jeudi 27 avril 2017 00:21:08

AU CŒUR DE L’ISLAM : Ramadhan et indépendance

Le 5 Juillet, fête de l’indépendance, coïncide cette année avec la fin du Ramadhan.

PUBLIE LE : 11-07-2016 | 0:00
D.R

Le 5 Juillet, fête de l’indépendance,  coïncide cette année avec la fin du Ramadhan. La date est fondatrice. Il est sage de se souvenir que le savoir, la culture et le civisme des citoyens fixent les rapports de force en matière de richesse, de puissance et la qualité de vie. En premier lieu se pose la question scientifique de la qualité de l’enseignement, afin de construire une société de la connaissance et de la compétence. Deuxièmement sur le plan  politique et culturel, il s’agit de répondre par un projet de société où unité et pluralité, universalité et spécificité, authenticité et modernité se conjuguent. Troisièmement, sur le plan économique, réaliser l’adéquation formation-emploi et maîtriser l’évolution des métiers.
 Les réponses  dépendent en premier lieu du niveau culturel. Tout est possible, avec des citoyens cultivés. A partir de ce prédicat, nous pouvons nous interroger sur le modèle de citoyen pour notre temps, dans un contexte marqué par des défis sans précédent, relatifs à la préservation de la souveraineté, au développement durable et à l’identité évolutive. Il reste un avenir si les intellectuels s’impliquent. D’autant que, plus de cinquante années après le recouvrement de la souveraineté, nous devons tirer les leçons de l’histoire.
L’indépendance, le recouvrement de la souveraineté,  la libération sont un jour de consécration.. Hier la colonisation a tenté de vider la nation de la conscience collective à travers l’anéantissement de la richesse civilisationelle algérienne. Des pans de la mémoire, de la culture et de l’expérience ancestrale de la société algérienne d’avant la colonisation, ont survécu pour rejaillir sous d’autres formes après l’indépendance. Nous pouvons avoir le légitime sentiment de fierté d’avoir réussi à effacer les séquelles les plus lourdes.
La personnalité, l’identité, les valeurs et la mémoire algériennes, ancrées depuis toujours, résistèrent avec force, dignité et dynamisme. Après plus de dix sept ans (de 1830 à 1847) de combat vaillant du peuple algérien, sous la bannière de l’Émir Abdelkader qui a fondé l'État national à l'ère moderne, la résistance au système colonial de peuplement n’a jamais cessé jusqu'à l’embrasement du glorieux 1er Novembre 1954.
Le mot « Algérie » au XXème siècle, dans la perception des peuples épris de dignité, est le synonyme du mot « Liberté ». L’identité algérienne est ancienne et riche, attachée à la terre, à l’éthique du savoir et à la liberté. Sa culture est celle de la résistance et de la créativité intellectuelle, héritée de la nuit des temps, depuis Massinissa et Jugurtha jusqu’à l’Émir Abdelkader. Sur le plan de la littérature, le plus ancien romancier dans le monde est un Algérien, l’encyclopédiste Apulée, et celui, qui dans l’histoire a initié le chemin du mode autobiographique, avec "les Confessions", est un autre Algérien, l’évêque Saint Augustin.
Avec l’essor de la civilisation musulmane et de dynasties prospères sur le plan culturel et scientifique, qui jalonnent notre pays, Rostomides, Fatimides, Zirides, Hammadites, Almoravides, Almohades, Zianides, l’Algérie des savants Algériens, innombrables, dans toutes les disciplines, des mathématiques à la grammaire, de l’agronomie à la médecine, éclairent la culture de leur temps et contribuent à l’âge d’or des sciences « arabes ».
Ibn Khaldoun, au XIVème siècle, au cœur de l’Algérie, invente la sociologie moderne et des penseurs Andalous, arabo-berbères, se ressourcent dans le patrimoine Algérien, comme Ibn Tofeil et
Ibn Arabi. À partir du centre d’enseignement de Bejaïa s’opéra la diffusion décisive des chiffres arabes en Occident et des avancées de l’algèbre, qui vont bouleverser les sciences. L’Algérie a joué un rôle dans l’histoire des sciences, comme les mathématiques, la médecine, les techniques de construction, l’hydraulique, la pharmacologie et les sciences navales.
La création de jardins d’horticultures et de botaniques en Andalousie musulmane, où les plantes et les fleurs sont considérées sous tous leurs aspects, parfum, médicinale, alimentaire, utilitaire et décoratif, sont l’œuvre entre autres de chercheurs algériens. Dans le contexte méditerranéen, ils améliorent les techniques agricoles et les connaissances botaniques. Les agronomes algériens, arabo-berbères, andalou-magrébins font évoluer le triptyque méditerranéen antique : blé - vigne - olivier.
Sur le plan du savoir théologique, les soufis algériens, grands maîtres spirituels, influent avec éclat sur l’éducation des caractères et irriguent de leurs pensées la Méditerranée, l’Orient et l’Afrique. La civilisation musulmane arabo-berbère en Algérie a puisé dans le modèle éthique
« Mohammadien », l’homme universel, Al insan Al kamil. Plusieurs villes millénaires de notre pays, de Tlemcen à Constantine, de Tiaret à Miliana, d’Annaba à Biskra, de Mazouna à Tébessa, et de Mostaganem à Ghardaïa, faisaient partie des principaux centres culturels et scientifiques du monde musulman. L’Algérie vibrait de mille pulsions de vie, de création et d’excellence, en tant que carrefour des civilisations.
Sur le plan de la culture de la résistance, avant le temps musulman, l’Algérie a résisté durant 15 siècles, repoussant les étrangers et les occupants tels les Phéniciens, les Romains, les Vandales et les Byzantins. Au XIX siècle, face à l’agression coloniale. L’Émir Abdelkader résista dix sept ans. Dans une de ses lettres, lors de son exil, il exprimera son sentiment :
