mercredi 23 mai 2012 08:27:45

M. Youcef Yousfi : “La nationalisation des hydrocarbures en Algérie a marqué durablement l’industrie mondiale du pétrole”

“La nationalisation des hydrocarbures en Algérie a marqué durablement l'industrie mondiale du pétrole”

PUBLIE LE : 23-02-2011 | 21:34
D.R

 La nationalisation des hydrocarbures en Algérie "est  certes un événement national mais ses répercussions internationales ont aussi  marqué durablement l'industrie mondiale et le commerce international des hydrocarbures",  a indiqué le ministre de l'Energie et des Mines, M. Youcef Yousfi dans une interview  à l'APS, à la veille de la célébration du 40ème anniversaire de cette nationalisation.    

Quarante ans après la nationalisation des hydrocarbures,  que représente pour vous, Monsieur le ministre cette date historique et comment  a-t-elle contribué au développement du secteur ?            
 Les décisions du 24 février 1971, portant nationalisation des  hydrocarbures, ont véritablement cristallisé la volonté de notre pays de poursuivre  le processus de recouvrement de sa souveraineté nationale en devenant maître  de ses ressources naturelles, afin de les mettre au service du développement  économique et social de la nation. C'est, certes un événement national mais ses répercussions internationales ont aussi marqué durablement l'industrie mondiale  et le commerce international des hydrocarbures.            
Le secteur des hydrocarbures qui, comme on peut le constater aujourd'hui,  a connu grâce à l'impulsion donnée par ces décisions majeures un essor remarquable  qui a contribué directement au financement des programmes d'investissement nationaux  au profit de tous les citoyens et également au positionnement international  de l'Algérie.            
Nous pouvons voir en effet combien l'augmentation de la production d'hydrocarbures  liquides et gazeux enregistrée au cours de ces quarante années, a permis dans  la dernière décennie de continuer à répondre, en priorité et de manière satisfaisante,  à une demande en énergies en forte croissance sur le marché intérieur et d'exporter  des volumes importants de gaz, de pétrole et de produits raffinés.        
C'est d'ailleurs dans l'esprit du 24 février et grâce à une politique judicieuse  que les recettes d'exportation d'hydrocarbures nous ont permis de préserver  la souveraineté de la décision nationale, par notamment la réduction drastique  de l'endettement extérieur du pays et la constitution d'un Fonds de régulation  des recettes (FRR) qui garantit le financement de nos projets de développement.          
Fruit de l'exploitation optimale de nos ressources par des femmes et  des hommes compétents et engagés dans le sens de l'intérêt national, le secteur  des hydrocarbures a fait depuis 1971 un parcours formidable, multipliant par  deux la production de pétrole, atteignant des niveaux de taille mondiale pour  la production gazière, plaçant l'Algérie parmi les leaders mondiaux de cette  industrie et parmi les acteurs principaux du marché.           
Les usines de traitement et de transformation du pétrole et du gaz se  comptent par dizaines, la longueur du réseau de transport par canalisations  a été multipliée par quinze . Des dizaines de milliers de techniciens, d'ingénieurs  et de cadres ont été formés et des dizaines de milliers d'emplois permanents  ont été créés.           
Mais ce qui me semble le plus important en l'occurrence, c'est ce que  nous avons appris et retenu de cette dynamique en termes de capitalisation  de l'expérience et de maîtrise technologique ce qui devrait nous permettre  d'envisager avec optimisme la préparation de la relève et de faire face avec  succès aux nouveaux défis que nous pose désormais le monde de l'Energie.          
En cela le 24 février demeure décidément une grande source d'inspiration  pour toutes les générations.             

