lundi 18 dcembre 2017 21:37:34

Hommage a Mohamed Khemisti au Forum de la Memoire d’El Moudjahid : Le premier ministre des Affaires étrangères de l’Algérie indépendante

Ali Abdellaoui, ami et chef de cabinet de Mohamed Khemisti : « Un homme profondément humain, modeste et respectueux »

PUBLIE LE : 04-06-2014 | 0:00
Ph :Nacera

« Du Mouvement estudiantin, à la diplomatie », c’est l’intitulé de la conférence historique, organisée, hier, par le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’Association Machaal Echahid, en hommage au premier ministre des Affaires étrangères de l’Algérie indépendante, Mohamed Khemisti.

Le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, dont l’ambition n’est pas de se substituer au travail des historiens, a pour devise   « afin que nul n’oublie ». C’est dans cet esprit que s’inscrit l’hommage consacré à Mohamed Khemisti. Le chef de la diplomatie algérienne dans le premier gouvernement de l’Algérie indépendante est présenté par ses compagnons dans la lutte contre le colonialisme, le professeur Djenass, Salah Belkobi, Ali  Abdelaoui  et Laid Lachgar, comme un homme modeste et exceptionnel. En présence des membres de la famille du défunt, de moudjahidine, de l’ancien chef du gouvernement et ancien ministre des Affaires étrangères, M. Si Ahmed Ghozali,  l’historien Mohamed Abbès, qui s’est spécialisé dans la biographie des personnalités nationales, et des artisans de la Révolution a fait un bref exposé sur le parcours de Mohamed Khemisti. Aussi pour ceux qui ne connaissent pas, ce brave enfant d’Algérie,  il est né le 11 août 1930 à Maghnia. Issu d’une famille très modeste, il réussit tout de même à obtenir son certificat d’études primaires (CEP). Brillant élève, il abandonnera ses études, en raison de la situation économique critique de sa famille. Cependant, il ne renoncera pas à sa quête du savoir. Il poursuivra ses études par correspondance.
Après avoir réussi un concours à Oran, il se retrouvera plus tard élève au lycée Ardaillon (aujourd’hui lycée Ben Badis à Oran) et finit par obtenir le baccalauréat. Il décida alors de partir en France pour poursuivre ses études supérieures et s’inscrit à l’université de médecine de Montpellier, dans le Sud, et c’est tout naturellement qu’il adhéra au syndicat des étudiants. Ainsi, il activa au sein de l’UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens).
Mohamed Khemisti rejoint les rangs du FLN dès le déclenchement de la guerre de Libération nationale. Le 12 novembre 1957, il est arrêté par la police française. Après quelques jours de détention, il est transféré à la prison Serkadji, puis vers une prison française. Il écrira d’ailleurs un livre sur la prison Serkadji (Barberousse). Après quelques mois de détention, il est mis en liberté provisoire, cela lui a permis de retrouver ses anciennes connaissances et d’activer au sein de la Fédération de France du FLN et, également, de reprendre ses études de médecine. Il partit, ensuite, en Suisse, d’où il fut appelé, après le cessez-le-feu, au cabinet de Belaïd Abdeslam, alors délégué aux affaires économiques de l’exécutif provisoire de l’Etat algérien, installé à Rocher-Noir (Boumerdès). Il sera ensuite appelé par le chef de l’exécutif, Abderrahmane Farès, pour occuper le poste de directeur de cabinet.
A l’âge de 32 ans, le 28 septembre 1962, il fut nommé ministre des Affaires étrangères. En novembre 1962, il accompagna le président Ben Bella à l’ONU, puis à Cuba. Le 11 avril 1963 , accompagnant son épouse à l’Assemblée nationale où ils avaient participé à un débat, Mohamed Khemisti, à sa sortie du siège, a été victime d’un attentat. Après une quinzaine de jours, le 4 mai 1963, il rendit l’âme à l’hôpital Mustapha d’Alger. Après des funérailles nationales, sa dépouille a été inhumée à Maghnia, sa ville natale. Il n’avait que 33 ans.
Nora Chergui

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Ali Abdellaoui, ami et chef de cabinet de Mohamed Khemisti :
« Un homme profondément humain, modeste et respectueux »
C’est durant notre cursus estudiantin que j’ai entendu parler de Khemisti. Puis, je l’ai connu et nous avons milité ensemble. En septembre 1962, Khemisti a été nommé au poste de ministre des Affaires étrangères et il sollicita ma collaboration fraternelle en tant que chef de cabinet où je me suis retrouvé en compagnie de Laid Lachgar.  J’ai  entendu évoquer le nom de Khemisti pour la première fois, en janvier 1956, à Paris au siège de l’AEMNA. Par la suite, j’ai  rencontré Khemisti lors du 2e congrès de l’UGEMA tenu à Paris, du 24 au 30 mars 1956, dont il présida les assises. J’étais alors, membre de la délégation de Paris. A la satisfaction unanime, le défunt s’est parfaitement acquitté de sa mission et il  m’apparut un homme profondément humain, modeste et respectueux, ce qui n’excluait pas cependant des manifestations de combativité, de pugnacité.
Au terme du congrès soldé par sa résolution historique engageant l’UGEMA ouvertement dans la mouvance FLN, nous étions élus tous les deux membres du comité directeur et nous eûmes à  activer ensemble, chacun dans son secteur, lui comme président de la dynamique section de Montpellier et moi comme secrétaire général adjoint du comité exécutif, la présidence étant assurée par Mouloud Belahouane et le secrétariat général par Abdelkader Belarbi. Nous allions surtout engager nos étudiants dans une nouvelle dynamique de militantisme qu’allait engendrer l’appel historique du 19 mai 1956 lancé par notre section d’Alger et relancé à partir de Paris pour une longue déclaration du comité directeur auquel étaient associés dans sa rédaction des figures historiques du mouvement étudiant algérien. Cette déclaration du 26 mai 1956 fut adoptée après une analyse approfondie et un débat responsable. La décision de l’UGEMA de grève illimitée des cours et des examens et le boycott des universités françaises ébranla les milieux étudiants, enseignants et intellectuels français, et au-delà partout dans le monde parmi la multitude d’organisations estudiantine et de jeunesse qui nous manifestèrent tout au long de cet engagement une solidarité revigorante. Il nous appartenait de faire fructifier ce capital, en faveur de notre guerre de Libération nationale. Dans cette mission, Khemisti allait jouer un rôle remarquable d’autant qu’il a été appelé à assumer en novembre 1956 les fonctions de SG du comité exécutif en remplacement de Si Belarbi, qui a décidé en octobre 1956 de rejoindre les maquis dans sa région natale.
En août 1957, Khemisti présida une importante délégation algérienne au festival de la jeunesse et des étudiants à Moscou où il présida une importante délégation algérienne au festival de la jeunesse et des étudiants. J’avais participé, pour ma part, au comité préparatoire en juillet 1956.
La délégation algérienne a rayonné, drapeau national largement déployé au cours du défilé d’ouverture. Notre délégation fit des merveilles avec sa troupe artistique et son équipe de football. Quant à Khemisti, épaulé par certains membres de la délégation, il anima de multiples débats, celui avec la délégation française a été rapporté en ces termes par Hervé Hamon et Patrick Rotman dans leur livre Génération : « Le procureur principal, un nommé Mohamed Khemisti, développe à nouveaux ses griefs. Le ton est acerbe et il se durcit encore jusqu’à devenir violent.»
A son retour en France, Khemisti est arrêté à Montpellier, le 12 novembre 1957, et transféré illico à Alger. Son arrestation donna lieu à de nombreuses manifestations de protestations dans le monde.
Très vite, lors de son transfert à la prison d’El Harrach, les détenus politiques l’ont adopté et l’ont désigné comme leur responsable. Deux ans après, Khemisti est transféré à la prison de la Santé. Libéré en novembre 1959, il est astreint à résidence surveillée à Paris où il poursuivra discrètement son militantisme. Après les rafles massives d’octobre 1961, il quitte la France et va en Suisse. A Lausane, il s’inscrit à la fac de droit et à l’école des sciences politiques. Au lendemain de la signature des Accords d’Evian, il rejoint Rocher Noir en tant que directeur de cabinet du président de l’exécutif provisoire, le défunt Abderrahmane Farès.
En septembre 1962, élu à l’Assemblée constituante, Ben Bella lui confie le prestigieux poste de ministre des Affaires étrangères. Il l’accompagne aux Etats-Unis et à Cuba. A son retour, il entame une première structuration de son ministère.
Soraya G.

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Professeur Djennas  :
« Une amitié profonde et une considération sans limite nous unissaient »
« Lorsque j’ai vu vivant, pour la dernière fois, Mohamed Khemisti, c’était à Rabat, au lendemain du cessez-le-feu. Une amitié profonde et une considération sans limite nous unissait. De Rabat, il me téléphona, je l’ai rejoint à Meknès et le lendemain, nous nous sommes rencontrés. Fin mars, début avril,  1962, j’étais à mille lieues de penser qu’un an après, Mohamed serait victime d’un tragique attentat. J’ai fais la connaissance du défunt en 1952-53 à Montpellier. Un jour, Mohamed Ferradi, vivant actuellement à Oran, m’informa de l’arrivée à Montpellier d’un jeune qu’il lui paraissait sortir du commun. Tout naturellement, je lui ai demandé de me le présenter pour faire sa connaissance. J’étais à l’époque un des aînés des étudiants à Montpellier. De suite, j’ai été frappé par le sourire angélique de Khemisti Mohamed, par sa courtoisie, cette délicatesse exquise qui ne reflétait pas du tout les difficultés qu’il avait connues quand il était adolescent et qu’il entreprenait ses études. C’était un garçon extrêmement agréable, très détendu et très serein. Mais c’était en même temps, un homme d’une détermination extraordinaire. J’ai tout de suite remarqué chez lui un profond patriotisme, un patriotisme sans égal. Il avait une certaine ambition, mais une ambition au service de ce peuple. Telles étaient mes premières impressions. Au fil des mois et au fil des années, ces impressions se sont confirmées et amplement. »
 S. G.

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