La guerre de libération nationale à travers les ouvrages : Le premier embryon d’industrie militaire

Une nouvelle parution sur le chapitre douloureux mais ô combien glorieux vient compléter et grossir la liste des témoignages de grands acteurs de lutte pour l’indépendance algérienne ayant après plus d’un demi siècle observé le silence pour finalement le moment venu décider de rendre publique leurs expériences et trajectoires en tant que militants du FLN et membres à part entière de l’Armée de libération nationale dans les réseaux les plus connus dans les pays voisins où chacun transitaient et se fabriquaient même par des agents et techniciens l’armement devant servir aux maquisards.
PUBLIE LE : 01-11-2015 | 0:00

Une nouvelle parution sur le chapitre douloureux mais ô combien glorieux vient compléter et grossir la liste des témoignages de grands acteurs de lutte pour l’indépendance algérienne ayant après plus d’un demi siècle observé le silence pour finalement le moment venu décider de rendre publique leurs expériences et trajectoires en tant que militants du FLN et membres à part entière de l’Armée de libération nationale dans les réseaux les plus connus dans les pays voisins où chacun transitaient et se fabriquaient même par des agents et techniciens l’armement devant servir aux maquisards.

Le thème de l’approvisionnement des djounoud en armes ayant servi au déclenchement de la révolution de Novembre 1954, a été très peu abordé dans les mémoires des anciens combattants et pourtant il a constitué en dehors de l’engagement militaire de plusieurs milliers d’Algériens la raison principale qui a mené à la victoire  finale contre l’occupation française et le recouvrement de la souveraineté nationale après près d’un siècle et demi d’oppression et de répression sanglante d’un peuple qui n’aspirait qu’à se libérer du joug colonial en se réappropriant sa terre. La publication dont il est question ici s’intitule Les armes de la liberté, l’Algérie : Guerre de libération nationale. Mémoires et témoignages de Mohamed Boudaoud, dit Si Mansour qui vient tout juste de paraître aux éditions Rafar. A l’heure où nous célébrons le 61e anniversaire du déclenchement du 1er Novembre 1954, le présent ouvrage s’insère logiquement dans cette commémoration grâce au nouvel éclairage qu’apporte l’auteur, éclairage complémentaire aux diverses publications actuelles qui permet au lecteur non seulement d’avoir une vision d’ensemble sur l’histoire de cette période cruciale de notre pays, mais aussi de réunir les détails nécessaires pour connaître toutes les stratégies utilisées dans la lutte armée par nos anciens militants et notamment ici d’en savoir plus sur ce qui s’apparente à la première constitution de l’industrie militaire algérienne sous le commandement de l’ALN. Les mémoires d’un de nos plus valeureux militants de la cause nationale, Mohamed Boudaoud, officier de l’ALN et responsable du Département armement et logistique ouest du MALG, vient à point nommé pour lever le voile sur un pan entier de l’histoire de notre Révolution que des hommes stoïques et déterminés, affrontant durant les sept années de guerre, les pires dangers en l’occurrence sur un territoire voisin, le Maroc. Le parcours semé d’embûches et de prouesses de Si Mansour nous est relaté avec fidélité sous la plume de Mustapha Aït Mouhoub et Khelaïfia Zoubir qui ont recueilli la parole du combattant avant de la transcrire sous la forme d’un témoignage poignant qui ne laisse aucune ambiguïté sur les rôles assigné à chacun des principaux artisans de la Révolution et jette la lumière sur certaines questions sensibles qui sont restées dans l’ombre. Et il faut croire que la mémoire prodigieuse de cet officier de l’ALN reste exceptionnelle tant elle arrive à reproduire la réalité des faits de façon chronologique en omettant aucun souvenir tranchant parfois sur quelques questions et éludant d’autres : « En faisant l’effort douloureux pour se remémorer et pour trouver les mots pour dire les faits, le narrateur extériorise son histoire de vie. Elle devient dès lors un objet extérieur qui lui permet l’approche et la saisie du sens pour lui-même. Il met à jour une masse d’informations sur son propre itinéraire entendu comme le repérage de situations, faits, événements, rencontres par rapport auxquels il s’est déterminé dans le passé et par-là même façonné. Ce faisant, en mettant de l’ordre dans sa relation des faits, son récit de vie produit du sens, mais pour l’historien, il devient matière première d’autant plus précieuse qu’elle est accompagnée de documents et d’archives. C’est ce que les professionnels du métier appellent une source orale devenant de ce fait même une référence dans l’écriture de l’histoire contemporaine de l’Algérie », écrit dans sa préface Daho Djerbal. En écrivant ce livre Si Mansour, fidèle au sermon de Didouche Mourad, raconte toutes les péripéties qu’il a vécues durant la guerre comme un acteur et un témoin privilégié d’une belle aventure réussie par l’ALN, faisant intervenir d’autres acteurs jusque là inconnus ayant occupé une place importante dans l’OS et leur rendant hommage dans ce récit de guerre unique en son genre. Il raconte surtout comment les maquisards réussirent grâce à leur ténacité et une volonté de fer à fabriquer des armes au péril de l’un d’entre eux fauché par la mort en utilisant des gaz toxiques. L’officier de l’ALN rend hommage à tous ceux tombés en martyrs du devoir national ainsi qu’aux 300 hommes affectés au service de l’armement et de la logistique au Maroc travaillaient dans des ateliers clandestins et grâce à la collecte d’argent en Europe achetaient des outils et des machines pour fabriquer des grenades, des mitraillettes et des mortiers acheminés dans des bateaux par mer, une mission de tous les risques : «  Du côté du ravitaillement et de la logistique, notre département dépendait du Ministère de l’armement et des liaisons générales (MALG) fut également sollicité sur ce plan  par les responsables de la Révolution. Nous avons reçu des aides de plusieurs pays, dont la Chine en particulier. Dans ce cadre, nous avons reçu des aides alimentaires et en habillement, de ce pays ami. Nous avons reçu notamment un bateau chargé de milliers de tonnes de riz, de thé et d’habillement pour femmes et hommes. D’autres pays, aussi, nous ont apporté leur aide, comme Cuba. Ils nous envoyaient des boissons alcoolisées, particulièrement du rhum. Les responsables de ce pays, amis de la Révolution algérienne, pensaient que nos soldats, comme ceux de l’Amérique latine, se saoûlaient, avant d’aller au combat. En fait, nous troquions ces boissons avec les Marocains en contrepartie de tenues militaires. Les Cubains nous envoyaient, également d’énormes quantités de cigares, qu’on troquait contre des produits de première nécessité », raconte Si Mansour, originaire de Taourga dans la région de Tizi-Ouzou où il naquît vers la moitié des années 1920 et dont l’éveil au nationalisme fut précoce et dont toute la famille était engagée dans le feu du combat politique particulièrement lors des massacres du 8 mai 1945.  Si Mansour qui n’oublie pas d’évoquer ses compagnons de guerre et de lutte dans la clandestinité la plus totale, lui qui était chargé de la coordination des cellules clandestines du FLN au Maroc pour l’achat et l’acheminement d’armes et d’explosifs : « L’intérêt de ce témoignage de première main, c’est qu’il nous permet de connaître ce groupe de jeunes ingénieurs algériens si souvent ignorés par l’histoire commune, de tous ces Mohamed Issaad, Aïssa Abdesamed, Seif El Islma ou Morad Bentchouk. Sari et Khaïli qui faisaient partie de la première équipe », ajoute notre préfacier.
Lynda Graba
 


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