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Note de lecture : Tin Hinan, ma reine, roman d’Amèle El Mahdi

A celle qui est venue de loin pour guider son peuple vers la lumière

PUBLIE LE : 09-08-2015 | 0:00
D.R

Que d’histoires captivantes et de mystères enfouis sous le sable du désert, véhiculés à ce jour par la mémoire du peuple targui autour de sa reine-mère, fondatrice d’un royaume aux confins du Sahara algérien. Toutes les versions et thèses de chercheurs et archéologues étrangers qui se sont télescopées dans le temps ne semblent pas avoir levé le voile épais de ce qui peut, pour certains, s’apparenter à un mythe. Entre les trouvailles et la mémoire antique, les idées n’ont pas les mêmes échos autour de la découverte du mausolée d’Abalessa dans l’extrême Sud algérien. Certains scientifiques vont même jusqu’à douter de l’existence de la reine targuie dont l’histoire, racontée et transmises par les grandes tribus qui descendent de sa lignée, atteste pourtant de son règne paisible sur la vaste région de l’Ahaggar. Pourtant pour quelques-uns d’entre eux et la plupart des Algériens, dont les théories rejoignent celles d’un certain nombre d’historiens étrangers qui ont consacré il y a peu de temps des colloques, il ne subsiste aucun doute que ce que certains tentent de faire passer pour une légende, voire un mythe colporté depuis des siècles par les populations avoisinantes,  est bien la preuve irréfutable de l’existence d’une des plus prestigieuses civilisation préislamique berbère tenue d’une main de maître par une femme aux valeurs et à l’esprit extraordinaire, la souveraine d’un peuple qu’elle a guidé vers la lumière, une femme du nom de Tin Hinan, ou celle qui vient de loin. Les dignes héritiers touareg, dont les tribus sont régies par un système matriarcal, vénèrent à ce jour son  nom et perpétuent le souvenir vivace d’une personnalité hors du commun doublée d’une héroïne et guerrière qui maniait aussi bien l’épée que l’art de gouverner en toute équité et clairvoyance. « En prenant la décision d’écrire sur Tin Hinan, j’étais loin de me douter de la lourde tâche qui m’attendait ni dans quelle incroyable aventure je m’engageais. Je craignais en allant à la recherche de la mystérieuse et fascinante reine de découvrir qu’elle n’avait jamais existé et qu’il ne s’agissait que d’un grand mythe inventé de toutes pièces (…)  Qu’elle soit mythe ou réalité, l’histoire de Tin Hinan mérite d’être connue non seulement des chercheurs, mais aussi du grand public. Un peuple capable d’inventer le ‘‘mythe’’ Tin Hinan et de lui faire traverser quinze siècles grâce à la tradition orale uniquement, mérite de voir ce soi-disant mythe se perpétuer », avance l’auteur dans son introduction en ajoutant juste après « Si en revanche la reine Tin Hinan a réellement existé, ce dont je suis personnellement persuadée, alors ce livre peut être considéré comme une humble tentative de parler de nouveau de Tin Hinan afin de lui attribuer la place qui lui est due parmi les grandes reines et héroïnes qui ont marqué l’histoire de l’Algérie… » Il faut croire qu’Amèle El Mahdi, l’auteure de ce magnifique roman, est une Algérienne de notre temps pour laquelle la mémoire identitaire entre dans la constitution de l’Histoire. Originaire de Blida et

professant les mathématiques, elle a été vraisemblablement passionnée par ce personnage haut en couleur, à laquelle les descendants, aujourd’hui encore, vouent une admiration sans bornes et considèrent au-delà des faits relatés par la tradition orale comme l’origine de toutes les tribus touareg. Il faut dire que notre romancière est très imprégnée par la culture et la langue vernaculaire des gens du Sud qui aux temps les plus reculés possédaient, à l’instar d’autres peuples évolués, leur propre alphabet : le tifinagh. Notre auteur qui a déjà écris d’autres ouvrages comme La belle et le poète, qui relate une merveilleuse histoire d’amour et Yamsel, l’enfant du désert, est très proche des us et coutumes des Touareg qu’elle a su déchiffrer et interpréter puisqu’il faut dire qu’elle s’est installée depuis plusieurs années dans une ville de l’extrême Sud algérien après avoir résidé à El Goléa, Ghardaïa et Laghouat. Elle produit de ce fait, une littérature inspirée des régions où elle vit la majeur partie de son temps après avoir emmagasiné un important savoir sur les populations qui les peuplent depuis des temps immémoriaux, brossant au passage d’attachant portraits de femmes et d’hommes, nous livrant de précieux renseignements sur l’histoire et le mode de vie de ces lointains habitants.
Dans ce nouveau roman elle part à la conquête de l’histoire de la reine berbère qu’on disait incroyablement belle et dirigeant avec sagesse et autorité son peuple tout en conservant une inqualifiable fierté mêlée à une grande perspicacité pour l’engager avec droiture dans la voie de la paix et de la prospérité au point où les Amenokals des autres tribus lui prêtèrent allégeance. L’écrivaine tente de restituer la vérité historique à partir de références bibliographiques livrées et analysées les unes après les autres et de ses connaissances sur le terrain pour écrire à son tour en se réappropriant l’histoire, le roman de Tin Hinan à laquelle elle redonne vie et  parole à travers son esclave Takama. Sous sa plume nait le personnage fabuleux d’une reine dont les conseils avisés et l’intelligence à dissiper les mésententes étaient loués par tous. Morte relativement jeune, autour de la quarantaine, elle avait épousé le fils d’un Amenokal qui lui avait donné trois filles avant de se voir désignée par toutes les tribus touareg comme reine. On aura apprécié tout particulièrement dans ce livre la manière dont son auteure fait œuvre de création littéraire tout en mêlant dans cette biographie romancée qui distille des éléments de la langue et de la culture touareg, des recherches et thèses diverses pour en faire un ouvrage qui tout en brassant plusieurs théories, confrontent ces dernières pour retracer à son tour le parcours de Tin Hinan par le truchement d’une écriture et d’une fiction qui font office de roman. Un roman captivant et riche d’informations sur le personnage, un livre qui s’inscrit à la fois dans une narration qui reprend à son compte le personnage pour l’éclairer et presque l’auréoler.
     L’histoire de la reine berbère, que nous avons lue d’un trait, est revisitée de la manière la plus proche possible du vécu. Elle nous restitue l’image vivante d’une femme singulière de l’histoire algérienne et réhabilite avec perfection sa stature  emblématique.
Lynda Graba

 Amèle  El Mahdi, Tin Hinan, ma reine, Editions Casbah, roman,  Alger 2014.

 

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