dimanche 30 avril 2017 04:13:40

Lara Lee, cinéaste brésilo-américaine : « Je défend les populations autochtones »

Rencontrée lors de la sixième édition du festival international du cinéma d’Alger dédié au film engagé, qui s’est déroulé le mois de décembre dernier, la cinéaste brésilo-américaine Lara Lee revient dans cet entretien sur son œuvre récente Life is waiting, un documentaire poignant qui porte à l’écran le militantisme culturel des artistes sahraouis, pour dire halte à la répression et à la spoliation des terres.

PUBLIE LE : 31-01-2016 | 0:00
D.R

Rencontrée lors de la sixième édition du festival international du cinéma d’Alger dédié au film engagé, qui s’est déroulé le mois de décembre dernier, la cinéaste brésilo-américaine Lara Lee revient dans cet entretien sur son œuvre récente Life is waiting, un documentaire poignant qui porte à l’écran le militantisme culturel des artistes sahraouis, pour dire halte à la répression et à la spoliation des terres.

Née au Brésil, naturalisée américaine et d’origine coréenne… Peut-on dire que ce melting-pot identitaire est derrière votre filmographie dont la toile de fond défend les questions universelles ?
En effet, je suis un produit de la mondialisation, je suis née au Brésil, j’ai longtemps vécu aux Etats-Unis, mon cœur est palestinien et je suis d’origine sud-coréenne. J’ai envie de dire que j’aime mettre à l’écran la lutte des peuples pour faire valoir leur identité et l’authenticité de leurs origines et de leurs terres. J’ai réalisé un film sur l’histoire du Nigeria, un autre sur les populations autochtones de l’Amazonie au Brésil, et je n’hésite pas à porter ma caméra pour donner la parole aux peuples oubliés. Pour ce qui est de Life is waiting, j’ai remarqué, durant le voyage que j’ai effectué aux camps de réfugiés sahraouis, le manque de moyens logistiques chez le peuple sahraoui qui dit vouloir faire la guerre contre l’armée marocaine. J’ai donc essayé de jouer sur la fibre de la mobilisation en élaborant une campagne de solidarité internationale, d’ordre humain et culturel, afin de soutenir la cause sahraouie.

Expliquez-nous le choix de mettre l’accent sur le volet créatif et artistique pour véhiculer le message du peuple sahraoui…
J’estime que la résistance historique dite « classique » et celle qui repose sur l’analyse politique sont un produit consommé dans le film documentaire. A force de trop politiser ce genre de questions, elles ont tendance à être banalisées et elles perdent de leur valeur authentique. Je trouve que la résistance créative est nettement plus efficace que les discours politiques, c’était un choix de réalisation, et il a donné ses fruits à travers les dizaines d’artistes et intellectuels sahraouis exilés à l’étranger, notamment en Espagne.

Votre film véhicule des messages politiques. Comment comptez-vous faire entendre la voix du peuple sahraoui dans l’hémisphère Nord ?
Il faut dire que faire le film n’est que 10% du travail du réalisateur. Etant une cinéaste indépendante, je suis dans l’obligation de promouvoir mon film avec mes propres moyens, et pour cela je remercie l’Algérie, le pays de la résistance, et surtout le festival du film engagé de m’avoir permis de projeter le film. Life is waiting a été programmé dans nombreux pays africains, et je compte sur des associations indépendantes établies en Europe et en Amérique pour programmer le film dans les pays du Nord. Certes, ça sera difficile de le programmer dans les grands festivals, mais nous essayerons de le programmer au profit des cinéphiles européens.

Parlez-nous des conditions de tournage. Avez-vous trouvez des difficultés ?
Ça a été extrêmement difficile de filmer au Sahara dans des conditions extrêmement rudes. Par exemple, pour la dernière séquence du film, nous avons couru un risque énorme, avec les activistes internationaux, lorsque nous avons mis des fleurs devant le mur de la honte, alors que des milliers de mines anti-personnel étaient enfouies sous le sol et  que le vent était favorable à leur déplacement. Cela n’a pas ébranlé notre volonté de transmettre le message du peuple sahraoui.

Que  pensez-vous de la démarche de l’Algérie de dédier tout un festival de cinéma à l’engagement afin de donner une tribune d’expression aux causes oubliées, politiques soient-elles, sociales ou écologiques…
J’avoue être sidérée d’entendre que l’Algérie consacre tout un festival  parrainé par le ministère de la Culture pour mettre en avant les nobles causes qui militent dans le monde contre des situations injustes et critiques.
 Cela ne m’étonne guère lorsque je me rends en Algérie,  connue autrefois  comme étant la « Mecque des révolutionnaires », et  historiquement pour ses prises de position. Ce genre de festival est à encourager et doit être pérennisé, et les autres pays doivent faire de même afin de faire entendre les voix des opprimés, et surtout de redonner un souffle à l’une des principales missions du cinéma, à savoir l’engagement.
Entretien réalisé par
Kader Bentounès

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