dimanche 23 septembre 2018 21:59:20

Rétrospective du festival international de Béchar : La musique diwane, un art authentique qui a su garder son originalité

Le diwan est un art entier qui a su garder son originalité en dépit du temps et des tentatives de modernisation ou de fusion musicales.

PUBLIE LE : 05-06-2014 | 0:00
D.R

Le diwan est un art entier qui a su garder son originalité en dépit du temps et des tentatives de modernisation ou de fusion musicales.

Les grandes richesses de cette expression musicale et chorégraphique qui vont au-delà du simple style musical avec tous les mythes, les mystères, les secrets, les répertoires et les versions différents qui gravitent autour du diwane n’ont pas laissé les organisateurs algériens indifférents quant à la sauvegarde de ce riche patrimoine. En effet, deux festivals consacrés au diwan ont vu le jour lors du premier Festival national qui se tient annuellement à Béchar et qui en est à sa huitième édition, un Festival qui donne l’occasion à une quinzaine de troupes du territoire national de s’exprimer et de partager leur savoir-faire avec trois prix décernés à la fin du festival. Le deuxième est d’ordre international et il se tient chaque année à Alger en invitant des troupes des différents pays pour un partage musical et un échange d’expérience et de savoir-faire.
L’origine de cet art remonte selon diverses sources historiques à l’époque des Almohades par la voie forcée de l’esclavage, des milliers de subsahariens avaient été ramenés pour servir sur les différents chantiers du même empire en tant que menuisiers, forgerons, puisatiers etc. Etant en marge de la société, ajoutant à cela les dures conditions dans lesquelles ils vivaient, les gnawas organisaient le soir, après une dure journée de travail des soirées entre eux où les sons du guembri, des karkabou et les danses qui mènent à la transe leur permettaient d’oublier leur conditions pénibles de travail, tout cela on invoquant Allah le Tout-Puissant, le Saint prophète Mohamed (QSSSL), et les différents saints auxquels se rattachaient leurs confréries.
Hormis la grande polémique de l’appartenance du diwan algérien, du stambali tunisien et du gnawi marocain, une autre polémique se développe chaque année, il s’agit de la fusion entre les genres, et qui caractérise l’industrie musicale mondiale.
Certaines voix s’élèvent, notamment celles des conservateurs, qui insistent sur le rituel diwan qui comporte l’initiation de «la Leila» et la stricte utilisation des trois instruments du diwan, à savoir le guembri, le t’bel et le kerkabou, mais d’autres jouent le diwan à l’échelle internationale, à l’instar du maelem Medjber, membre du jury du festival national de la musique diwane : «Je suis un producteur de la musique diwane et je travaille dans mon propre studio, j’ai déjà fusionné le diwan avec le jazz, le country et le blues, et actuellement, je creuse dans les sonorités arabes et algériennes, et je le chante en langue arabe, je suis entièrement pour la fusion de la musique diwane avec d’autres genres musicaux», a-t-il noté. Même constat fait par la jeune troupe Safari, crée en 2013 par Zaki Mihoubi, un féru du gnawi qui est également journaliste à la radio internationale, faisant partie de la compétition officielle de la huitième édition du festival, ce jeune talent compose un tandem de choc avec Walid Behhaz, qui a joué avec virtuosité des sonorités authentiques avec son guembri qui date de 60 ans : «Ce guembri est un lègue familial, il a été transmis de père en fils, j’ai modernisé ce guembri en lui ajoutant une corde de fil, et une autre au fil d’une canne à pèche, avec également une corde faite à base de l’intestin d’un bouc, ce qui donne une sonorité grave et aigue à la fois», a déclaré Walid Behhaz qui a fait escale à Safari après des passages aux formations algéroises telles Diwane Dzair de son oncle, le charismatique maelem Benaissa, diwane el bahdja et enfin ouled Haoussa.
Cette jeune création va au-delà du statut d’un groupe, il s’agit d’un projet selon Zaki Mihoubi : «Je l’ai baptisé "Safari gnawa Project", une sorte d’exploration en Afrique dans l’esprit musical, avec un certain nombre de bradjs et de trouhs du gnawi algérien. On maintiendra le gnawa traditionnel, avec ce que j’appelle le phénomène hippie-gnawa, ça donne un statut social que ça donne sur le plan artistique avec une ouverture aux autres styles musicaux», a-t-il souligné.
Rencontrée à Béchar lors de la huitième édition du festival national de la musique diwane qui s’est tenu du 23 au 29 mai dernier, Tamara Turner, une académicienne américaine qui a déjà effectué son master dans une université anglaise sur le thème du gnawi marocain, elle prépare à présent un doctorat en musicologie sur le diwane algérien, elle raconte comment elle a eu le coup de foudre pour cette musique : «Je travaillais dans une maison de disques à Portland à l’Oregon, j’étais chargée de faire la sélection des disques qui méritent une édition, et parmi les centaines de tubes qui défilaient, la sonorité gnawi m’a ensorcelée, j’ai donc mené des recherches et je suis actuellement en train de préparer mon doctorat sur la musique diwane que je trouve fabuleuse, de par ses origines, mais aussi ces rituels qui doivent faire l’objet de plusieurs recherches académiques », a-t-elle révélé.  Tamara joue également du guembri, sa rencontre avec de grand mqadam Ami Brahim lui a permis de pratiquer la musique algérienne dans la tradition pure. Elle s’est dite heureuse de faire partie du festival qui tire sa force de la possibilité de faire des liens artistiques à travers de grandes distances : « ce fut une excellente occasion d’entendre de nombreux musiciens de tous les âges jouer jours et nuits et de participer des conversations, rencontres et des débats sur le diwane, qui est une tradition vivante avec de nombreuses particularités régionales qui le rendent riche et profond ».
Faire du rituel diwane un objet d’étude académique est à présent plus qu’une nécessité, notamment après le grand écho que cette musique originale et ancienne trouve auprès de la jeunesse algérienne, une musique hors du temps qu’il faudrait introduire dans les écoles et conservatoires algériens car elle fait partie du patrimoine algérien e dont la diversité et la pluralité culturelle de notre pays sont des paramètres dont il faudrait tenir compte aujourd’hui.
    Kader Bentounès
 

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