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Note de lecture, Al Andalous au Pérou, de Jaime Caceres Enriquez : L’influence de la culture et de la religion musulmanes en Amérique

On ignore le degré de rayonnement culturel et religieux de la civilisation andalouse en dehors des frontières de l’Espagne. Pourtant, la chute de Grenade, reprise par les catholiques, fut pour les habitants andalous, implantés sur ces terres pendant plus d’un siècle, une véritable tragédie.

PUBLIE LE : 26-08-2015 | 0:00
D.R

On ignore le degré de rayonnement culturel et religieux de la civilisation andalouse en dehors des frontières de l’Espagne. Pourtant, la chute de Grenade, reprise par les catholiques, fut pour les habitants andalous, implantés sur ces terres pendant plus d’un siècle, une véritable tragédie.

La reconquête s’est faite sur la base de la destruction pure et simple d’une société qui avait émergé en Occident et fait de l’Islam, au temps de son âge d’or, une religion de connaissance et de savoir que les écrivains de l’époque des Lumières reprendront à leur compte. Si certains Andalous ont été contraints d’abjurer leur foi sous la menace, il faut savoir qu’un grand nombre d’entre eux ont été expulsé et ont regagné le Maghreb pour s’y établir et pratiquer leur culte religieux. Le présent ouvrage, que nous avons eu à parcourir, s’intéresse aux autres lieux de refuge empruntés par les Morisques qui, malgré l’interdiction qui leur a été faite, ont réussi à s’exiler jusqu’en Amérique latine où l’on trouve des traces de leur présence, contestée par certains chercheurs et auteurs. Jaime Caceres Enriquez, qui est un péruvien, né en 1934 à Lima et mort en 1998 à Palma de Majorque a exercé la diplomatie depuis 1957, et a été en poste successivement en Angleterre, à l’Onu, au Venezuela auprès d’organisations internationales à Genève après s’être lancé auparavant dans des études littéraires. En 1975, il est nommé ministre plénipotentiaire à l’ambassade du Pérou en France, puis il regagne l’Algérie, en 1980, en tant qu’ambassadeur extraordinaire. Les éditions Casbah ont fait paraître, il y a quelques années, un livre remarquablement illustré, qui se présente comme une étude traduite en langue française, un travail de longue haleine qu’avait effectué l’auteur qui avait fait une recherche passionnée et méthodique sur la présence des Morisques dans les colonies espagnoles d’Amérique. Cette étude, intitulée La civilisation d’Al Andalous au Pérou, est avant tout destinée à rendre hommage, en rappelant le souvenir de son auteur : «Aujourd’hui, il est opportun et nécessaire de promouvoir et de favoriser une action commune visant à raffermir les relations internationales historiques avec le monde arabe et les nations qui le constituent. Cet objectif, le travail de l’ambassadeur Caceres est de ceux qui contribuent grandement à l’atteindre. En effet, il illustre de façon éloquente les bases de références qui fondent cette ambition, en mettant en évidence les éléments d’une histoire commune à laquelle ont pris part nos ancêtres de part et d’autre de l’Océan atlantique», peut-on lire dans la présentation à l’ouvrage. Il faudrait, sans doute, rappeler que l’Andalousie musulmane avait brillé en son temps par l’universalité de la civilisation qu’elle a transmise aux autres pays, en explorant l’humanité et la Parole de Dieu et de son prophète Mohamed (QSSSL), de la manière la plus prestigieuse et lumineuse qui soit. On comprend pourquoi le diplomate péruvien disparu portait toute son attention à la question et d’ailleurs pionnier en la matière, puisqu’il a inauguré une réflexion sur l’influence de la civilisation andalouse qui s’étendit de l’Orient à l’Occident, au Nouveau Monde, ce que très peu
de gens savent ou réfutent, car il faut souligner que personne, en dehors de l’auteur, ne s’était risqué à présenter une telle hypothèse corroborée durant des années de recherches et d’investigations au cours de plusieurs cycles de conférences et d’exposés confortant une multitude de références aussi bien historiques, architecturales que culturelles, à travers lesquelles s’entrecroisent des noms de conquistadors et d’acteurs d’une histoire comme aventure qui prend naissance avec la volonté d’évangéliser des peuplades païennes et qui, malheureusement, se termina par la disparition de peuples entiers et la destruction des civilisations Inca, Maya et Aztèque. «Ce cycle de conférences, qui se positionne en porte à faux avec les idées véhiculées par certains historiens qui nient la présence de Morisques aux Amériques, constitue une démarche scientifique qui vise à rétablir la vérité historique et à rendre hommage à une civilisation qui est parvenue à s’allier de l’autre côté des océans, dans un  tragique réflexe de survie, à une autre violentée, niée et menacée d’extinction», lit-on dans l’introduction, alors même que la compréhension historique, la biographie succincte des acteurs de cette entreprise, cités dans le texte fourni en annexe, les notes précisant les pratiques sociales et religieuses et quelques archives ou personnalités littéraires locales renvoient à la présence physique des Morisques, aussi bien femmes qu’hommes, dans le processus de la conquête espagnole, notamment au Pérou, et tout particulièrement à l’influence arabe dans ce continent.
Lynda Graba
 

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