dimanche 25 juin 2017 20:06:08

Au Musée du Moudjahid de la wilaya de Sétif : Une dimension éducative

L’ancien tribunal colonial est aujourd’hui le musée du Moudjahid : une manière d’affirmer que le dernier mot revient aux justes et à l’histoire.

PUBLIE LE : 01-11-2015 | 0:00
Ph. : Krach

L’ancien tribunal colonial est aujourd’hui le musée du Moudjahid : une manière d’affirmer que le dernier mot revient aux justes et à l’histoire.

Afin que nul n’oublie : quoi de mieux qui puisse résumer l’œuvre consentie par le musée du moudjahid de Sétif depuis son ouverture en 2008 qui se veut être aujourd’hui et au delà des séquelles qu’il porte encore dans le cri résonnant de tous ceux victimes de la répression barbare imposée à notre peuple par l’occupant, un lieu où la mémoire est constamment secouée par la forte symbolique qu’il entretient et valorise.
Un lieu, une grande bâtisse pas comme les autres pour avoir été dans le temps le tribunal de première instance de Sétif depuis sa création en 1860 à l’indépendance. Il a accumulé bien de sombres souvenirs de la répression, de jugements péremptoires quand il s’agissait de sujets algériens et pire, pour tous ceux là nombreux qui contribuaient à la glorieuse révolution de Novembre et qui passaient le reste de leur vie en prison, à seulement quelques encablures de là, alors dire leurs derniers attachements à l’Algérie libre avant d’être conduit vers la machine de la mort.
Une mort d’autant plus atroce que tous ceux qui ont été jugés par ce tribunal et qui n’ont pas pu survivre au destin forcé qui leur était imposé, scandaient dans leur dernières paroles « Tahia el Djazaïr » quand ils étaient conduits vers la guillotine , témoin de ces atrocités infligées à notre peuple, à ceux qui luttaient pour la dignité et la liberté.
« Je regrette de ne pas vous avoir abattu »
Autant de symboles forts et d’images encore dans la mémoire que préserve encore ce musée qui se souvient, qui n’a pas oublié et qui continue en ce 61e anniversaire du déclenchement de la révolution à transmettre aux jeunes génération de l’Algérie indépendante le message de leurs aînés, ceux qui ont payés sur ces mêmes lieux et au prix fort, cette liberté que nous vivons sans jamais baisser la tête face à la guillotine et souvent défier leur bourreau par une foi inébranlable, aussi forte que celle qui a permis au chahid Messaoud Abbas un jour alors qu’il comparaissait devant ce tribunal et au moment où le juge lui disait s’il regrettait son geste et s’il avait quelque chose à dire : « Oui, monsieur le juge je regrette de ne pas vous avoir rencontré et vous avoir abattu ». Le juge réplique aussitôt « vous êtes condamné à mort pour la troisième fois ». Abbas de lui répondre : « J’ai une seule tête monsieur le juge ».  
Aujourd’hui dans ce grand musée de l’histoire glorieuse de Novembre précédée par ces horribles massacres de mai que Sétif, logé au cœur de ces  espaces pour exprimer le début du fascisme, chaque marche que nous montons avant d’atteindre l’entrée semble porter sous nos pas, les complaintes de toutes ces mères, ces pères ou ces veuves qui venaient assister au dernier jugement de l’être cher.
Rien n’a changé sur la façades ou les murs extérieurs de cet édifice que l’organisation et la direction des moudjahidine ont gardé en l’état pour que le témoignage soit poignant, d’autant plus poignant que l’image qu’offre juste en face le jardin du 8-Mai-1945 dans une symbiose de la continuité, de la cohérence mais aussi de la douleur et de l’espoir.
Nous traversons le jardin du 8-Mai qui est venu prendre place sur d’anciennes baraques en amiante léguées par le colonialisme et nous décidons non sans une émotion profonde de grimper les 23 marches qui se trouvent de part et d’autre de la façade de ce musée pour nous retrouver droit face à cette porte à deux vantaux qu’auront franchi bien des symboles de cette ville, condamnés à mort ou qui ont survécu par le hasard avant d’être, à la force de l’âge et à la douleur des séquelles béantes qu’ils ont porté sur les corps, rappelés à Dieu.
Les 23 dernières marches…
Au crissement de cette grande porte en bois protégée par une autre en métal, nous mesurons dans le silence qui règne, à peine déchiré par ces chants patriotiques, l’envergure  de tous ces documents, photos, maquettes et autres effets datant de la glorieuse révolution de Novembre  qui sont là, pour dire à la face du monde l’envergure d’une grande révolution, ce que fut novembre décisif et toutes les étapes glorieuses du mouvement nationaliste, dans une wilaya que mai aura forgé.
Le directeur du musée du Moudjahid de la wilaya de Sétif, Kamel Feria qui aura fait état de toute la disponibilité nécessaire en nous accompagnant sur cet itinéraire qui s’étale sur 600 m2, bien qu’il ne soit pas suffisamment large pour dire dans leur véritable dimension toutes ces conquêtes de l’Algérie combattante, mais aussi ces massacres sanglants infligés au peuple par la France coloniale.
« Comme vous le savez ce musée était le siège d’un tribunal civil du temps de l’occupation, il le sera encore quelques temps après l’indépendance avant la réalisation du nouveau siège et deviendra musée archéologique avant de recouvrer cette dimension de musée du Moudjahid. Ce musée a été ouvert en 2008, et, dans ce contexte, je dois rappeler que la wilaya de Sétif était durant la révolution, un carrefour entre 3 wilayas historiques la I, la II et la III.  
« C’est un musée qui s’assigne une dimension éducative, culturelle qui pour répondre aux besoins de la société et partant, rassembler, entretenir, valoriser du patrimoine historique la nation et tout ce qui a un lien avec la résistance populaire, le mouvement national et la guerre de Libération. Aussi, le musée dans son action quotidienne regroupe des témoignages vivants, des expositions sur place et partout à travers d’autres institutions éducatives, culturelles ou nous organisons également des conférences et des projections de films pour perpétuer le message et ancrer les valeurs de la glorieuse révolution de Novembre en nos jeunes. »
Des témoignages émouvants
C’est alors que nous entamons au niveau de la première salle, notre longue et combien passionnante visite qui nous permettra de découvrir bien des secrets de Novembre et de la résistance populaire. Une première halte face à une immense vitrine nous permettra de découvrir avec beaucoup d’émotion, des armes utilisés par des moudjahidine, des munitions saisies à l’occupant, des obus grandeurs nature qu’utilisait le colonialisme, mais aussi cette « Barnoussa » que l’on tissait alors à la campagne pour couvrir les enfants du froid, criblée par des explosifs, attestant à la fois de l’horreur d’une répression sans foi ni loi qui n’épargnait même pas les enfants.
Non loin de là, notre regard se posera sur ce premier emblème que porta pour la première fois le 8 mai 1945, Saal Bouzid, le premier martyr de ces massacres qui s’étaient alors traduit par une atrocité atteignant son paroxysme dans la mort de 45.000 Algériens. Moment fort en effet ou l’émotion qui nous gagna ne sera pas sans gagner plus d’intensité lorsque nous découvrons tous ces grades exposés de moudjahidine et chouhada, cet appareil photo, jusque même à l’aiguille qu’utilisait pour rafistoler ses effets au maquis le moudjahid Benlarbi Abderahmene de Guenzet et plus dur encore ce morceau d’étoffe qui porte le sang du chahid Gharbi Brahim ou les objets qu’utilisait la moudjahida Aïcha Guenifi pour soigner les moudjahidine.
1.700 heures de témoignages
L’espace consacré aux maquettes témoins de grandes batailles n’était pas sans secouer notre mémoire en nous racontant bien des épopées glorieuses de nos moudjahidine. Nous commençons alors par découvrir celle de la bataille de Boudhelaoufen ( Ouled Aïssa) dans la commune de Tizin Béchar qui a eu lieu le 7 juillet 1958 qui se déroula sur ces hauteurs et a permis aux éléments de l’ALN, suite à une plainte des habitants sans cesse harcelés de ce village, de tuer 40 militaires français et saisir plusieurs armes.  La grande bataille de Djebel Guedil  sur les hauteurs de Ouled Tebben alors zone interdite après que toute une population ne soit déportée par l’occupant français avec pas moins de 700 enfants qui moururent de faim et de soif, occupe une large place dans ce musée. Une bataille qui dura 3 jours, les 9, 10 et 11 juillet 1959 et qui se solda par la perte de 150 moudjahidine tombés au champ d’honneur et la mort de près de 700 militaires français tués avec, est-il également spécifié, 4 avions abattus.
La bataille de Djebel Atafi à El Hamma, le 8 mai 1958 sous la conduite de Ahmed Bouzraa, bataille qui dura de 7 heures à 22 heures avec de grosses pertes pour l’occupant mais aussi plusieurs chahid dont Said Rebah, Saïd Mernata, Hamadi Chenouf… était aussi mise en exergue dans ce musée où entre deux grandes céramiques portant la Déclaration de Novembre et l’hymne national, un écran géant diffusait en boucle d’autres batailles et les portraits de 3.700 martyrs.
 De la femme sétifienne au maquis et d’autres coins consacrés à « ce qui s’est passé ce jour » durant la révolution, à de nombreux documents historiques « très utilisés par les chercheurs qui viennent travailler ici », nous dit le directeur du musée, ainsi que l’espace consacré aux massacres perpétués par le colonialisme, laisseront place à une autre grande bataille de Djebel         « Azrou Ifelen » sur les hauteurs de Beni Ourtilène le 15 mai 1957. Un musée où nous découvrirons que le premier guillotiné dans l’est du pays fut Nacerdine Abdelhamid le 13 décembre 1956 alors que le premier Sétifien guillotiné aura été  Bellel Abdalah en 1957. On y trouvera aussi ces planches qu’utilisait le chahid Cheikh Laïfa dans son enfance pour apprendre le Coran de même que les portraits de certains symboles de la wilaya de Sétif : Cheikh Laïfa, Salah Sersour, Derbal Embarek, Laïd Dhahoui, Omar Degou, Amardjia Abbas, Ahmed lemtarouech et bien d’autres.
S’en suivra dans la deuxième salle, une chronologie des différentes étapes qui ont marqué le mouvement national et la guerre de Libération nationale jusqu’à l’indépendance. Dans ce contexte les massacres du 8 Mai 1945 ne seront pas sans bénéficier d’une place à la mesure de l’événement dans toute son horreur. Des portrait à peine supportables des affres qui ont été imposées aux populations prennent place pas très loin de ceux qui illustraient les avancées de la guerre de Libération depuis le premier Novembre 1954 jusqu’à l’indépendance. Nous y découvrirons aussi  la reconstitution du camp de la mort : « Ksar El Abtal » au sud de Sétif, où périrent sous le poids d’une torture qui ne porte pas de nom de nombreux moudjahidine et moussebiline sur les 4.000 qui y étaient emprisonnés de même que le triste souvenir de tous ces charniers où étaient jetés les corps de ceux qui mourraient sous le feu des massacres.                      « Nous avons également une salle de conférences ou nous recevons beaucoup de groupes et une salle d’enregistrement où nous avons pu recueillir les témoignage de 470 moudjahidine soit un volume de près de 1.700 heures d’enregistrement qui nous permettent de travailler avec des chercheurs d’université », conclut le directeur de ce musée.
    F. Zoghbi

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions