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Serge Michel, un libertaire dans la décolonisation, de Marie-JoËlle Rupp : Serge Michel, un militant convaincu

Serge Michel, un libertaire dans la décolonisation est un livre paru aux éditions Apic, de Marie-Joëlle Rupp, et préfacé par Jean-Claude Carrière.

PUBLIE LE : 27-10-2014 | 0:00
D.R

Serge Michel, un libertaire dans la décolonisation est un livre paru aux éditions Apic, de Marie-Joëlle Rupp, et préfacé par Jean-Claude Carrière.

 

Le livre recèle quelque chose d’assez triste et de presque mélancolique. On découvre une part de rêve inaccessible, d’inattendu ou d’imprévisible voire de danger d’un coureur de grands chemins. On a sous les yeux l’histoire d’un  de ces fantômes du siècle, un homme qui a roulé sa bosse partout et pour la bonne cause, surtout en Afrique et qui a participé à des aventures et des épopées vécues jusque dans sa chair. Dans un format sobre, l’ouvrage retrace la dimension et la personnalité d’un intellectuel fortement impliqué dans la lutte pour la décolonisation du continent africain. C’est une plongée à l’intérieur d’une époque à la fois trouble et exaltante. L’auteure, Mme Marie-Joëlle Rupp, retrace la vie d’un père rattrapé sur le tard, quatre mois avant sa mort. Elle en déroule la biographie sans complaisance en se basant sur une documentation constituée  de nombreux entretiens cités en notes.
Simple, l’évocation des différentes étapes qui ont marqué la vie de Serge Michel donne sans grandiloquence, en quatorze chapitres, l’engagement sincère d’un homme à la poursuite de la liberté.  
Lucien Douchet, alias Serge Michel, est le fils unique d’une famille ouvrière. La guerre scelle un destin marqué par la fuite : c’est le service obligatoire du travail à Rostock, Berlin sous les bombes, Rome où il faut trafiquer pour survivre. De retour à Paris où il rencontre Henri Michaux, il lui faut partir à nouveau, quitter femme et enfant. À Alger, il devient Serge Michel, en référence et hommage aux révolutionnaires Victor Serge et la communarde Louise Michel. Il travaille pour la République algérienne et prend part à la lutte de Libération de l’Algérie sous la conduite du FLN. Membre de la commission cinéma du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), proche de Ferhat Abbas, il suit en 1960, le défunt Patrice Lumumba au Congo en qualité d’attaché de presse. Deux mois plus tard, le coup d’État de Mobutu Sese Seko, le nouvel homme fort de ce qui adviendra du Zaïre avec ses turpitudes et ses errances, mettant fin tragiquement au pouvoir éphémère de Patrice Lumumba et à son expérience, il en publiera un récit  dans Uhuru Lumumba.
Revenu à Alger à l’indépendance, il dirige la rédaction du nouveau quotidien Alger ce soir en 1964-1965. Scénariste pour l’Office national pour l’Industrie et le commerce cinématographique (ONCIC), il collabore avec Luchino Visconti, venu tourner à Alger une adaptation de L’Étranger d’Albert Camus, le cinéaste Gillo Pontecorvo, dans la Bataille d’Alger qui décroche en 1966 le Lion d’or au Festival de Venise, et Roberto Rossellini.
Il se tourne vers Rome, où il travaille pour le compte des  studios du fils de Rossellini. En 1975, Henri Lopès, Premier ministre du Congo Brazzaville, l’invite à y fonder un quotidien et une école de journalisme. Il en est expulsé deux ans plus tard, et repart comme conseiller culturel de Luis Cabral, président de la Guinée Bissau. Désœuvré, seul et malade, il rejoint l’Europe où, soigné dans un sanatorium, il rédige un récit autobiographique, Nour le voilé (Seuil, 1982). Ce sont désormais des années de pauvreté entre France et Algérie, où une pension de moudjahid lui permet de vivre. En 1994, il quitte Ghardaïa où sa sécurité n’est plus assurée et finit par s’installer aux environs de Saint-Denis.
C’est là qu’il meurt dans la misère en 1997. L’Algérie lui organise des obsèques nationales.  À travers la lecture de ce livre peu volumineux mais néanmoins plein d’anecdotes, de faits, et de réminiscences qui trahissent la foisonnante effervescence d’une époque révolue. On croise des personnages tels Che Guevara, Amilcar Cabral, Denis Sassou N’guesso… Révolutionnaire jusqu’au bout des ongles, Serge Michel a légué une œuvre éparse où se mêlent des fragments d’idées, des articles de journaux, des caricatures, des scénarios de films. Son itinéraire est une quête d’un idéal encore inaccessible avec une tonalité romanesque.
Cette biographie qui peut paraître sommaire, se lit d’une traite. Elle est l’exacte copie de ces intellectuels engagés en faveur de l’émancipation des peuples colonisés. Elle dépeint en filigrane, les motivations quasi intimes du don révolutionnaire. Forts de rêves inaltérables, ils ne faisaient pas commerce de leurs convictions. Cet engagement n’en est pas moins, la marque d’une existence à la fois furieuse et passionnée, d’expériences exceptionnelles. C’est aussi l’histoire d’une désillusion douloureuse. L’extraordinaire espoir né au lendemain d’une décolonisation ne fut pas payé en retour. Cependant, l’ouvrage ne verse pas dans la nostalgie et les lamentations. C’est au contraire, un livre contre l’oubli et la mort.
    M. Bouraib

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