mardi 17 octobre 2017 13:56:29

Enfumades de Mazouna : Un sinistre épisode des crimes coloniaux

Enfumades : Mazouna résiste dans la nuit coloniale est l’intitulé de l’ouvrage de l’illustre militant pour l’indépendance nationale Benali Boukortt, un récit de faits de guerre, et de résistance contre l’occupation coloniale, qui se sont déroulés dans la ville historique de Mazouna et dans la région des monts du Dahra (triangle Ténès, Cherchell, Miliana) entre 1840 et 1845.

PUBLIE LE : 04-06-2014 | 0:00

Enfumades : Mazouna résiste dans la nuit coloniale  est l’intitulé de l’ouvrage de l’illustre militant pour l’indépendance nationale  Benali Boukortt, un récit de faits de guerre, et de résistance contre l’occupation  coloniale, qui se sont déroulés dans la ville historique de Mazouna et dans la région des monts du Dahra (triangle Ténès, Cherchell, Miliana) entre 1840 et 1845. Ce récit inédit, qui vient d’être publié à titre posthume, à Paris, aux éditions Alpha barre, évoque les destructions, les incendies, les pillages et l’extermination, à grande échelle, par enfumades perpétrées dans les grottes  Ghar El Frachih, lieu de génocide où se sont réfugiés hommes, femmes, enfants et troupeaux des Ouled Riah, livrés à une guerre ravageuse, fondée sur la razzia et la dévastation systématique des régions résistantes, pour achever l’occupation totale de l’Algérie.  
Dans cet ouvrage de 200 pages, préfacé par l’anthropologue et éditeur Chekib Abdessalem, l’auteur apporte ainsi une précieuse contribution à la mémoire du peuple algérien, à travers une large fresque de la résistance nationale dans cette région qui s’est distinguée dès l’invasion et le début de l’occupation française, par des évènements tragiques à inscrire dans les pages noires de l’histoire universelle.          
A travers le récit, quelques noms émergent dans la triste relation de la résistance du Dahra et des odieuses enfumades des grottes Ghar El Frachih, tels que ceux de Bugeaud, Pélissier, de Saint Arnaud, ainsi que les fiers et héroïques résistants au système colonial et ses pratiques barbares, Sidi Mohamed Ben Abdallah, dit Bou Maaza, et l’Emir Abdelkader Ben Mohieddine. Benali Boukortt qui revient sur les atrocités de la colonisation évoque alors la méthode, inédite jusque-là, avec laquelle se sont illustrés les envahisseurs,  consistant à enfumer et incinérer vivantes les familles qui se sont réfugiées  dans les grottes où elles ont cru être en sécurité, après avoir fui leurs habitations détruites ou incendiées. « Un génocide qui s’inscrit parmi les tristes pages du martyrologe de l’humanité », commente l’auteur. Enfumades pour réduire l’ampleur de la résistance. Il relate alors qu’à Orléanville (Chlef) le 11 juin 1845, le maréchal Bugeaud conseille à ses subordonnés pour réduire l’ampleur de la résistance des populations de la région, n’ayant pas accepté le joug des envahisseurs français : « Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, (...) enfumez-les à outrance comme des renards. »  Le colonel Pélissier, écrit encore l’auteur de l’ouvrage, n’hésita pas  à asphyxier, après de terribles et interminables souffrances, plus de 1.000 personnes, hommes, femmes et enfants, des Ouled Riah, « fiers montagnards du Dahra », pourchassés jusque dans ce refuge par une colonne de 2.500 militaires de l’armée d’occupation.  Après son forfait, relate l’auteur, Pélissier répond : « La peau d’un  seul de mes tambours avait plus de prix que la vie de tous ces misérables », en allusion aux centaines de victimes enfumées, sans état d’âme, sous ses ordres, les 18 et 19 juin 1845. « L’un des pires massacres commis par l’armée d’occupation »  en Algérie, attestent les historiens. Benali Boukortt souligne aussi qu’ « au lieu d’être flétris et cloués au pilori de l’opprobre et du déshonneur national, les criminels de guerre, en la personne de Bugeaud, Pélissier, de Cavaignac, de Saint Arnaud, ou de tant d’autres, ont, au contraire, été les gloires nationales françaises et grimpé dans leurs promotions en grades et en décorations». Inepties du discours officiel français, il analyse par ailleurs, les inepties du discours officiel français  et démonte les thèses que les chefs militaires présentaient pour justifier ce qu’ils avaient ordonné d’exécuter, tels que les déclarations de Bugeaud qui  qualifie d’ « évènements inévitables » ce qui s’est produit dans le Dahra, pour blanchir l’armée coloniale de son implication dans cette sinistre tragédie.

DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions