vendredi 03 avril 2020 21:35:52

Hommage à Maurice Audin au forum de la mémoire d’El Moudjahid : Appel aux autorités françaises pour dévoiler le lieu d’inhumation

Le prix Maurice Audin sera décerné le 18 juin à l’institut Henri Poincaré

PUBLIE LE : 11-06-2014 | 0:00
Ph : Tahar.R.

Le forum de la mémoire d’El Moudjahid a organisé, hier, de concert avec la dynamique association Machaâl Echahid, une rencontre-hommage consacrée à la vie et l’œuvre du militant anticolonialiste, Maurice Audin. Cette rencontre a été animée par M. Mohamed Rebah, chercheur  en histoire et auteur des ouvrages Des Chemins et des Hommes et Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958» et par M. Hacène  Belbachir, professeur de mathématiques à l’université des sciences et des technologies Houari-Boumediène (USTHB), directeur de la programmation, de la recherche, de l’évaluation et de la prospective à la direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique.

S’exprimant, en premier, le chercheur en histoire, Mohamed Rebah, a tenu à rappeler que ce brillant mathématicien, mort pour l’Algérie, a été assassiné par les parachutistes, il y a 57 ans de cela : le 21 juin 1957. L’orateur avant d’entamer son allocution, soulignera que comme des milliers de disparus de la Bataille d’Alger, le corps de Maurice Audin, n’a jamais été retrouvé.
Evoquant, ensuite, sa rencontre avec Maurice Audin, Mohamed Rebah, a précisé à l’assistance qu’il était lui-même élève de ce brillant mathématicien. «C’est un immense honneur pour moi d’évoquer, aujourd’hui, devant vous, le souvenir de ce frère et ami, de ce camarade dont j’eus le privilège d’être l’élève», a-t-il affirmé.
M. Rebah qui a participé à cette rencontre-hommage avec un témoignage poignant, a tenu à rappeler le fait que lorsqu’il se rendait chez Maurice Audin, au 22 rue de Nîmes, au centre d’Alger, pour les cours de mathématiques qu’Audin donnait «gracieusement», il ne savait pas qu’il allait à la rencontre d’un savant, tellement sa modestie était grande. Maurice Audin, qui préparait alors sa thèse de mathématiques, consacrait généreusement ses samedis après-midi à son élève Mohamed Rebah.  
Revenant sur les circonstances de la première rencontre, M. Rebah confie aux présents qu’il avait, en fait, connu Maurice Audin par l’intermédiaire de son frère aîné, Nour Eddine, étudiant comme lui, à l’université d’Alger. «Ils (Nour Eddine et Maurice Audin, NDLR) partageaient les mêmes convictions politiques. Nour Eddine est tombé au champ d’honneur  moins de trois mois après lui, soit le 13 septembre 1957, à Bouhandès, au sud-ouest de Chréa, au flanc sud du Djebel Béni Salah», a-t-il précisé.
Le conférencier s’attardera, plus tard, sur la vie et le parcours militant de Maurice Audin. Né le 14 février 1932, dans la ville de Béja, en Tunisie, le défunt dont le père était né en France, et la mère en Algérie. A Alger, où sa famille revint dans les années 40, il suivit particulièrement toute sa scolarité. Il entra à la faculté des sciences d’Alger en 1949, à l’âge de 17 ans.
Brillant étudiant, Maurice Audin fut appelé le 1er février 1953 comme assistant par le professeur Possel qui le prit aussitôt en thèse et le mit en contact avec son patron de Paris, le grand mathématicien Laurent Schwartz. En plus de ses activités de chercheurs, Maurice Audin, membre du parti communiste algérien depuis 1951, était omniprésent dans les luttes syndicales et politiques, notera l’orateur.et d’ajouter que «le 20 janvier 1956, il était aux côtés de ses camarades étudiants musulmans de l’université d’Alger lors de la manifestation organisée par la section d’Alger de l’UGEMA, suite à l’assassinat de l’étudiant Belkacem Zeddour et du docteur Benaouda Benzerdjeb ; cette manifestation qui fut d’ailleurs le prélude à la grève générale illimitée déclenchée le 19 mai 1956». Avant d’évoquer les circonstances de la disparition de la mort de Maurice Audin, en s’appuyant sur le témoignage de son épouse ainsi que sur les écrits d’Henri Alleg et du docteur Georges Hadjadj, M. Rebah mettra en relief que le défunt engagea toute sa vie dans une voie pleine de courage : Détruire l’ordre colonial sanglant, insultant raciste, pour construire, avec le peuple libéré, une société juste, solidaire, fraternelle. Il rappelle qu’afin de perpétuer le souvenir du brillant mathématicien, symbole de l’intellectuel engagé, mort pour que vive l’Algérie, son pays, la République algérienne reconnaissante donna, le jour de la célébration de l’an I de l’indépendance, le nom de Maurice Audin à la place centrale d’Alger, en contrebas de l’université où il mena de brillantes recherches. Le 19 mai 2012, à l’occasion de la célébration de la journée nationale de l’étudiant, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique inaugura la plaque commémorative scellée au mur de l’université d’Alger, près de la librairie qui porte le nom du mathématicien martyr.

