mercredi 22 novembre 2017 21:21:33

Sidi Bel-Abbès : La résistance au féminin

Khadidja évoque une partie et symbolise les séquelles encore vivantes d’un combat mené contre les forces de l’occupation.

PUBLIE LE : 01-11-2015 | 0:00
D.R

Au milieu de ce quartier populaire habité en majorité par les Espagnols et appelé communément d’ailleurs Bari Alto, tout mouvement de la foule ou de la circulation est suivi ou supervisé par les éléments de l’arrondissement de la police érigé en la circonstance pour assurer un contrôle au quotidien et une identification des passagers ou autres visiteurs. Un ordre était établi pour être scrupuleusement respecté imposant aux habitants un rythme de vie et les confinant dans un espace où le déplacement reste peu souhaité. C’est dans donc dans ce climat d’hostilité qu’une femme si éveillée et en prise avec un mouvement nationaliste a eu l’idée de créer un atelier de couture en engageant une vague de jeunes filles dans l’apprentissage. La regrettée Kheira Louahla, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, s’est totalement investie dans cette mission de formation et de sensibilisation, à vrai dire de la femme autour d’une résistance à l’occupation étrangère. Elle fut vitement repérée par les responsables de l’organisation de l’OCFLN pour être contactée et se conformer aux directives reposant sur l’engagement de l’élément féminin dans le renforcement du maquis. Ce sont MM. Mohamed Nedjadi dit Si Bekkaï et Mohamed Tayebi Larbi qui ont pris attache avec cette dame à l’allure imposante, pour ne point susciter un éventuel ou un quelconque suspect. L’atelier de couture s’est consolidé en équipements et graduellement spécialisé dans l’art de la révolution pour devenir un lieu de rencontre et de communication, d’échange et de réseau de soutien à la Révolution. Pas moins d’une vingtaine de jeunes filles apprenties ont d’ailleurs rejoint le maquis pour tomber au champ d’honneur et apposer le sceau de la résistance feminine. Elles s’appellent Adhim Fatiha, Affane Fatima, Soraya Bendimred, Mekkaoui Zoulikha, Tayeb Brahim Cherifa. Des établissements socio-éducatifs, notamment, portent haut leurs noms qui évoquent le sens du sacrifice et le dévouement à la patrie de la femme de l’Algérie profonde. Leur mémoire est souvent citée comme pour perpétuer leur message, celui de mourir pour une Algérie libre et souveraine. En clair, l’atelier s’est excellé dans la formation politique de la femme belabbesienne pour ne guère se concentrer sur les styles et modèles d’une couture au demeurant reléguée au dernier plan pour cette génération plus préoccupée par l’indépendance de leur pays.
A. B.

Khadidja et les autres
Elle a perdu en sa nuit de noces son mari, son frère, son père, son oncle et trois autres cousins. Elle a longtemps fait partie du décor de la cité de la Mekkerra et ne s’arrête jamais pour sillonner à longueur de journée ses artères et ses boulevards et évoquer, dans des moments de lucidité, les souvenirs lancinants d’une enfance et d’une nuit de noces, notamment troublante en balançant souvent cette expression à l’adresse des passagers : ils vous ont libéré le pays pour qu’aujourd’hui vous vous permettiez de trahir l’idéal de leur combat ou en pleurant continuellement en se remémorant d’une époque. Elle a perdu la raison, lors d’un soir à la suite d’un grand choc, mais retrouve curieusement à chaque célébration historique ses facultés mentales comme pour manifester cet attachement ou encore cette fidélité à un serment prêté par les glorieux chouhada. Avec son haïk, car elle demeure allergique à la Djellaba, une manière forte de se conformer à la tradition et d’être authentique surtout. Elle cause constamment et disserte, commente et spécule parfois sans discontinuité, tout en faisant valoir souvent une agressivité en signe de refus, de de déception et de frustration.
L’histoire de la bonne dame, qui est pour le moins émouvante, heurte la sensibilité du commun des sceptiques et renseigne sur les atrocités commises et les actes barbares perpétrés par l’occupant et dont les séquelles restent perceptibles à ce jour. Des blessures vraiment profondes et difficiles à cicatriser même après 53 ans d’indépendance.
Absolument, Khadija issue de la famille des Assas originaire de la tribu des Amarnas a subi réellement les affres du colonialisme pour perdre et les repères et la raison. En un soir, les forces coloniales ont fait irruption dans le douar un certain été de l’année 1959 pour assassiner froidement et lâchement le père, le frère, le mari, l’oncle et trois autres cousins. Un soir où on devait à propos célébrer le mariage de Khadidja. Cette dernière, en attendant les coups de feu, est sortie en robe de mariée pour assister, terrifiée, à ces scènes horribles et échapper miraculeusement à son tour à la mort.
Elle avait sans doute préféré mourir et rallonger la liste. Son sort fut autrement pour survivre au massacre et terminer le reste de sa vie dans la tristesse et  la douleur, même si elle est devenue inconsciente depuis. En fait, elle était quelque part préparée, mais nullement à une telle intensité d’atrocité puisqu’elle restait en prise avec des activités militantes et de résistance des membres de sa famille ayant, pour certains, rejoint le maquis ou constitué pour les autres des relais pour les moudjahidine. Âgée de plus de 70 ans aujourd’hui, Khadidja se confine dans son espace réduit et se renferme dans sa modeste demeure pour méditer parfois sur un destin ou s’interroger sur l’atrocité de la France coloniale. Elle n’est plus encore en possession de ses capacités physiques pour faire cette grande balade et revisiter les temples. Elle se contente de quelques visites devenues d’ailleurs rares d’anciennes militantes pour s’évader d’un quotidien où la solitude, l’isolement et la dépression s’entremêlent pour constituer son lot.
Une artère aujourd’hui porte le nom des frères  ASSAS, mais, il faut le dire, peu connue ou inspirant superficiellement et vaguement les moins jeunes en l’absence des informations sur l’esprit de sacrifices de cette famille de l’Algérie profonde et de l’histoire déchirante de ce peuple pour sa liberté, son indépendance et le recouvrement de sa souveraineté. Khadidja évoque une partie et symbolise les séquelles encore vivantes d’un combat mené contre les forces de l’occupation.              
A. B.

«Khadidja est morte il y a quelques mois seulement, à la suite d’une longue maladie dont elle ne ressentait nullement la douleur. Elle fut immunisée par les souvenirs lancinants d’une période qu’elle n’a point oubliée. Une période où elle fut victime et témoin des atrocités les plus abjectes. Repose en paix, Khadidja.      
A. B.

 

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