux blonds bouclés, qui s’insurge contre la présence d’un soldat lourdement armé, a fait le tour du monde et n’a pas manqué de provoquer un buzz, et peut-être bien de la sympathie dans un monde occidental habitué à voir des hommes ou des femmes au teint basané, les yeux exorbités, que la propagande sioniste lui présente comme des terroristes. Le procès de la mineure, devenue pour les Palestiniens mais aussi pour les jeunes des autres nations du monde une icône de l'engagement contre l'occupation, devant un tribunal militaire, gêne au plus haut point les Israéliens. Craignant la médiatisation, le juge a ordonné le huis clos, loin des regards des journalistes et des diplomates, avant de renvoyer l’affaire pour le mois prochain, ignorant qu’un tel procès est en lui-même illégal, dans la mesure où non seulement la Convention internationale des droits de l'enfant stipule que l'emprisonnement d'un mineur doit être une mesure de «dernier ressort» et «aussi brève que possible», mais aussi en raison des faits qui se sont déroulés dans un territoire occupé, où la présence d’un soldat israélien n’est pas la bienvenue. Habitués à se comporter de manière arrogante en réprimant toute forme de résistance, les Israéliens se sentent humiliés que le courage d’une adolescente les rappelle à la réalité, à savoir que ce sont des étrangers et qu’ils ne sont rien que des voleurs des terres palestiniennes qu’ils occupent par la force, au mépris de toutes les lois internationales et au mépris de toute éthique. Oui, et c’est bien en cela que l’attitude d'Ahed Tamimi est jugée dangereuse, parce que pacifique et exemplaire, et que pour intimider et mater tous les enfants palestiniens, il faudrait les astreindre à des détentions prolongées. Évidemment, quelle que soit sa ruse, l’occupant ne peut pas changer la réalité de l’occupation, inhumaine, bestiale et quotidienne. Et c’est cette occupation qu’il faudrait juger, parce qu’elle constitue un crime contre l’humanité, et contre laquelle toute l’humanité —et pas seulement Ahed— devrait se dresser.
EL MOUDJAHID
 

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