Le prix Maurice Audin sera décerné le 18 juin  à l’institut Henri Poincaré
Intervenant, pour sa part, M. Hacène Belbachir, professeur de mathématiques à l’université des sciences et des technologies Houari-Boumediène (USTHB) évoquera le prix Maurice Audin ;  un prix qui est décerné conjointement par une partie française et une partie algérienne, relève l’orateur. Et d’ajouter : «Concernant la partie algérienne, c’est la direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique, dirigée par le professeur Hafidh Aoureg qui accepté, depuis 2009, de donner ce prix conjointement avec la partie française.
La partie française était prise en charge depuis 2004 jusqu’à cette année par l’association Maurice Audin. Depuis cette date, l’association Maurice-Audin le fait en partenariat avec l’IHP (l’institut Henri Point Caré) dirigé par un médaille-Fields — l’équivalent du prix Nobel en mathématiques — qui s’appelle Cédric Villany ». C’est lui, en fait, explique M. Belbachir qui va décerner le prix,  le 18 juin 2014, à l’institut Henri Point Caré.
Il convient de rappeler, enfin, que le prix Maurice-Audin, créé en 1957 à Paris est décerné, chaque année depuis 2004, par l’association éponyme, établie en France, pour honorer, une fois par an, deux mathématiciens des deux rives de la Méditerranée. 
Désormais, ce prix sera décerné «tous les deux ans et sera pris en charge par une institution française officielle», note M. Hacène Belbachir.
Soraya Guemmouri

---------------------------------

La lettre envoyée par Josette Audin au Président de la République française le 24 février 2014, pour connaître la vérité sur  les circonstances de l’assassinat de son mari :

Monsieur le Président de la République
Voilà près de 60 ans que mon mari, Maurice Audin, a été arrêté, torturé et exécuté par les parachutistes de l’armée française pendant la Guerre d’Algérie.
Après votre élection à la Présidence de la République, je vous ai écrit une première fois pour vous demander la condamnation des méthodes préconisées par les gouvernements français et utilisées par l’armée française pendant la Guerre d’Algérie, et l’ouverture des archives concernant mon mari.
Pour les archives et à votre demande, le ministre de la Défense m’a communiqué ce qui se trouvait dans son périmètre. Mais, comme il en a lui-même convenu, il n’y a rien de très intéressant dans ces documents, qui reprennent la thèse officielle de l’évasion préconisée à l’époque.
Mais si ces archives ne révèlent rien sur les tortures subies par Maurice Audin et sur la façon dont il a été assassiné, elles révèlent la responsabilité de l’Etat de l’époque et sa volonté d’empêcher  la justice de dire la vérité :
– le ministre des Armées a dicté aux militaires ce qu’ils devaient dire au juge
– le général de Gaulle, en accord avec son premier ministre et ses ministres de la Justice et des Armées, a décidé de taire la vérité et d’empêcher l’instruction d’aboutir.
Depuis la fin de la Guerre d’Algérie, l’Etat est silencieux. Et c’est la thèse de l’époque, la thèse de l’évasion qui continue de prévaloir.
Après vous être incliné à Alger, place Audin, devant la plaque honorant Maurice Audin, après m’avoir donné accès aux archives, Monsieur le Président de la République, vous ne pouvez pas laisser perdurer la toujours officielle version de l’évasion.
Le ministre de la Défense a dit récemment à l’Assemblée nationale que ce serait l’honneur du Gouvernement que vous avez nommé que d’avoir contribué à établir la vérité. Sur les faits révélés par les archives, j’ai compris que nous n’irions pas plus loin. La question qui reste, la seule qui importe, celle que je veux vous poser, c’est celle de la reconnaissance — ou non — par l’Etat de la responsabilité de l’Etat de l’époque dans la disparition, c’est-à-dire dans l’arrestation, la torture et l’exécution de Maurice Audin.
Mais c’est aussi celle de la condamnation de la torture et des exécutions sommaires commandées par les gouvernements successifs de la France pendant la Guerre d’Algérie.
J’espère, Monsieur le Président, que la sensibilité que vous avez manifestée à Alger en décembre 2012 saura mettre un terme au mensonge d’Etat concernant mon mari, et je vous prie de croire à l’expression de mes sentiments respectueux.

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions