Vivre en paix


PUBLIE LE : 30-09-2017 | 0:00 | PAR EL MOUDJAHID

Cette furie qui n’a épargné personne. Cette indicible douleur qui a pris possession des âmes. Cette perte d’humanité qui a précipité une partie des Algériens dans des actes suicidaires, dévastateurs. Ces lendemains incertains et cette longue nuit qui s’est abattue sur nous laissant échapper de ses entrailles l’horreur. La structure familiale menaçait d’imploser. Le parent était accusé d’être le traître. Le voisin, l’indicateur pour des tueurs. L’espace public, porteur de tous les dangers. Les institutions de la République vacillaient. On parlait de «territoires libérés», au moment où, à l’étranger, le capital se frottait les mains dans la perspective de diviser le pays en espaces «utiles», riches, exploitables au propre comme au figuré, et d’autres en espaces livrés aux expérimentations  -pour reprendre une expression acide, cynique d’un de nos voisins-. Il n’était pas le seul à avoir ce regard sur ce peuple ombrageux, qui a bouté hors de ses frontières l’une des forces les plus meurtrières du XXe siècle, et qui, une génération plus tard, se dévorait. Il y a eu l’odieuse et assassine interrogation du «qui tue qui ?» Il y a eu aussi cette communauté qui a pris langue avec un «quarteron» d’Algériens, pour nous apprendre à nous, millions d’Algériens, comment renouer avec la paix et la solidarité. N’y avait-il plus d’espoir pour que les valeurs cardinales de l’Algérien soient oubliées et qu’on tente de nous les inculquer à partir de canons bibliques ? Dans cette mare de sang qu’était devenu notre pays, un homme s’est levé. «Faut-il attendre qu’il y ait un million de morts pour appeler à la paix?» Une phrase qui a fonctionné comme un électrochoc sur nos esprits tétanisés. Bien sûr, les esprits pris dans la tourmente, les cœurs noyés dans le chagrin, la mémoire vive, les cris de douleur qui hantent nos nuits pouvaient être rétifs au pardon. On a vu l’auteur de cette phrase, candidat à la magistrature suprême, sillonner le pays et se faire l’avocat de ce beau pays qui mérite mieux que les larmes. La suite, on la connaît. Les mesures engagées par l’État pour le recouvrement de la paix, dont l’ordonnance du 25 février 1995 portant mesures de clémence, la loi sur la Concorde civile, adoptée par le peuple le 16 septembre 1999, et la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, plébiscitée par 97,36% de «oui» au référendum du 29 septembre 2005, ont sauvé notre pays. D’abord, du «suicide collectif» et, ensuite, de l’intervention étrangère à laquelle plusieurs «personnalités» ont appelé. C’est une partie de notre histoire que nous avons traversée dans la nuit et en solitaire, sous le regard, accusateur, ethnocentriste, de nombre de pays qui invoquent les droits de l’homme  pour les «autres» et usent de bombes pour les leur imposer. Une parenthèse qui a causé 200.000 morts, ravagé le secteur de  l’éducation, endeuillé la corporation des journalistes et ciblé presque 2.000 unités économiques. La hargne contre les femmes et les hommes, qui pouvaient être la partie éclairée dans notre société déchirée, la destruction des lieux du savoir et des espaces de travail suffisent à établir les preuves que ce qui était visé allait au-delà de l’individu, pour englober dans une dynamique infernale un pays et sa mémoire. Aujourd’hui, notre stratégie a été payante. De toutes les nationalités, c’est l’Algérien qui est le plus imperméable aux manœuvres d’embrigadement dans les groupes terroristes, n’en déplaise à ce «juif de Beni Saf» qui ne manquait aucune occasion de persifler que l’Algérie est un trop grand pays qui doit vivre son «printemps arabe». Notre réconciliation nationale est un succès éclatant qui s’est imposé à l’étranger et sert d’exemple et de source d’inspiration à de nombreux États qui veulent trouver des solutions internes et éviter l’intervention étrangère dans leur pays. L’histoire retiendra que notre apport à la paix n’a pas été confiné à notre pays, mais a servi et sert pour toutes les communautés qui vivent l’enfer de la violence.
El Moudjahid


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