mercredi 25 avril 2018 13:33:57

« Issefra », le nouvel album d’Ait Menguellet : L’éloquence du verbe mise en musique

Le chanteur adulé ici et ailleurs par ses nombreux fans nous est revenu pour cette saison estivale qui débute, avec un enregistrement CD de huit titres phares, dont on aurait pu penser qu’ils marquent de part leur contenu et les arrangements musicaux, une nouvelle étape dans la carrière jalonnée de succès.

PUBLIE LE : 10-06-2014 | 0:00
D.R

Le chanteur adulé ici et ailleurs par ses nombreux fans nous est revenu pour cette saison estivale qui débute, avec un enregistrement CD de huit titres phares, dont on aurait pu penser qu’ils marquent de part leur contenu et les arrangements musicaux, une nouvelle étape dans la carrière jalonnée de succès. Pourtant, il n’en est rien sur le plan des mélodies que nous a habituées à écouter Ait Menguellet chez qui la fidélité et quelques vérités apportées n’ont pas changé de cap. Il faut dire que le barde de la chanson kabyle s’est façonné une image et un style qui lui collent à la peau, une manière d’être  qui a fait depuis longtemps sa renommée sur la scène artistique et qui renforcent un peu plus nos convictions quant à la matière textuelle inspirée directement de la versification dans une langue qui s’y prête à souhait et d’un certain regard philosophique sur la vie, le temps qui passe inexorablement modelant notre perception d’un monde qui subit des modifications hallucinantes, des amitiés qui se font et se défont au gré des événements, de la place de la femme algérienne dans une société qui évolue en dents de scie avec ses paradoxes et ses réalités nouvelles, des préoccupations bassement matérielles qui rongent notre univers social et bien entendu de l’amour qui dans la langue kabyle se conjugue au féminin, l’amour comme valeur impérissable et sans lequel les hommes ne seraient absolument rien ou si peu de choses sur cette terre.
Autant de thème que le chanteur aborde traditionnellement avec sa voix mélodieuse qui constitue à elle seule la marque originale sur laquelle repose une âme et un esprit typiquement kabyles et qui exaltent dans un souffle qui conserve sa propre rythmique l’espace nostalgique du terroir. Dans ce nouvel opus Ait Menguellet n’a à proprement parler pas eu besoin de s’appuyer sur des chansons caractérisées par une création musicale se référant à des mélodies nouvelles, c’est tout juste si les couplets des titres interprétés avec la même intention esthétique suivent dans une progression mesurée le texte.
Ce dernier qui repose sur une prosodie chantée qui égrène des thèmes universels, est la substance primordiale de la chanson car c’est sur son contenu que repose toute la signification première, celle-ci induisant la forme des messages transmis et de l’émotion ou de l’état d’âme que ces derniers suscitent chez l’auditeur. Le titre de l’album qui fait explicitement référence à la poésie chantée est à lui seul un clin d’œil de l’artiste à la thématique principale de cette production qui se voudrait être une parfaite déclamation qui prend tout à la fois les allures d’une vérité générale colportée par les aèdes d’un temps révolu ainsi que les sentiments intrinsèques de l’artiste. La couleur et le ton est ainsi donné lorsque le chanteur évoque son art et sa maîtrise : « Si le don de l’éloquence t’est donné / Sème les mots pour qu’ils germent / Parfois ils donneront de bons fruits / Parfois ils s’épanouiront en lauriers roses / Parfois ils s’envoleront tels des oiseaux / Et visiteront le pays … » (Poèmes). Le chanteur qui met ses déclamations en musique, attire l’attention de celui qui l’écoute en enveloppant en quelque sorte ses pensées les plus secrètes, celles qui du moins lui auront inspiré pendant quelques minutes une chanson et sa mélodie, dans des vers tissés dans une simplicité extraordinaire et moulés dans une modernité qui fait sens et donne parfois quand la phrase est enrobée de poésie matière à la réflexion philosophique. Ainsi lorsqu’il chante la femme kabyle que les coutumes anciennes dénigraient et empêchaient l’épanouissement et les élans de liberté. On sait que dans bien des familles algériennes, sa naissance était pour ainsi dire assimilée à un deuil alors que comme le chante si bien Ait Menguellet sur cette femme qui peut être la sœur, l’épouse, la fille et la mère que repose toute l’humanité et l’équilibre harmonieux de la cité rêvée. A travers cette chanson le poète exhorte ses semblables à reconnaître la lutte de cette femme brimée dès sa naissance et condamnée à un funeste sort : « Qu’elle se dissimule sous un voile / Ou qu’elle laisse retomber ses cheveux / Si les proches la jalousent, si la lune l’envie / Il faut qu’elle se fasse discrète / Cloîtrée ou bien au dehors / Elle a tant supporté et enduré notre arbitraire ! / Reconnais-la elle est ton épouse (…) Elle est la femme, elle est notre pilier. » Dans d’autres titres le chanteur parle du temps qui continue sa course et qui ne laisse dans son cœur plus aucun repère, lui dérobant son âme et ses précieux moments, ce temps comme il le chante si bien qui passe inéluctablement et qui jamais ne rebrousse chemin emporte avec lui les souvenirs du poète et de sa jeunesse passée à évoquer la vertu humaine comme les passions amoureuses : « Je vis passer l’amour / Cherchant après un poète / Elle demanda : qui puis-je inspirer ? Qui en a encore le temps ? Je répondis : Tu as trouvé celui qu’il te faut / Ne cherche donc plus, je suis de ceux qui te connaissent. » (J’ai vu…)

Lynda Graba

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