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25e anniversaire du décès de Ferhat Abbas : Avec les A.M.L., Ferhat Abbas consacre l’unité nationale

Ferhat Abbas est certainement l'homme politique le plus prolifique de tous les cadres et figures du nationalisme algérien. Déjà, en 1931, il publie Le Jeune Algérien, un recueil de textes et de réflexions par lesquels il dénonce le statut de domination et de discrimination imposé aux Algériens

PUBLIE LE : 24-12-2010 | 18:34
D.R

Ferhat Abbas est certainement l'homme politique le plus prolifique de tous les cadres et figures du nationalisme algérien.
Déjà, en 1931, il publie Le Jeune Algérien, un recueil de textes et de réflexions par lesquels il dénonce le statut de domination et de discrimination imposé aux Algériens. C'est l'époque où il fait un bon bout de chemin politique en tant qu'élu aux côtés du docteur Bendjelloul, animateur principal de la Fédération des élus du deuxième collège et fervent défenseur de la « fraternité franco-musulmane» que les colons ont toujours repoussée.
C'est plus particulièrement pendant la Seconde Guerre mondiale que les évènements vont se précipiter et propulser Ferhat Abbas à jouer un rôle d'avant-garde et de rassemblement face à un régime colonial oppresseur qu'il soit sous le pétainisme jusqu'au débarquement de 1942 ou sous le comité de libération nationale du général de Gaulle.
En Algérie, l'année 1943 va connaître un fait politique majeur et « en quatre années, disait-on à l'époque, les Algériens ont appris beaucoup plus qu'en un siècle ». Ils se sont informés sur le contenu de la Charte de l'Atlantique et ont pris conscience du concept du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
C'est dans ce climat de lutte contre le fascisme et qui annonce de facto l'abolition des régimes coloniaux que Ferhat Abbas rédige, le 10 février 1943, une plate-forme de revendications appelée le Manifeste du peuple algérien auquel il rallie un grand nombre de personnalités pour la plupart des élus —conseillers municipaux, conseillers généraux, délégués financiers — mais aussi des présidents d'associations, des avocats, des professeurs.
Cette démarche démontre que l'initiative de Ferhat Abbas tendait à faire prendre aux Français des engagements conformes aux idées prônées par les Alliés, à savoir « l'accession des peuples colonisés à une vie nationale authentique ».
Signé par cinquante-quatre élus et personnalités, le Manifeste du peuple algérien fut remis par Ferhat Abbas au gouverneur général Marcel Peyrouton, le 31 mars, Les autorités américaines furent, elles aussi, destinataires d'un exemplaire de ce document.
Le 3 avril 1943, le gouverneur général Peyrouton met en place une commission dite « de réformes musulmanes ».
Un additif au Manifeste fut remis le 30 mai 1943 aux autorités françaises. Mais le remplacement de Peyrouton par le général Catroux n'arrange pas tellement les choses. Le chef de la résistance, le général de Gaulle, n'est pas tellement favorable aux réformes exigées par les signataires du Manifeste. Son représentant à Alger, le fanfaron Catroux, ne tardera pas à annoncer la couleur. Le nouveau gouverneur général fait fi des conclusions de la commission d'études économiques et sociales et décide une série de « réformettes » en promulguant, le 6 août 1943, six ordonnances, avouant au docteur Bendjelloul, lors de son passage à Constantine, qu'« il est allé au-delà de ce qui lui était possible de faire et qu'il ne pouvait pas donner davantage ».
Ce refus délibéré de nier les principales revendications contenues dans le Manifeste engendrera une série d'évènements. Les délégations financières sont convoquées en session extraordinaire, le 22 septembre 1943, les délégué financiers musulmans refusent de siéger et adressent au gouverneur général et au général de Gaulle un nouvel appel pour faire appliquer les réformes adoptées par la Commission d'études musulmanes dont il est fait état plus haut.
Le général Catroux réagit violemment à la démarche des délégués algériens. Le lendemain même, il prononce la dissolution de la section indigène des délégations financières et met en résidence forcée à Tabelbala (sud oranais) Ferhat Abbas en sa qualité de délégué financier, créateur et animateur de l'Union des élus et auteur du Manifeste. Abdelkader Sayah est assigné à résidence à Béni-Abbas (sud oranie) en sa qualité de président de la section arabe des délégations financières.
Ces sévères intimidations et menaces vont décourager certains élus signataires du Manifeste qui capituleront les uns après les autres et exprimeront leur soumission, le 15 octobre 1943, au nom de la délégation indigène des délégations financières qui déplore l'incident du 22 septembre 1943 qui n'était ni dans ses intentions ni dans sa pensée » ; comme « elle tient à affirmer de la manière la plus nette son patriotisme et sa fidélité à la France dont elle souhaite ardemment la libération la plus rapide et la plus complète ». (Du Manifeste à la République algérienne, brochure UDMA, 1948, page 60).
Les trois docteurs Bendjelloul, Lakhdari et Tamzali, René Foudil, Ahmed Ghersi, Chentouf Adda, Hadj Hacène Bachtarzi, A. Abassa, Taleb Abdesselam, Mohamed Khiar, Ghorab ainsi que Khellil Tamzali rentrent docilement au bercail. Ferhat Abbas, qui croupit dans l'isolement, ne leur pardonnera pas ces revirements.
Ferhat Abbas est remis en liberté en décembre 1943 plus convaincu que jamais à poursuivre son combat pour l'émancipation de son peuple. Il reste fidèle à son programme contenu dans le Manifeste qu'il va d'ailleurs opposer à la fameuse ordonnance du 7 mars 1944.
C'est autour de cette plate-forme politique le Manifeste du peuple algérien du 10 février 1943, que va se créer un grand rassemblement patriotique. En mars 1944, une année après qu'il eut rédigé le Manifeste, Ferhat Abbas fonde le mouvement des Amis du Manifeste et de la liberté à Sétif et dépose ses statuts auprès de la préfecture de Constantine, le 4 avril 1944. En un laps de temps très court, le mouvement des AML connaît une montée fulgurante. Il rallie toutes les forces sociales et patriotiques à l'exception toutefois du PCA qui ne se contente pas de se tenir à l'écart mais tente d'opposer à ce courant de mobilisation les Amis de la démocratie.
Messali Hadj, qui se trouve en résidence surveillée à Ksar Chellala, accepte de renforcer le mouvement de Ferhat Abbas et donne ordre à ses troupes (le PPA milite alors dans la clandestinité) de se joindre aux AML. L'Association des ouléma en fait autant. «Jamais mouvement politique n'eut plus de succès en Algérie que les AML. Plus de 500 000 bulletins d'adhésion arrivèrent au comité central à Alger.» (Brochure UDMA, Du Manifeste à la République algérienne, 1948, page 62). Plus tard, le journaliste Abdelkader Safir dira que ce mouvement préfigurera le FLN tant il parviendra à mobiliser l'ensemble des forces nationales. C'est l'enthousiasme et l'euphorie. Les sections AML prennent naissance partout dans le pays. Le peuple algérien a trouvé un cadre d'expression. Il manifeste son désir de conquérir ses libertés et de préparer son avenir d'indépendance. Le mouvement créait son organe : Egalité des hommes, des peuples, des races. Un hebdomadaire dans lequel Ferhat Abbas signe régulièrement les éditoriaux.
Le mouvement des AML publie également des cahiers. Le premier Cahier intitulé J'accuse l'Europe porte la signature de Ferhat Abbas. Comme nous l'avons souligné en préambule, le leader des AML nous a légué des écrits abondants qu'il faudra un jour réunir et éditer sous forme de recueil. C'est ce qui nous permettra de déflorer la pensée de Ferhat Abbas et de la faire propager pour faire admettre que son action ne s'est pas limitée au combat pour le bien-être de son peuple mais, bien plus, son message s'adressait à toute l'humanité pour son salut et son émancipation.
Dans ce premier Cahier d'une dizaine de pages, Ferhat Abbas, en homme savant et averti, implique sans complaisance le continent européen comme étant la source des malheurs des autres peuples, les damnés de la terre, les colonisés, les parias. En 1944, cette Europe qui se trouve en guerre contre elle-même aussi est mise au banc des accusés par un intellectuel algérien, qui souligne, entre autres, dans son réquisitoire : “Comme un malade contagieux promenant son mal au milieu de ses semblables, l'Europe empoisonne l'humanité de son humeur guerrière, de son bellicisme et de sa toute puissance financière. Nous l'accusons de tous les deuils et de tous les crimes qui pèsent sur l'homme depuis au moins deux siècles, c'est-à-dire depuis que l'Europe a acquis la possibilité de construire un monde pacifique et qu'elle ne l'a pas fait. » (J’accuse l'Europe par Ferhat Abbas, secrétaire général du Comité central des AML).
Le futur président de 1'UDMA affirme que « si les puissances européennes n'abolissent pas le régime colonial sous toutes ses formes, la paix du monde ne sera jamais assurée ».
C'est cette Europe, coupable de guerres coloniales et les cortèges de massacres qui s'ensuivirent, cette Europe, qui a engendré l'hitlérisme et l'antisémitisme, qui poursuit en 1944 un conflit des plus meurtriers, c'est cette Europe que Ferhat Abbas avertira en termes prophétiques : « L'Europe pourra transformer toutes ses colonies en prison et en immenses camps de concentration, elle n'empêchera pas pour autant l'homme colonisé de lutter pour son droit à la vie, son bonheur et sa liberté». Il poursuivra avec la même conviction « Si l'Europe ne rompt pas avec son nationalisme intégral et agressif en établissant, pour tous peuples, y compris le nôtre, un fédéralisme politique en harmonie avec le développement économique ; si elle n'abolit pas son système colonial en Asie et en Afrique ; si elle ne s'habitue pas à respecter chez nous ce qu'elle respecte chez elle, elle conservera, quoi qu'elle fasse, tous les germes de mort qui ont éclos en 1914 et en 1939 et elle demeurera un foyer permanent d'où sortiront les pires incendies». (Ferhat Abbas, J'accuse l'Europe, 1944, p. 5, Cahier n° 1 des AML). Ferhat Abbas, qui anime avec verve en 1944 le grand mouvement patriotique des AML, n'est pas tendre non plus avec les auxiliaires invétérés du colonialisme français, qui refusaient d'admettre qu'un jour «un œuf casserait une pierre », c'est-à-dire que le faible triompherait du fort. Il vilipende ses vieilles connaissances qui ont vite fait de l'abandonner en constatant que lutter c'est surtout accepter de souffrir. Cet homme, qui a abandonné depuis longtemps les thèses de la chimérique assimilation, que continue à défendre sans répit le docteur Bendjelloul, Ferhat Abbas, homme digne et loyal, sait aussi mépriser ceux qui méprisent leur peuple. Il dit ceci, ce qui est à son honneur : «Si certains musulmans conservent encore l'illusion de pouvoir réaliser un jour un compromis honorable avec ces traîtres à leur patrie et à la paix sociale en Algérie, qu'ils nous quittent immédiatement pour aller grossir les rangs des béni-oui-oui " avoués ou cachés, les rangs des bachaghas, des docteurs Tamzali, Bendjelloul et Lakhdari. » (Ferhat Abbas, J'accuse l'Europe, pp. 8 et 9).
Ferhat Abbas avait aussi cru à une «République algérienne autonome associée à la France » à condition, dira-t-il, que «la colonisation remette son sabre dans le fourreau et déclare la paix aux peuples qu'elle n'a pas cessé un seul instant d'opprimer et d'exploiter, sous prétexte de les assimiler ou de les civiliser».
Ce ne fut pas le cas. Et, pour reprendre le mot du héros de Diên Biên Phu, le général Giap, le colonialisme fût toujours été un mauvais élève. D'avril 1944 à avril 1945, en une année seulement, les AML ont fait des pas de géant. Les colons et leur administration ne pouvaient rester indifférents aux succès énormes du mouvement de Ferhat Abbas, personnage soucieux de la légalité pourtant. Les colonialistes préparaient, certainement dans le secret absolu, la chute du mouvement massif. Le drame éclata un certain 8 mai 1945. Le préfet de Constantine, Lestrade-Carbonel, et le sous-préfet de Guelma, André Achyari, auparavant agent zélé du pétainisme, conduiront sans pitié les plus ignobles crimes contre le peuple algérien en appliquant les consignes strictes du général de Gaulle. «Les colonialistes étaient arrivés à leurs fins. La répression nous ramena au temps de la conquête. Elle fut barbare et inhumaine. Les dirigeants et les militants des AML furent arrêtés, beaucoup d'entre eux assassinés, d'autres condamnés, un grand nombre placés dans des camps de concentration. Le mouvement fut dissous. » (Du Manifeste à la République algérienne, 1948, p. 63). Ferhat Abbas est emprisonné. Messali Hadj est déporté, la répression a frappé avec férocité. On tire sur des populations désarmées. Le bilan est lourd : 45 000 morts. La France venait à peine d'être libérée des griffes du nazisme grâce à la contribution héroïque des «Nord-Africains». Elle trouva en Algérie un héroïsme honteux et à bon marché, selon le mot célèbre du regretté Abdelaziz Khaldi figurant dans son pamphlet publié au lendemain même de la tragédie de mai 1945, et censuré, sous le titre Le Problème algérien devant la conscience démocratique. Libéré à nouveau après l'hécatombe, Ferhat Abbas fonde en 1946 un parti l'Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA), et lui confie comme programme-doctrine la plate-forme politique qu'il a rédigée le 10 février 1943.
A. B.
(*) Journaliste-écrivain
Extrait de : “Mouvement national des hommes et des repères - El Alpha - 2008)
 


Hier, au Carré des Martyrs du cimetière d’El Alia : Cérémonie de recueillement à la mémoire de Ferhat Abbas

Une cérémonie de recueillement à la mémoire de Ferhat  Abbas a eu lieu hier à Alger au carré des Martyrs (cimetière d'El Alia)  en présence de sa famille et d'anciens compagnons de lutte du premier Président  du Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA).          
Cette commémoration intervient à l'occasion du 25e anniversaire du décès  du premier Président de l'Assemblée nationale constituante.          
Dans une allocution lue par un de ses compagnons de lutte, il a été  mis l'accent sur son engagement et ses qualités humaines et intellectuelles.          
"Ferhat Abbas, qui a consacré toute sa vie à l'Algérie, était un monument.  C'était un militant, un politicien et un penseur", a notamment relevé l'intervenant  ajoutant que c'était aussi "un homme de grande de culture et un excellent rédacteur  qui avait écrit son premier texte politique alors qu'il était encore au lycée".          
De son côté, son fils Hakim a souligné les qualités de son père "un  homme qui a essayé de se rendre utile à son pays et à son peuple".          
 

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