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Patrimoine, La Casbah d'Alger: Les plans de sauvetage se succèdent et la vieille cité agonise

La Casbah, âme et cœur battant d'Alger, se meurt dans l'indifférence, alors même que les plans pour son sauvetage se succèdent depuis trois décennies échouant les uns après les autres à sauver du naufrage l'antique cité, s'accorde-t-on à dire dans différents milieux.

PUBLIE LE : 21-02-2011 | 16:34
D.R

La Casbah, âme et cœur battant d'Alger, se meurt dans  l'indifférence, alors même que les plans pour son sauvetage se succèdent depuis  trois décennies échouant les uns après les autres à sauver du naufrage l'antique  cité, s'accorde-t-on à dire dans différents milieux. Devant l'extrême urgence à préserver "El Mahroussa", comme se plaisent  à la nommer les vieux Algérois, et tenter de l'arracher à une mort certaine,  un énième plan a vu le jour récemment, celui élaboré par l'Office national de  gestion et d'exploitation des biens culturels protégés d'Alger.
Le plan en question se décline en trois étapes. La première a consisté  dans le lancement d'une opération qui a touché 343 bâtisses de la Médina.
La  deuxième a porté sur des études historiques et topographiques, tandis que la  troisième a concerné la finalisation dudit plan. Ce plan qui suscite beaucoup d'espoir chez ses promoteurs, requiert  une enveloppe financière globale de 56 milliards de dinars, précise l'office qui  rappelle l'"échec des plans précédents en raison du manque d'efficacité".
Le constat est effarant  : la Casbah compte aujourd'hui moins de 600  maisons contre plus de 1700 à sa construction.
Certains des plans conçus pour  la sauver sont restés sans suite, alors que d'autres ont été stoppés net, dès  leur lancement, avec le départ des responsables charges de leur exécution. Entre manque de financement et de main-d’œuvre ou encore absence de  volonté politique, les habitants de la Casbah comme l'ensemble des Algérois  inquiets de voir disparaître à jamais un pan entier de la mémoire d'Alger, se  perdent en conjectures devant tant de gâchis, impuissants qu'ils sont à expliquer  l'échec des tentatives de restauration de la vieille cité.
"Nous devons apparemment attendre la résurrection d'un des Deys pour  enfin voir la vieille cité renaître de ses cendres", conclut amer et désabusé  un des anciens habitants.
La première opération de restauration de la Casbah remonte à 1981,  lorsque le gouvernement de l'époque a appelé à la mise en place d'un plan de  sauvegarde. L'inscription de ce site historique n'est intervenue qu'en 1991,  soit trente ans après l'indépendance, suivi de son classement, en 1992, au  patrimoine mondial de l'Unesco. Depuis peu, une Journée nationale lui est dédiée, coïncidant avec le  23 février de chaque année. Quotidiennement, l'office en charge du dernier plan reçoit les dossiers  des habitants de la Casbah en vue de régler la situation des maisons qu'ils  occupent depuis des années.
Certains citoyens ont émis le souhait d'être transférés dans un centre  de transit en attendant la restauration de leurs maisons alors que d'autres  ont accepté de céder leurs habitations contre un nouveau logement dans un autre  quartier de la capitale, selon des responsables de l'office.
Les opérations de recensement ont révélé que plusieurs habitants ne  possèdent pas d'actes de propriété. Des habitants de l'ancienne cité ont même  procédé délibérément à la destruction de leurs maisons dans le but d'acquérir  des logements neufs, à l'instar des bénéficiaires d'opérations de relogement  dans la capitale ces dernières années. Quelque peu sceptiques, les habitants de la Casbah et les  associations qui œuvrent pour sa sauvegarde et sa protection ont, tout de même,  accueilli favorablement ce dernier plan, tout en exprimant le vœu qu'il aboutisse  et qu'enfin la vieille Médina, ou ce qu'il en reste, soit sauvé. Tout en se déclarant optimiste quant la réussite de ce plan spécialement  conçu pour la Casbah, Mme Houria Bouhired, présidente de l'association "les  Amis d'Alger - Sauvons la Casbah" a préconisé la création d'une commission  constituée de représentants des différents secteurs et des acteurs de la société  civile pour en assurer le suivi et l'application efficace.          
Pour sa part, le président de la fondation "Casbah", M. Belkacem Babassi,  s'est dit satisfait du contenu du plan et disposé à contribuer à sa mise en  oeuvre à travers la sensibilisation des habitants de la vieille cité.
Ce plan intervient après un travail de longue haleine de la part des  associations de la société civile qui ont lancé un SOS pour venir en aide à  une ville en détresse, d'autant plus que 82 bâtisses tombent en ruine annuellement,  selon les estimations de l'office. Le président d'honneur de la fondation "Casbah", M. Ali Mebtouche, a  fait savoir que plusieurs quartiers de l'ancienne ville d'Alger se sont effondrés  avec le temps.
"Il est peut être trop tard de sauver la ville, hélas menacée  de disparition", se désole-t-il.
"Avant, on entendait parler de maisons qui s'effondrent par-ci par-là.  Mais aujourd'hui, ce sont des quartiers entiers qui tombent en ruine pour  voir naître à leur place des parkings comme c'est le cas pour les quartiers  "Djawab" et "Bahr El Ahmer"", a souligné l'intervenant. Il s'est interrogé sur "l'utilité d'organiser des festivals culturels  à Alger à longueur d'année alors qu'une partie de la mémoire nationale agonise  en silence". Les restaurations anarchiques réalisées par les habitants de ce quartier  sur leurs maisons ont accentué cette situation précaire.
Ces opérations non  conformes aux règles ont altéré le cachet architectural des demeures allant  jusqu'à leur enlever toute valeur patrimoniale. En attendant d'atteindre les objectifs escomptés à travers ce nouveau  plan, l'Office national de gestion et d'exploitation des biens culturels protégés  a interdit, en vertu d'une décision ferme, toute opération de restauration individuelle  qui pourrait altérer l'aspect architectural authentique de la Casbah.           
L'Unesco, pour sa part, avait à maintes reprises mis en garde contre  les risques qui menacent cette ancienne ville d'une disparition   certaine...
 

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