jeudi 27 avril 2017 00:20:46

Musée national du Moudjahid : Un symbole des sacrifices de plusieurs générations

On peut y trouver des pièces rares ayant appartenu à l’Emir en personne, un plan indicatif de la Z’mala, capitale de l’Etat de l’Emir, ainsi que deux pistolets de grande valeur offerts par le président américain de l’époque Abraham Lincoln à l’Emir Abdelkader en reconnaissance à sa médiation dans le conflit qui opposa en 1860 les musulmans et les chrétiens de Damas.

PUBLIE LE : 01-11-2015 | 0:00
D.R

Le Sanctuaire du martyr, perché sur le plateau d’El-Madania et construit sur la colline d’El-Hamma qui surplombe la baie d’Alger et sa périphérie, est devenu le symbole de la capitale algérienne moderne. Mais il a toujours été et demeure un pan d’histoire qui immortalise les sacrifices du peuple et sa résistance à l’occupation coloniale.

Inaugurée le 5 juillet 1982, à l’occasion du 20e anniversaire du recouvrement de la souveraineté nationale, cette perle architecturale se constitue de deux parties. La partie supérieure comporte la grande statue qui atteint 97 mètres de long, et autour de laquelle s’élèvent trois grandes statues en bronze, symbolisant la résistance populaire et l’occupation française, l’Armée de libération nationale et l’armée nationale populaire. Quant à la partie inférieure, elle se compose du Musée national du moudjahid, qui se veut un livre ouvert sur l’histoire de la résistance anticoloniale et de la Guerre de libération nationale et qui préserve la mémoire du peuple algérien.
Le musée propose, dans son hall d’entrée, un espace dédié aux expositions périodiques, ainsi que des portraits du groupe des 22 à l’origine du déclenchement de la Révolution. De forme circulaire, le visiteur l’arpente en bifurquant à droite afin de découvrir les quatre grands pavillons de la salle d’exposition qui le font plonger dans la capsule à remonter le temps de manière chronologique. Le premier pavillon est réservé à la résistance populaire armée et la politique coloniale entre 1830 et 1919. Il peut découvrir de grandes lithographies représentant le débarquement des armées françaises au port de Sidi Fredj, le 14 juin 1830, et la bataille de Staouéli, le 19 juin 1830. Ce pavillon met en avant la prouesse des leaders des révoltes populaires, à commencer par celle de l’Émir Abdelkader, entre 1832 et 1847. on peut y trouver des pièces rares ayant appartenu à l’Émir en personne, un plan indicatif de la Z’mala, capitale de l’État de l’Émir, ainsi que deux pistolets de grande valeur offerts par le président américain de l’époque, Abraham Lincoln, à l’Émir Abdelkader, en reconnaissance à sa médiation dans le conflit qui opposa, en 1860, les musulmans et les chrétiens de Damas. On trouve également la résistance d’Ahmed Bey, celle du Cheikh Ahmed Bouziane, dans la région de Zaâtcha en 1849, les insurrections des Ouled Sidi Echeikh, du Cheikh Bouamama, d’El-Mokrani et du Cheikh El-Haddad dans les Bibans, en 1871 et 1872, l’insurrection dans les Aurès et les Hauts-Plateaux, ainsi que celle des touareg dans l’Ahaggar et Djanet, entre 1911 et 1918, sans oublier la résistance de Cherif Boubaghla dans le Djurdjura, entre 1851 et 1854, et de Lala Fadhma N’soumer en Gande Kabylie, entre 1851 et 1857.
Le deuxième pavillon est réservé à la politique de l’implantation des colonies françaises en Algérie. D’emblée, le visiteur peut découvrir des documents illustrant les pratiques hideuses du colonisateur pour anéantir l’identité algérienne, à travers la confiscation des terres fertiles des algériens, les génocides systématiques de la population autochtone, forcée ainsi à s’exiler loin de ses terres, l’usage de la politique de la terre brulée, l’appauvrissement et l’analphabétisation des algériens, ainsi que leur conscription obligatoire pour le service militaire français, telle la mobilisation de 1912.
L’autre pavillon est consacré au combat politique entre 1919 et 1954, dans lequel le visiteur prend connaissance des différents courants politiques du mouvement national. On trouve un plan expliquant la naissance et l’évolution des courants politiques, à l’exemple du parti du peuple algérien, du mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, ainsi que les manifestations du 8 Mai 1945. D’une suite chronologique, le visiteur se retrouve enfin dans le dernier pavillon, celui de la Guerre de libération nationale, très riche en documents, photos, cartes, tableaux, maquettes et textes explicatifs. On trouve, entre autres, une copie de la Déclaration du premier Novembre et la machine ronéo qui a servi au tirage du texte original, une carte des premières opérations durant la nuit du premier Novembre 1954, l’offensive du 20 Août 1955 dans le Nord-Constantinois, le Congrès historique de la Soummam en 1956, avec des explications sur son organisation et ses résultats. La Bataille d’Alger et la grève des huit jours sont également présentes à travers une dizaine de tableaux et d’illustrations, ainsi que d’un espace dédié aux formes d’expression populaire du refus du colonialisme, à l’exemple des manifestations du 11 décembre 1960 et celles du 17 octobre 1961 en France. Au fil de la visite, on y trouve les plans coloniaux visant à étouffer la Révolution, des spécimens d’armes de l’armée de libération nationale (ALN) ainsi que le débris d’un avion de combat détruit par celle-ci. La dimension sociale de la révolution est également illustrée à travers une dizaine de photos ainsi que les moyens d’information et de communication durant le combat, avec des appareils de radiodiffusion, des numéros des journaux El Moudjahid et La résistance algérienne. Les crimes du colonialisme durant la Révolution sont bien illustrés artistiquement, à travers des maquettes qui démontrent l’exécution par la guillotine, la torture, les centres de détention et les camps de concentration. À l’approche de la sortie, le visiteur découvre un ensemble de photos et de documents retraçant la naissance et l’évolution du Gouvernement provisoire de la Révolution algérienne avant de finir par les négociations et la proclamation de l’indépendance en illustrant les scènes de liesse du peuple algérien. De grands écrans sont placés ça et là pour démontrer les scènes de liesse de l’indépendance du pays, de la dernière production théâtrale L’épopée de l’Algérie ou d’autres représentations relatives au sacrifice du peuple algérien. Des baffes sont installées dans chaque coin du musée offrant au visiteur, en sourdine, l’occasion d’écouter des chants glorifiant la Révolution algérienne et l’engagement du peuple et des moudjahidine avec, notamment, un chant adéquat à chaque période de notre glorieux passé. La lumière tamisée permet au visiteur de mieux apprécier toutes les expositions, ainsi que les chambres plongées dans la pénombre pour bien illustrer des faits dramatiques, tels que la torture, la peine capitale ou la traversée des lignes Challe et Maurice en pleine nuit.
Le visiteur achève son périple en accédant au dôme de recueillement qui est un chef-d’œuvre architectural de forme discoïde, de style musulman, dont les murs sont ornés de versets coraniques sculptés et dorés, avec une récitation continue du saint Coran. Enfin, le visiteur peut admirer une fresque toute en marbre sur laquelle ont été sculptés en lettres d’or des vers d’un poème de Mohamed El Aïd Al Khalifa louant les vertus des martyrs, intitulé «Serment de fidélité aux valeureux martyrs».
Kader B.

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