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NUTRITION - IMMUNOLOGIE : Le poison qui hante nos cuisines

L’Humanité a poussé encore le bouchon trop loin, au point où elle ne peut pratiquement plus se défaire de quelques composés organiques « créés » il y a des décennies pour améliorer le sacro-saint confort. Accusé principal : le Bisphénol A.

PUBLIE LE : 19-08-2014 | 23:00
D.R

L’Humanité a poussé encore le bouchon trop loin, au point où elle ne peut pratiquement plus se défaire de quelques composés organiques « créés » il y a des décennies pour améliorer le sacro-saint confort. Accusé principal : le Bisphénol A.

Cette molécule synthétisée par l’homme il y a plus d’un siècle, a trouvé au fil du temps sa place dans un très grand nombre d’ustensiles et de contenants alimentaires. On la trouve dans les bouteilles en plastique, les canettes et autres boîtes de conserve, les emballages alimentaires, les jouets pour enfants et tant d’autres objets et outils de la vie quotidienne.
Selon de nombreuses études, l’exposition au bisphénol A, incontestablement, constitue un risque pour la santé. Les expériences menées sur des rats le démontrent bel et bien. Ce composant de nombreux plastiques et résines alimentaires, est connu pour être un perturbateur endocrinien – une substance qui altère les fonctions hormonales de l’organisme.
Selon la revue Sciences, depuis quelques années, on soupçonnait qu’une exposition au bisphénol A diminue l’efficacité du système immunitaire, notamment la tolérance alimentaire, mais les preuves étaient ténues. Les récents travaux d’un laboratoire de toxicologie apportent des éléments en faveur de cette hypothèse. En administrant diverses doses de bisphénol A à des rates en gestation, puis allaitantes et en étudiant leur progéniture à l’âge adulte, les chercheurs ont montré que l’exposition périnatale (in utero et pendant l’allaitement) à de faibles doses de bisphénol A favorise l’apparition d’une intolérance alimentaire à l’âge adulte, du moins chez le rat.
Interdit dans les biberons dans quelques pays d’Europe et amené à y disparaître de tout conditionnement alimentaire d’ici 2015, le bisphénol A continue cependant à être utilisé partout à travers le monde. Pourtant, chez l’animal, cette substance perturbe non seulement le fonctionnement des hormones, mais aussi d’autres fonctions physiologiques telles que le métabolisme des lipides ou le système immunitaire. Chez l’homme, il n’existait aucun indice en faveur d’un effet du bisphénol A, sur le système immunitaire, jusqu’à ce qu’en 2011, une étude épidémiologique américaine révèle, sur la base de données récoltées entre 2003 et 2006, un parallèle entre une exposition chronique au bisphénol A et un système immunitaire devenant moins efficace avec le temps. Ces résultats suggéraient qu’une exposition chronique au bisphénol A pouvait modifier durablement la programmation du système immunitaire. Que se passe-t-il, alors, si l’exposition a lieu pendant la période périnatale (la grossesse et l’allaitement), au moment où le système immunitaire est immature, car en développement et où les défenses de l’organisme se mettent en place au contact des aliments et de l’environnement ? Une exposition au bisphénol A pourrait-elle jouer un rôle dans l’augmentation constatée du nombre d’allergies et intolérances alimentaires dans les pays industrialisés ?
En 2010, ils avaient en effet observé que des rats exposés au bisphénol A durant la période périnatale (le bisphénol A était administré oralement à leur mère) présentaient une réaction inflammatoire exacerbée de l’intestin à l’âge adulte (quand on déclenchait une inflammation de l’intestin, leur réponse immunitaire était plus violente que chez des rats non exposés), ce qui suggérait que les fonctions immunitaires étaient perturbées. Dans leurs dernières expériences, les chercheurs ont administré par voie orale à des rates gestantes diverses doses quotidiennes de bisphénol A, du début de la gestation au sevrage des petits. A l’âge adulte, la progéniture, nourrie à l’ovalbumine, une protéine du blanc d’œuf jamais consommée auparavant par ces animaux, a davantage développé une réaction immunitaire contre cette protéine que les rats nés de mères non exposées. Après plusieurs jours de nourriture à l’ovalbumine, les rats nés de mères exposées ont développé une inflammation du côlon, ce qui confirme qu’il s’agissait bien d’une intolérance alimentaire. Les perturbations les plus fortes ont été obtenues avec une dose de bisphénol A considérée sans risque par les organismes de sécurité des aliments, qui recommandent qu’elle soit utilisée comme limite de consommation. « Seuls 4 % environ de la dose ingérée par la mère atteignent le fœtus – une quantité faible, mais suffisante pour perturber la maturation du système immunitaire après la naissance. L’étude montre toute la difficulté de fixer une dose journalière tolérable sûre de bisphénol A : ce n’est pas parce qu’on ne le détecte que très faiblement dans le sang qu’il ne perturbe pas le fonctionnement de l’organisme. »
Comme il est très difficile d’agir sur les hormones sans perturber la gestation, les chercheurs envisagent d’étudier cette période sur des modèles in vitro. Quant à savoir si un effet similaire est aussi à l’œuvre chez l’homme, seule une étude épidémiologique du lien entre exposition périnatale au bisphénol A et intolérance alimentaire à l’âge adulte le dira.
Cancers, diabète, obésité, maladies cardiaques et troubles hormonaux graves chez l’enfant, voici la morbide liste des effets soupçonnés du bisphénol A sur l’humain.
De là à vider sa cuisine, ses placards et son vaisselier, il ne reste qu’à attendre les résultats de recherches plus poussées… ou revenir aux pots de terre et aux cuillères en bois !

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