Iguersafene, Le village au 99 martyrs : Au cœur de la Révolution

Iguersafène, village du chef-lieu de la commune Idjeur, daïra de Bouzeguen, près de 70 kilomètres à l’extrême Est du chef-lieu de wilaya de Tizi-Ouzou, est un village de martyrs par excellence.
PUBLIE LE : 01-11-2015 | 0:00

Iguersafène, village du chef-lieu de la commune Idjeur, daïra de Bouzeguen, près de 70 kilomètres à l’extrême Est du chef-lieu de wilaya de Tizi-Ouzou, est un village de martyrs par excellence. Niché dans le dense et étendu massif forestier de l’Akfadou, le village Iguersafène a été au cœur de la glorieuse Révolution de Novembre 1954 de par l’engagement précoce et massif de ses habitants dans le combat libérateur qui venait d’être déclaré à travers tout le territoire national contre le colonialisme français. Dès l’annonce du début de la lutte armée contre la colonisation, les habitants de ce village, qui souffrait de la rudesse de la nature et aussi et surtout de l’injustice de l’administration coloniale, se sont mis au service des premiers maquisards qui commençaient à signer leur apparition dans le massif forestier de l’Akfadou qui sera plus tard l’un des quartiers généraux du valeureux chef de la Wilaya III historique, le colonel Amirouche. Vu sa situation géographique, difficile d’accès et sa forêt dense, ce village de martyrs était un refuge sûr et sécurisé pour les moudjahidine qui transitaient pour se rendre à d’autres régions. Les combattants de l’Armée de libération nationale (ALN) étaient accueillis à bras ouverts par les habitants de ce village épris de liberté et décidés à en découdre avec l’administration coloniale qui les privait des droits les plus élémentaires. De l’hébergement à l’approvisionnement en denrées alimentaires et vestimentaires, les « moussebeline» de ce village ne lésinaient sur aucun effort, voire ne reculaient devant aucun risque pour accueillir et protéger les moudjahidine qui y transitaient et préparaient des projets d’embuscades contre l’armée coloniale qui faisait subir de pires atrocités aux populations «indigènes». En plus qu’il était un centre de transit des moudjahidine, le village Iguersafène était également le théâtre de plusieurs embuscades et batailles entre les combattants de l’ALN et l’armée coloniale. La population de ce village poursuivait son activité de soutien aux maquisards jusqu’au jour où l’armée coloniale avait été renseignée sur son engagement en faveur de la lutte armée pour l’indépendance. S’ensuivit alors de vastes et non moins criminelles opérations de représailles contre la population de ce village dont plusieurs des habitants avaient été arrêtés et torturés dans les prisons coloniales, selon des témoins ayant été au cœur ces événements. Le village avait été encerclé par l’armée coloniale fortement équipée après cette vague opération d’arrestation de militants nationalistes, dont Akli Mohand Ameziane qui a été arrêté en possession d’un pistolet. Le 4 décembre 1957, en plein saison hivernale, l’armée coloniale avait, après avoir encerclé le village, évacué tout le village de sa population et mis le feu aux habitations avant de lancer un déluge de feu à coup de mortiers sur ce village le détruisant entièrement. Le village totalement détruit, sa population, la mort dans l’âme après avoir perdu ses biens, dont le bétail,  avait pris le chemin de l’exile vers des localités voisines. Toutes ces atrocités subies par la population de ce village n’ont toutefois pas amené ces habitants à renoncer à leur engagement pour la libération de notre pays du joug colonial. Bien au contraire, elles n’ont fait que renforcer la détermination de ces derniers à poursuivre leur engagement et leur lutte contre l’armée coloniale en rejoignant en grand nombre les maquis de l’ALN à travers le territoire de la Wilaya III historique et dans les autres wilayas. Quatre-vingt-dix-neuf de ces hommes qui avaient rejoint les maquis de l’ALN sont tombés au champ d’honneur les armes à la main. Neuf parmi ces valeureux chahids n’ont pas de sépultures à ce jour, selon les témoignages. Ces noms sont gravés en lettres d’or au musée aménagé au niveau du cimetière des Martyrs du village. Ils sont là, comme meilleurs témoins des sacrifices consentis par la génération de Novembre 1954 pour que l’Algérie soit aujourd’hui libre, indépendante, une et indivisible. Certains de ces moussebeline ayant été d’un grand apport à la glorieuse Révolution de Novembre 1954 sont toujours vivant et gardent intacts leurs mémoires quant à la glorieuse histoire de leur village martyrs. Aujourd’hui, ils sont fiers d’avoir choisi le camp des combattants de la liberté. Parmi ces moudjahidine, MM. Saïd et Mohand Raab, respectivement 83 ans et 71 ans, Amar Kassouri, 77 ans et Kessouar Mohand, 84 ans, qui sillonnaient les régions à travers des forêts à la recherche des denrées alimentaires et autres approvisionnements au profit des moudjahidine. Ils sont fiers d’avoir été au service des maquisards en dépit de tous les risques qu’ils avaient encourus et les atrocités, dont certains moussebeline avaient subi dans les geôles de la colonisation.       
     Bel. Adrar    


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