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Au Pied de la Lettre, A l’orée d’un livre : Décidément, les Croisades ne sont pas si loin

L’essai du professeur Chems Eddine Chitour sur la question palestinienne est, en tout point, non seulement un ouvrage-clé pour la bonne compréhension de la poudrière qu’est cette région, mais ô combien bienvenu.

PUBLIE LE : 10-06-2014 | 0:00
D.R

L’essai du professeur Chems Eddine Chitour sur la question palestinienne est, en tout point, non seulement un ouvrage-clé pour la bonne compréhension de la poudrière qu’est cette région, mais ô combien bienvenu. Il dégage des points-forces à travers ses dix chapitres qui permettront à son lectorat de déchiffrer le ou plutôt les nœuds gordiens et dont, en un premier temps, pourraient donner à penser qu’ils sont intaillables. La préface signée Ismaël Hamdani introduit l’essai avec grande clarté et en appelle à sa rapide traduction en langue arabe, ainsi qu’en langue anglaise.
Le premier chapitre est entièrement consacré à l’histoire de cette région, histoire remontant au Néolithique. Cananéens avec la petite ville de Ourousalim (Jérusalem), puis les Philistins (Palestine), la colonisation romaine, les croisades l’Empire ottoman. Donc pays carrefour entre trois continents : Afrique, Asie et Europe. C’est sa chance et son malheur. Mille fois convoité, mille fois assujetti.
Mais là où l’auteur déconstruit totalement le mythe sioniste est de bien nous informer qu’à aucun moment donné, ces fameuses tribus juives, soi-disant chassées d’Égypte par Pharaon, sont parties s’installer dans leur pays «d’origine». La réalité est tout autre. Ces tribus sont venues conquérir manu militari des territoires qu’elles ne connaissaient ni d’Eve ni d’Adam. Exit le mythe de la «terre promise» dont le lobby sioniste hier et l’État d’Israël aujourd’hui nous rabat les oreilles depuis près d’un siècle et demi. Là, le professeur Chitour  pose une première problématique de taille. N’y a-t-il eu pas confusion bien entretenue entre Peuple juif et religion juive, et ce de la part des premiers idéologues du sionisme, à savoir Théodore Herzl, et ce dès le fin du XIXe siècle (1897) avec l’idée vitale de créer un «État des juifs». Nous ne nous attarderons sur la notion de «vitale» reprise maintes et maintes fois dans des centaines de discours et déclarations de responsables du pouvoir israélien et qui n’est point sans rappeler la notion d’espace vital chère à leur plus grand bourreau durant la Seconde Guerre mondiale et initiateur des camps de la mort.
L’auteur revient sur les origines du sionisme. Montée et persécution anti-juifs en Europe (affaire Dreyfus), pogroms dans les pays de l’Europe orientale, ghettoïsation, etc. Alors il pose cette question légitime : qui est donc à l’origine de la persécution pérenne des juifs ? Le monde arabe, qui de l’Andalousie, en passant par le Maghreb jusqu’aux confins du Proche-Orient a toujours vécu en bonne intelligence avec cette communauté ou le monde occidental qui d’Isabelle la très catholique reine d’Espagne jusqu’aux exterminations nazies, n’en finissait pas de rédiger leur chant funèbre. Durant près de quatre chapitres avec précision (documents à l’appui/ déclarations/ faits historiques) lucidité, sans jamais se laisser prendre au piège du passionnel, l’auteur analyse minutieusement, méthodiquement, les premières origines du drame palestinien. Origines dont le lobby juif est loin d’être le seul accusable. La Grande-Bretagne, à qui a été conféré mandat sur cette région (déclaration de Lord Balfour), puis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les USA, la France, l’Allemagne, l’Italie, notamment, pays mus et jusqu’à ce jour par un indicible sentiment de culpabilité sont loin d’être en reste.
En réalité, comme le souligne avec pertinence le professeur Chitour, il y a eu une sorte de «deal» entre eux. Le futur État d’Israël deviendra le point de fixation, le rempart de la civilisation judéo-chrétienne contre la barbarie arabo-islamique.

