mercredi 22 novembre 2017 21:06:27

Bataille de Tighremt (Makouda) : Premier accrochage entre les moudjahidine et l’armée coloniale

La section de Makouda du MTLD, dirigé le chahid Ali Rabia, dit Si Ali Cheikh Mhend, comptait à l’époque près de 700 militants-adhérents, dont plus de 80 personnes avaient participé aux premières actions annonciatrices du déclenchement de la guerre de Libération nationale.

PUBLIE LE : 01-11-2015 | 0:00
D.R

Bien que tous les villages et hameaux de la wilaya de Tizi-Ouzou aient été le théâtre de batailles héroïques livrées par de valeureux combattants de l’ALN depuis le déclenchement de la guerre de Libération nationale, le lieu-dit « Tighremt » du village Tazrart, commune de Makouda, à une vingtaine de kilomètres du nord du chef-lieu de wilaya de Tizi-Ouzou restera intimement lié au déclenchement de la Révolution de Novembre 1954, du fait qu’il a été le lieu où s’est déroulé le premier accrochage armé entre l’armée d’occupation et les premiers moudjahidine de la Wilaya III historique, et ce, un certain 14 novembre 1954, soit à peine deux semaines de la première étincelle annonciatrice du début de la Révolution algérienne, selon un témoignage recueilli auprès du moudjahid Si Ahmed Morsli, qui avait à l’époque des faits 15 ans.

Selon ce moudjahid, qui avait rejoint le maquis en 1958, la bataille de Tighremt a eu lieu dans la journée du 14 novembre 1954, date à laquelle l’armée coloniale française avait entrepris une opération de ratissage des maquis de la région de Makouda, une région connue pour être un fief de militants nationalistes depuis 1945, d’où d’ailleurs la décision des autorités coloniales de passer au peigne fin les maquis de cette région, en signe de représailles de la participation de ses enfants au déclenchement du 1er novembre 1954. Avant de poursuivre son récit sur cette bataille héroïque, notre interlocuteur a tenu à préciser que la section de Makouda du MTLD, dirigé le chahid Ali Rabia, dit Si Ali Cheikh Mhend, comptait à l’époque près de 700 militants-adhérents, dont plus de 80 personnes avaient participé aux premières actions annonciatrices du déclenchement de la guerre de Libération nationale. Sur ces 80 moudjahidine, quatre avaient participé en compagnie du colonel Amar Ouamrane, à l’attaque contre une caserne à Blida et un dépôt de chêne-liège à Boufarik, a-t-il ajouté, avant de poursuivre sa narration. Alors que les soldats de l’armée coloniale ramenés à bord de cinq camions GMC s’apprêtaient à descendre des camions pour entamer leur opération de ratissage, des moudjahidine, 11 à 12, recherchés depuis des années par les autorités coloniales pour leur militantisme en faveur de l’indépendance, étaient embusqués derrière des rochers et des oliviers, tiraient avec sang-froid en direction du convoi et des soldats à bord. Pris de panique, les soldats de l’armée coloniale tombaient un par un des camions pour se réfugier sous les véhicules criblés de balles, tout en ripostant aux tirs des valeureux combattants de la liberté. Au bout de plusieurs heures d’accrochage avec les soldats de l’ennemi, le chahid Akli Babou, qui était chef de ce groupe de premiers moudjahidine, ordonna à ses compagnons de se replier pour ne pas subir beaucoup de perte, vu le nombre important de soldats ennemis et les armes lourdes qu’ils portaient. Plusieurs soldats de l’armée coloniale avaient été tués et plusieurs autres blessés, dont l’officier chef du convoi tombé dans le guet-apens tendu par ces valeureux moudjahidine, notamment Kasri Si Ouakli, natif de Sidi Naâmane, encore vivant, mais malade, Babou Ali, natif de Makouda (chahid), Arab Mouhamed, natif également de Makouda (chahid) et Youtrane Chaâbane, natif d’Ighil Imoula (chahid), et Moh Ouyedir (chahid). Du côté du groupe de moudjahidine qui avait résisté pendant plusieurs heures à l’arsenal militaire des soldats ennemis, on a déploré  la mort au champ d’honneur de Arab Mohamed et Moh Ouyedir, nous a indiqué le moudjahid Si Morsli, en soulignant le courage et la détermination de ces hommes à en découdre avec le convoi de la soldatesque coloniale qui était de surcroît surarmée par rapport aux armes que portaient les moudjahidine. Pour notre interlocuteur, la bataille de Tighremt est certainement la première bataille qui eu lieu dans la Wilaya III historique, dès lors qu’elle était intervenue à moins de deux semaines de l’annonce du déclenchement de la Révolution de l’indépendance et avant même la constitution des organes de cette Révolution. Cela, n’est pas étonnant, vu l’engagement précoce de la population de Makouda depuis les années 1940 en faveur de la lutte armée pour le recouvrement de l’indépendance nationale. Makouda comptait à l’époque plus de 700 de ces quelque 6.000 habitants de l’époque, militants nationalistes, dont plusieurs étaient déjà recherchés par les autorités coloniales pour leurs activités en faveur de l’indépendance. La population locale a subi au lendemain de ce premier accrochage avec l’armée coloniale au niveau de la Wilaya III historique d’insupportables représailles commises par les soldats ennemis, nous a indiqué M. Si Morsli, en affirmant que des citoyens avaient été torturés dans les prisons coloniales pour les contraindre à renoncer à leurs activités en faveur du recouvrement de l’indépendance. Conscient de l’engagement sans faille de la population de cette région du nord de la wilaya de Tizi-Ouzou, située non loin de la dense forêt de Mizrana, fief des moudjahidine, les autorités coloniales y ont implanté pas moins de six casernes militaires pour venir  à bout de cette résistance populaire. Mais c’étaient sans compter sur la détermination de la population à poursuivre sa lutte armée contre la présence coloniale dans cette région en particulier et dans le territoire national en général. Malgré cette présence massive de l’armée coloniale, la région n’a pas renoncé à son engagement. Elle a poursuivi sa résistance face à la présence coloniale jusqu’à l’indépendance nationale en sacrifiant pas moins de 450 de ses valeureux fils, tombés au champ d’honneur dans les quatre coins du pays. Aujourd’hui, un mémorial est érigé sur le lieu de la bataille du 14 novembre 1954, en signe de reconnaissance aux sacrifices de la dizaine de premiers moudjahidine de la région ayant inscrit leur nom en lettres d’or dans la mémoire collective de la Wilaya III historique.                                                                                               
B. A.
 

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