jeudi 18 octobre 2018 20:09:49

Ecart de langage ?

PUBLIE LE : 14-01-2018 | 0:00 | EL MOUDJAHID

Après les propos qu’il venait de tenir au Congrès sur le dossier sensible de l'immigration et les pays dont les immigrants sont originaires, le Président américain provoque un tollé mondial. Le déluge de condamnations l’a contraint à les contester partiellement en usant d’une formule alambiquée. Via Twitter, il a réagi à cette nouvelle polémique qu'il a créée de toutes pièces, ainsi : «Le langage que j'ai utilisé, lors de la réunion, était dur, mais ce ne sont pas les mots utilisés.» Ce sont des sénateurs présents à la réunion, démocrate comme Dick Durbin ou républicain comme Jeff Flake, qui assuraient que leur Président avait bien utilisé des expressions injurieuses, «abjectes et répugnantes». Selon les propos rapportés par le Washington Post, citant des participants non identifiés à la réunion, le Président américain faisait référence à des pays d'Afrique, ainsi qu'à Haïti et au Salvador. D'une même voix, l’Afrique a réagi en condamnant des «remarques scandaleuses, blessantes, dérangeantes, racistes et xénophobes», et en exigeant une «rétractation» au Président américain. L’Organisation des Nations unies (ONU), par la voix du porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, a regretté des «commentaires choquants et honteux». Des représentants du culte musulman de France ont décidé de boycotter la réception qui sera offerte jeudi prochain par la nouvelle ambassadrice américaine en France, très proche du Président américain.
Pour toute la planète, le Président américain est devenu un sujet de préoccupation, avec sa tendance à dénigrer les gens de couleur, ainsi que son islamophobie, comme le montre sa politique vis-à-vis de la Palestine, en décidant de transférer l'ambassade de son pays à El-Qods.
Si, pour la Maison-Blanche, qui n’a ni contesté ni démenti cet écart du langage, se bornant à souligner que M. Trump se battrait «toujours pour le peuple américain», et si pour l'ancien vice-président démocrate Joe Biden, «ce n'est pas comme cela qu'un Président devrait parler et se comporter, mais surtout, ce n'est pas comme cela qu'un Président devrait penser», à l’évidence, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond en Amérique. Même si sa stabilité mentale est remise en cause par Michael Wolff, l’auteur de l’ouvrage Fire and Fury, il n’en demeure pas moins que c’est l’Amérique qui a porté à sa tête un tel «génie», dont la suffisance n’a d’égal que ce comportement empli de soi-même et méprisant envers les autres. En réveillant les démons du racisme et de la xénophobie, la plus grande nation démocratique au monde n’a-t-elle pas peur pour sa propre démocratie ? Bien plus qu’un écart de langage, cette outrance ne traduit-elle pas un nouvel état d’esprit d’une Amérique qui, bien que demeurant une grande puissance économique, n’en demeure pas moins éprouvée par les faiblesses d’une croissance minée par des disparités sociales accentuées ? Oui, une Amérique qui ne cesse de se marginaliser et qui tente de résister aux changements de l’ordre international hérité de la Seconde Guerre mondiale en se repliant sur elle-même. Confrontée à des acteurs de plus en plus actifs, ne croyant plus aux vertus du multilatéralisme, faisant preuve d’une diplomatie plutôt heurtée et ne se basant pas sur un argumentaire convainquant, l’Amérique de Trump, comme un bateau ivre, semble ne pas disposer de cap assez dégagé pour le présent et pour l’avenir.
El Moudjahid

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