Quelles sont les perspectives à moyen et long termes du  secteur de l'Energie et des Mines dans un contexte international marqué par  un retour en force des sociétés nationales dans l'exploitation et la commercialisation  des hydrocarbures. Quelles sera la part des énergies renouvelables ?            
Le secteur de l'énergie et des mines s'attelle à mettre  en œuvre un programme ambitieux de développement à moyen et long termes de  toutes les activités qui sont de sa responsabilité.          
Pour ce qui concerne les hydrocarbures, Sonatrach prévoit à moyen terme  d'augmenter la production de pétrole et de condensat grâce, d'une part, à un  maintien de l'effort de production pour les gisements actuellement en exploitation  et d'autre part, à la mise en production de nouveaux gisements.          
Pour ce qui est du gaz naturel, la compagnie nationale a défini un important  programme d'exploration et de délinéation au niveau des zones à potentiel gazier,  en particulier dans le Sud Ouest algérien, ainsi qu'au niveau des bassins de  Berkine et d'Ilizi.           
Au niveau du développement des gisements de nombreux projets sont, soit  en cours de réalisation soit en phase de lancement. Ces projets permettront  d'assurer la croissance de la production de gaz à moyen et long termes.          
Au plan du raffinage, de la liquéfaction du gaz et de la pétrochimie,  il est prévu de réhabiliter et d'augmenter les capacités de raffinage existantes,  de renforcer les capacités d'exportation de gaz, aussi bien par gazoducs que  sous forme GNL (gaz naturel liquéfié), les nouvelles capacités d'exportations  de GNL de Skikda et Arzew, en cours de réalisation, permettant d'assurer une  meilleure diversification des exportations de gaz.           
Quant à l'industrie pétrochimique, elle est appelée à devenir un vecteur  très important de l'économie nationale et nous sélectionnerons les filières  de valorisation des matières premières permettant de développer un véritable  tissu industriel.            
Au plan de la production d'électricité, les énergies renouvelables  s'imposent comme une option incontournable pour la satisfaction de nos besoins  énergétiques à long terme.           
Aussi, l'Algérie, bien que disposant d'importantes ressources d'hydrocarbures,  doit préparer sa transition vers un modèle énergétique basé sur les énergies  renouvelables. Une telle transition permettra notre affranchissement progressif  par rapport aux hydrocarbures, autant pour la satisfaction de nos besoins énergétiques  intérieurs que pour les exportations.           
De plus, le potentiel en énergies renouvelables de l'Algérie constitue  un atout majeur qui pourra être valorisé pour faire de notre pays un fournisseur  de l'Europe en énergie électrique, comme elle l'est actuellement pour le gaz  naturel.            
Par ailleurs la nécessité d'éviter le gaspillage et de permettre une  meilleure compétitivité de notre économie nationale, a amené notre secteur à  définir un programme d'efficacité énergétique. C'est dans cette vision globale  qu'un programme de développement des énergies renouvelables et d'efficacité  énergétique ont été adopté récemment par le gouvernement.           
Ce programme a identifié plus de 65 projets pour la période 2011/2020,  dont 10 projets pour la seule phase pilote 2011-2013. Il vise à terme une contribution  des ENR à hauteur de 40% de la production nationale d'électricité à l'horizon  2030.           
En matière d'emploi, la réalisation du programme ENR permettra la création  de plus de 200.000 emplois directs et indirects.           
Enfin le programme de développement des ENR sera adossé à une stratégie  industrielle dynamique avec pour objectif de maximiser le taux d'intégration  sur l'ensemble des filières. Il s'agira de promouvoir la participation de l'outil  national dans le processus de mise en œuvre de ce programme et de réaliser  des unités de fabrication de matériels et d'équipements y afférents.          
L'apport des laboratoires et centres de recherche nationaux sera primordial  pour le succès de ce programme. 

L'industrie mondiale des hydrocarbures passe par une période  d'incertitude en raison de la spéculation sur les produits pétroliers qui a  créé une volatilité des cours. Comment l'Algérie, membre de l'OPEP, appréhende  cette question ?             
Il est vrai que le marché pétrolier a connu de profonds  bouleversements depuis le début de ce 21ème siècle.          
La période 2000-2003 a été marquée par des prix stables à l'intérieur  de la bande de variation 22-28 dollars/baril fixé par l'OPEP suite à  l'effondrement des prix de 1998.            
La hausse de la demande, en particulier de la Chine, conjuguée à l'épuisement  des réserves mondiales de certaines régions, comme la mer du Nord, les investissements  trop faibles de la décennie 1990 (en raison du faible prix du pétrole durant  cette décennie) sur l'ensemble de la chaîne pétrolière et aussi la volonté de  l'OPEP de protéger les intérêts de ses pays membres ont été à l'origine d'une  hausse des prix durant la période 2004-2008, les prix atteignant plus de 100  dollars le baril sans affecter réellement la croissance économique mondiale.           
Parallèlement, on a assisté à une montée en puissance des marchés financiers  pour le pétrole et les produits pétroliers avec un volume de transactions financières  évaluées à environ trente-cinq (35) fois celui des transactions physiques.           
En 2008, le pétrole a connu de très fortes variations de prix, jamais  égalées, attribuées essentiellement à la spéculation des marchés financiers.          
Il est clair que les marchés financiers du pétrole et la logique financière  des acteurs qui les animent sont porteurs de risques difficilement contrôlables  et que la question du prix du pétrole et des commodités en général débouche  sur la problématique de la régulation des marchés financiers qui s'alimentent  de la spéculation et découragent les investissements.            
L'Algérie, à travers l'OPEP, continuera à militer pour la stabilité  et la visibilité des prix du pétrole à des niveaux qui encouragent les investissements  de production qui sont devenus plus coûteux avec l'épuisement des réserves  existantes.           
Nous pensons que seul un signal de prix durable est de nature à encourager  les investissements de croissance. Dans une situation incertaine en termes  de prévision des prix du pétrole, les pays exportateurs sont confrontés à la  volatilité de leurs recettes d'exportation qui rend très difficile la conduite  d'une politique budgétaire équilibrée.          
Les pays industrialisés réfléchissent à réformer les marchés financiers  et notamment les marchés dérivés du pétrole depuis les dérives constatées lors  de la crise financière. Des pistes pour stabiliser les prix sont en discussion  dans le cadre du dialogue producteurs-consommateurs entre les pays de l'Opep  et les pays industrialisés.

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