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Cinquième édition du festival international des arts de l’Ahaggar : Vibrant hommage au chantre de la musique targuie Othmane Baly

Des groupes musicaux de renoms se sont produit en sus de différentes activités artistiques telles le dessin, la calligraphie, l’artisanat, qui entrent dans le cadre de la valorisation du patrimoine millénaire de la culture targuie.

PUBLIE LE : 03-01-2015 | 0:00
D.R

De notre envoyé spécial
à Tamanrasset Kader Bentounès

Sous le ciel étoilé du grand désert de Tamanrasset, la cinquième édition du festival international d’Abalessa - Tin Hinan des arts de l’Ahaggar (FIATAA) a ouvert ses portes, mardi dernier, sur le site naturel de Tidessi (12 km du chef-lieu de la wilaya de Tamanrasset), et ce, jusqu’au 4 janvier. Des groupes musicaux de renoms se sont produit en sus de différentes activités artistiques telles le dessin, la calligraphie, l’artisanat, qui entrent dans le cadre de la valorisation du patrimoine millénaire de la culture targuie.

La soirée du jeudi dernier a été marquée par un vibrant hommage musical qui a été rendu au chantre de la musique le regretté Touareg Othmane Baly par des musiciens du Tassili et de l’Ahaggar qui perpétuent encore son héritage musical en y apportant des touches de modernité propres à chacun. Deux groupes sont venus spécialement de Djanet, ville natale du défunt, pour témoigner du grand humaniste et de l’artiste de talent qu’était Othmane Baly. Toumest Teneré et Miloud Chougli qui a représenté sur scène la posture du défunt, assis sereinement tenant le mythique luth.
Considéré comme son bras droit et son fidèle disciple, Chougli se souvient de l’auteur de Demaà. «C’est Othmane Baly qui m’a présenté au public pour la première fois de ma vie. Je l’ai longtemps côtoyé et j’avoue qu’il était plus qu’un maître pour moi, un ami, un frère et un père ».
L’ancien bassiste de Baly a indiqué qu’il lui a enseigné comment rester sur le style targui tout en déplorant le manque d’intérêt pour le luth à Djanet : «Nous avons un grand héritage à Djanet, le luth. De nos jours, les jeunes ont tendance à aller vers la guitare électrique. Je regrette que Djanet soit démuni d’un conservatoire pour apprendre le luth, mais nous essayons d’assurer cette continuité séculaire», a-t-il expliqué.

L’héritage de la famille Baly
Digne héritier de son père, Nabil Baly est aussi monté sur scène avec sa formation contemporaine composée de batterie, guitares et guitare basse qui a proposé  un programme folk aux sonorités proches de la chanson targuie moderne. Il s’est produit pour enflammer la scène et il est parvenu à créer une osmose avec le public nombreux du cinquième FIATAA. Le jeune artiste s’est reposé sur la joie de vivre manifeste et son énergie inépuisable pour interpréter plusieurs chansons de son père. Avec seulement un djambé, trois guitares : acoustique, basse et électrique, l’artiste a eu un tel effet sur le public et les reprises des paroles ainsi que la réaction positive à chaque refrain ont fait de la scène de jeudi soir une véritable fête de musique. Rencontré à l’issue de son concert, Nabil se remémore un pieux souvenir de son père. «Quand j’avais 13 ans, j’ai essayé d’imiter mon père. Lorsqu’il m’a vu joué, il m’a giflé en me disant de ne pas suivre son chemin, mais plutôt de tracer le mien», a-t-il expliqué. Nabil a avoué que des chansons écrites par son père sont sauvegardées, et que leur nombre atteint les 260 : «je ne vais pas les chanter pour ne pas tomber dans la paresse de ne jamais écrire et composer. Je compte introduire une chanson dans chaque album que je ferai sortir», a-t-il conclu.   
«L’année 2015 marque la dixième année de la disparition de Othmane Baly, c’est un symbole de la musique des Touaregs. Il a modernisé ce style en étant le premier à avoir introduit de nouveaux instruments, et puis le travail de transmission qui a été fait avec sa regrettée maman. Il reste un grand nom de la musique et de la culture targuie et algérienne, on ne pouvait passer cette cinquième édition sans penser à lui», a déclaré Ryad Aberkane, directeur artistique du FIATAA.
Le groupe Zerkaoui de Tamanrasset s’est également produit sur scène en introduisant le violon aux sonorités touaregs.

Couleurs et saveurs africaines
Le continent africain et ses fabuleuses sonorités musicales a été le hôte de la soirée du nouvel an, avec notamment le célébré artiste malien Bassekou Kouyaté et Ngoni Bâ. Ce musicien virtuose a su crée avec l’appui de la voix suave de sa femme une ambiance délirante. Accompagné de toute sa famille qui constitue l’orchestre, le groupe malien a gratifié le public d’un florilège de fusion musicale entre afrobeat, salsa, jazz, blues et rock en usant notamment d’instrument traditionnel tel le guemri, le n’goni et le djémbé.
Nominé deux fois aux prestigieux Grammy awards, Bessakou considère que seuls les artistes africains ont le devoir de valoriser le riche patrimoine musical du continent noir. «Nous avons assez d’instruments qui n’ont pas été exploités, c’est à nous de montrer au monde entier ce que nous avons, personne ne peut le faire à notre place, et je dirai que nous n’avons pas besoin d’instruments occidentaux», a-t-il relevé. Bassekou revendique l’authenticité africaine de plusieurs genres musicaux qui se sont développés en Europe et aux Etats-Unis. «Les Occidentaux ont tendance à mettre en avant le rock et le jazz tout en ignorant la véritable définition de la musique du monde. Je suis en train de lutter pour prouver que la musique du monde vient de l’Afrique, idem pour le Rock, j’ai enregistré un album qui sortira prochainement où j’ai exploré la touche rock africaine» a-t-il fait savoir avant d’ajouter : «La salsa, le blues, le jazz, le rock et tant d’autres genres musicaux ont été importés. Il faudrait que les Européens, les Américains et les Asiatiques sachent que tous ces genres de musiques viennent de l’Afrique», a-t-il noté. Selon lui, le mouvement artistique africain doit s’éveiller et prendre un nouvel élan, et qu’une «révolution culturelle doit effacer les déboires des Africains qui ont échoué sur plusieurs lignes».
Le FIATAA est allé loin sur la route du Sahel pour inviter un groupe de l’Ethiopie, à savoir Selamnech Zéméne & Badume’s Band qui a su partager des moments forts avec le grand public. Chantant une musique populaire, festive et folklorique, les arrangements étaient le point fort du groupe ainsi que le jeu délirant des deux saxophonistes français. Faisant partie de la tradition «Assmari», la chanteuse Selamnech a facilement attiré l’attention du grand public, accompagné d’une jeune danseuse qui a présenté des chorégraphies typique de la corne d’Afrique. «Notre répertoire est riche des compositions de jeunes musiciens, ainsi que de l’ancien répertoire des années 1960 et 1970, lorsque ce qu’on parle de l’âge d’or de la musique éthiopienne», a déclaré Anthonas Volso, batteur et leader du groupe.
Pour ce qui est des textes chantés en langue amharique (langue traditionnelle de l’Ethiopie, ndlr) dont la plupart sont écrits par le mari de Sélamnéche et d’autres inspirés des vieux manuscrits éthiopiens, le leader du groupe a indiqué que la poésie romantique occupe une grande place au sein du répertoire du groupe : «Nous chantons l’amour, la nostalgie du pays, ainsi qu’un grand courant de la poésie éthiopienne intitulé  "l’or et la cire" qui se chante sous des paroles d’apparente simplicité, mais qui cache un double sens qui reste à découvrir».
Il y a lieu de rappeler que la diva locale de la musique des Touaregs Badi Lala s’est produite le mercredi dernier, ainsi que Ouled el hadja Maghnia qui a gratifié le public à minuit tapante d’un bon récital de la musique gnaoui. La première soirée a été dédiée aux artistes locaux, qui excellent au style Ishoumer comme le groupe Imezourag, Issoudar et Aguena.
Le FIATAA s’est engagé depuis sa première édition à valoriser promouvoir le patrimoine materiel et immatériel de l’Ahaggar, et du sahara algérien comme l’a affirmé Ahmed Aouali, commissaire du festival lors de l’ouverture officielle du festival, mardi dernier à la maison de la culture de Tamanrasset.  

K. B.

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