« Je ne pouvais me résoudre à descendre de mon cheval et dire un éternel adieu à mon pays. J’avais juré de défendre mon pays et ma religion jusqu’à ce qu’aucune force humaine n’y puisse plus suffire ».
 Au vu du mouvement funeste de l’histoire, après  une résistance héroïque, il met fin au combat  mais restera confiant pour l’avenir : « Je n’ignorais pas quelle serait l’issue plus ou moins tardive de la lutte, mais la conscience apaisée, je sais que le temps à l’échelle de l’histoire d’un peuple ne peut-être que celui du rétablissement de la justice ». Dans ce sens, il écrira  un poème mémorable : « Tu as atteint ton but, Abdelkader, sois tranquille, ta nation revivra et le rameau de la guerre libératrice ressuscitera ». Vision prémonitoire, un siècle avant l’inéluctable libération du territoire. L’Émir Abdelkader sera le chantre de l’humanisme, du dialogue des civilisations et un précurseur de l’essai de renaissance du monde musulman, à partir de la science universelle liée à l’éthique.
Al Djazair,  al-mahrusa, la bien gardée, al-mansura, la victorieuse, l’Algérie, défend le dialogue des cultures et l’amitié entre les peuples. La solidarité, les devoirs patriotiques, islamiques et humanistes furent toujours honorés. Position constante : hier, défendre ses propres terres, prêter son concours aux peuples en guerre contre des agresseurs, aujourd’hui, rester fidèles aux causes justes, comme la cause palestinienne, celle du Tiers-Monde, celles de l’Afrique et du Tiers–Monde et continuer à se porter à l’avant-garde de la recherche d’un ordre international juste et d’une civilisation universelle commune.
  Al-Djazair  était la patrie des hommes respectueux de la culture et du savoir, insurgés et fondateurs d’une Nation symbole. Avant 1832, la majorité des Algériens savaient lire et écrire l’arabe. Par contre,  en 1962, l’analphabétisme concernait près de 90 % du peuple. Le colonialisme a tenté de priver les Algériens de mémoire, et de les couper de leur identité culturelle. Le 19 Mai 1956, moins d’un an après la création de l'Union Générale des Étudiants Musulmans Algériens, le FLN décide de décréter la grève des étudiants et des lycéens algériens, afin de mobiliser les élites et de renforcer le mouvement révolutionnaire.
Les étudiants algériens portaient un grand amour à leur patrie et comprirent que le temps était celui de la lutte, qui transcendait la question de l’enseignement. Le message était clair : « Avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres. A quoi donc serviraient ces diplômes qu'on continue à nous offrir pendant que nos mères, nos épouses, nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants, nos vieillards tombent sous les mitrailles, les bombes du Napalm ? Et nous «les cadres de demain», on nous offre d'encadrer quoi ? D’encadrer qui ? Les ruines et les monceaux de cadavres …», s'interrogeaient les rédacteurs de l'appel.
Hier, l’engagement des étudiants algériens pour la cause nationale indépendantiste fut concret dès 1954, et massif à compter de 1956. Les étudiants algériens ont été à la hauteur des attentes. Cela a donné une nouvelle impulsion à la lutte de libération nationale. Des intellectuels, avec la pluralité de leurs conditions sociales, la diversité de leurs outils linguistiques, et celle de leur parcours, séculier ou spirituel, et malgré leur limite dans une situation d’oppression, puis de guerre, et la constellation de leurs inspirations, dont la plupart ont servi avec dévouement la cause nationale et gardèrent vivant le patrimoine culturel.
La culture de la révolution algérienne s'est transformée en projet de libération humaine, de délivrance du joug de l'occupation et de la répression dans le monde. Il y a cinquante ans, le peuple algérien a concrétisé une aspiration fondamentale à une vie libre, paisible et digne, ayant de tout temps répondu à l’appel de sa conscience.
Après le recouvrement de sa souveraineté, Al Djazair s’est fixée comme priorité de retrouver sa pleine identité, sa place parmi les nations et rattraper le retard immense, accumulé en matière de sciences, d’éducation et de culture. Aujourd’hui, plus que jamais,  nous devons faire face au nouveau défi : celui de bâtir une société du savoir afin d’assurer à la société l’entrée dans un devenir qui préserve l’indépendance, articule modernité et authenticité et réponde aux besoins de la jeunesse.
Les problèmes multiples, liés, tout à la fois, à la dépendance scientifique, aux remises en cause des droits des peuples, à la baisse du niveau et au chômage des diplômés, obligent à repenser nos paradigmes et méthodes. Face aux incertitudes, se tourner vers l’avenir et s’appuyer sur la science et l’éthique est la tâche de l’heure.
Il est temps de développer les débats d’idées pour une renaissance culturelle et scientifique. La voie qui y mène passe par une stratégie de réforme, à commencer par les domaines clés de l’éducation, de la recherche et de la culture, pour construire une société de la connaissance et un monde ouvert, du vivre-ensemble.
L’Algérie, pays de la culture de la dignité et de l’islam du juste milieu, peut donner l’exemple.

* Le Professeur Mustapha Cherif est lauréat du prix Unesco du dialogue des cultures, auteur notamment de « Le Coran et notre temps », « Le Prophète et notre temps » (édition Anep), et
« Sortir des extrêmes » (édition Casbah).

 

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