vendredi 24 mars 2017 21:01:23

Conférence sur les médias : La déontologie contre les discours de la haine

Hamid Grine : « Il y a nécessité pour les journalistes de se professionnaliser »

PUBLIE LE : 16-12-2015 | 0:00
Ph : T.Rouabah

«La responsabilité sociale du journaliste et des médias», c’est le thème choisi pour une session de formation initiée par le ministère de la Communication au profit des professionnels de la presse.

Le thème en question a constitué  une opportunité de plus pour mettre sous les feux de la rampe les notions de déontologie et d’éthique que le même département ministériel s’emploie, depuis plusieurs mois, à vulgariser dans le cadre d’une dynamique ininterrompue menée sous l’égide du ministre Hamid Grine. En sus de la pertinence du thème, l’importance de cette nouvelle session de formation qu’a abritée, hier, l’École nationale de journalisme se rapporte aussi, comme l’a souligné M. Grine, aux qualités de l’homme convié pour l’animer. Il s’agit de Ricardo Velasquez Gutierrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes et maître de conférences à l’Université libre de Bruxelles. Doté des qualités de véritable tribun, M. Gutierrez à eu à souligner dans son intervention l’une des problématiques sans doute les plus débattues dans les rédactions de presse de par le monde.
 Il s’agit du traitement que doit réserver le journaliste au discours de la haine, de plus en plus inquiétant eu égard de la montée au créneau de l’extrémisme, de la discrimination et la xénophobie. Ce genre de discours «devenu de plus en plus préoccupant», pour paraphraser le conférencier, est surtout diffusé à travers les plateformes numériques (Twitter, Facebook).
«Un rapport établi par l’Unesco a fait part de l’existence de 50.000 sites qui font l’apologie de l’organisation terroriste Daech et chacun de ses sites compte 1 millions d’abonnés», a encore révélé M. Gutierrez qui déplore, au passage, que les médias sociaux sont devenus, dans de nombreux cas, «des canaux véhiculant des discours haineux et choquants non seulement pour les médias, mais aussi pour de simples internautes dans leurs réactions et leurs commentaires sur tel ou tel sujet. «Il en est même des commentaires où les auteurs se réjouissent de la mort tragique d’êtres humains», dénonce le conférencier qui se désole  du fait que ce genre de pratiques font aussi la «Une» de certains journaux européens adeptes de l’islamophobie.  

Le respect de la déontologie est un impératif
«Le combat contre le discours de la haine constitue indéniablement le défis de l’heure des journalistes», a encore plaidé M. Gutierrez. «Il est de la responsabilité des journalistes de promouvoir les standards d'éthique et une déontologie professionnelle dans un monde marqué par une montée de l’extrémisme, de l'intolérance et de la discrimination contre différentes  communautés et minorités religieuses et ethniques», a-t-il soutenu. Ricardo Velasquez Gutierrez a fait savoir, par ailleurs, que si la liberté d’expression constitue une condition sine qua non dans la pratique de la presse, il n’en demeure pas moins que cette même liberté ne doit, en aucun cas, servir de prétexte pour justifier la médiatisation des discours haineux. «Quand bien même il est difficile d’établir une limite entre la liberté d’expression et le discours haineux, il reste que notre société a besoin aujourd’hui de médias qui s’inscrivent dans le respect impératif de la déontologie», insiste encore le conférencier, mettant ainsi l’accent sur rôle important du journaliste dans la dénonciation des discours de haine qui doit s’accompagner aussi par la désignation de leurs auteurs dans le but de «leur faire honte». «Dans l’exercice de son métier, le journaliste doit, en premier lieu, vérifier la source de l'information, réfléchir à l'impact» et aux conséquences que peut avoir son écrit sur le lecteur, d’où la nécessité d’éviter de tomber dans le piège du sensationnel et de faire dans la précipitation», a encore ajouté le conférencier. En 2012, la Fédération européenne des journalistes, où M. Gutierrez occupe le poste de secrétaire général, a  publié un rapport où sont mentionnées les différentes méthodes devant permettre aux journalistes de contrer le discours de la haine. Selon le conférencier, «ces méthodes privilégient,  entre autres, le recours au dialogue, la  consultation des experts, le placement des faits dans leur contexte, ainsi que le choix pertinent des mots dans chaque écrit de presse». M. Gutierrez  qui se dit convaincu que «le journaliste doit se sentir responsable dans  chacun de ses écrits», a aussi souligné l’importance de l’autorégulation  et de la co-régulation que le rédacteur de presse doit faire valoir dans sa lutte  contre les discours de haine. Pour mettre en valeur l’importance d’une telle mission, le conférencier a fait sienne  cette citation d’Albert Camus : «Mal nommer un objet, c’est ajouter aux malheurs de ce monde», dit-il en guise de clôture de sa conférence.
Karim Aoudia

Hamid Grine :
« Il y a nécessité pour les journalistes de se professionnaliser »
Le ministre de la Communication, Hamid Grine, a réitéré, hier à Alger, son appel aux journalistes à «respecter l'éthique et la déontologie ainsi que le professionnalisme dans l'exercice de leur métier». S’exprimant en marge de la conférence-formation traitant du thème de «La responsabilité sociale du journaliste et des médias», M. Grine s’est également réjoui de la liberté d’expression de la presse algérienne. «Je suis un assidu lecteur de la presse. Je lis tous les journaux et je suis en mesure d’affirmer que dans la zone arabe, l’Algérie est vraiment leader dans le domaine de la liberté d’expression», a-t-il soutenu. Le  ministre de la Communication a fait part, par ailleurs, de la nécessité de la professionnalisation des journalistes. Il a, en ce sens, mis l’accent sur la formation, en évoquant  le programme élaboré par son département en faveur des journalistes, à travers le territoire national, dans le cadre du développement du secteur. Le programme en question  est basé sur le principe «de la formation de masse», a précisé le ministre dans une brève allocution, avant le début de la conférence qu’a abritée, hier, l’École nationale de  journalisme. «Il s’agit d’un nouveau concept qui sera valorisé à travers une série de conférences qui seront organisées dans les 48 wilayas», a-t-il précisé.
K. A.

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