Décidément, les Croisades ne sont pas si loin
Cependant, ce «deal» a un coût.
 Le lobby juif de part le monde, et son antenne Israël tiennent ce discours aux puissances occidentales : «Vous devez expier vos fautes envers le peuple juif, alors payer !» En monnaie sonnantes et trébuchantes (armements hypersophistiqués, prêts exorbitants, transferts de technologies de pointe) et en soutiens politiques (fi ! des résolutions de l’ONU-plus de 40 non appliquées du fait des vetos, particulièrement des USA- ; fi ! de votre politique au Moyen-Orient, nous vous indiquerons la marche à suivre (Libye, Irak, Syrie, Liban, Iran).
L’auteur nous résume, dans deux ou trois chapitres, la formidable puissance et influences des lobbies israéliens sur le plan planétaire, et plus notablement aux USA (l’AIPAC) et en France (le CRIF).
Pour l’anecdote, chaque année, ces deux «associations» organisent de grands dîners destinés à soutenir la lutte contre les persécutions anti-juives de part le monde et dans le même temps à apporter leur soutien à Israël. Ah ! confusion bien entretenue quand tu nous tiens. Le beau monde y est bien sûr invité (participation payante), hommes politiques influents, journalistes, penseurs, personnalités du spectacle, etc. Gare à vous si vous êtes absent, à jamais vous serez taxé d’«antisémite».
La liste des «pestiférés» est longue. Citons-en quelques uns : Raymond Barre, Siné, Stéphane Hessel, Edgar Morin, Oliver Stone, Pascal Boniface, l’Abbé Pierre, etc. Mais gare à une analyse par trop simplificatrice ! L’auteur attire notre attention avec perspicacité que si ces lobbies et Israël exercent ce «chantage» ou encore, selon ses propres  termes, l’industrie de l’holocauste, sur certains pays occidentaux (en réalité les plus puissants de la planète, autant choisir ce qu’il ya de mieux, n’est-ce pas ?), ceux-là même y trouvent aussi largement leur compte. Le fameux «ched, med».
Le dernier chapitre, après un assez complet historique de la résistance palestinienne, de ces différentes formations, et des grands hommes politiques qui on été à son origine (tout particulièrement feu Yasser Arafat) en vient à nous brosser un tableau très exhaustif des grands étapes tant des différents conflits que des dizaines de pourparlers publics ou secrets entre les différents belligérants.
La conclusion de l’auteur est claire. Même si parfois son optimisme à penser qu’une solution pacifique peut exister est loin d’être partagée par tous. Seule solution : deux États. Démocratiques et laïcs. Viables économiquement.. Une réelle paix durable, paix mise en place par les instances internationales garantissant, de façon équitable, des frontières pérennes  et intransgressibles.
Cependant, et c’est en cela que cet essai est étonnamment lucide, son auteur est à la fois empli d’espoir, mais — car il y a un mais — il avertit son lecteur que tant que l’État d’Israël se considèrera non plus comme un État multiconfessionnel, multiethnique, mais comme un État juif, raciste et prônant non seulement des visées territoriales hégémoniques de plus en plus voraces et un nettoyage ethnique et religieux de plus en plus violent. Alors, le dialogue est impossible, voué par avance à l’échec.
Des pourparlers, oui, mais juste  pour parler et avec toutes les représentations politiques de la planète, sauf avec les Palestiniens. Voilà la politique israélo-sioniste depuis près d’un demi-siècle. Avant de conclure, remercions vivement Madame Faryal Chitour, épouse de l’auteur sans qui cet ouvrage n’aurait pu voir le jour et qui, aux dires du professeur Chitour lui-même : «Sans ma femme, son aide précieuse dans mes recherches, sa ténacité, son abnégation, je n’aurais jamais entamé un tel travail.» Un essai dense, abondant d’informations et de références bibliographiques, excellemment structuré, qui apporte des éclairages nouveaux, originaux sur la face noire du sionisme et le  calvaire du peuple palestinien.

Palestine, le calvaire d’un peuple, du professeur Chems Eddine Chitour. Éditions Casbah, 2013.

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