dimanche 21 juillet 2019 19:04:09

Projection en avant-première de Révolution Zendj, de Tariq Teguia : Le destin croisé de moult révolutions

Le dernier film du cinéaste algérien Tariq Teguia, Révolution Zendj, a été projeté dimanche, à la salle Ibn Zeydoun d’Alger, en avant-première nationale.

PUBLIE LE : 03-06-2014 | 0:00
D.R

Le dernier film du cinéaste algérien Tariq Teguia, Révolution Zendj, a été projeté dimanche, à la salle Ibn Zeydoun d’Alger, en avant-première nationale. Sortie en 2013, cette production algéro-libano-qataro-française met en liaison les combats et les luttes des uns et des autres, des deux rives de la Méditerranée, tout en essayant de donner une réponse à la mondialisation, avec, notamment, une épopée pour la découverte de la révolution des zendj, révolte des esclaves irakiens contre le pouvoir du califat Abasside au IXe siècle.
Le film, qui est un clin d’œil au film Nahla, de Farouk Beloufa (1979), est un regard ouvert, porté vers l’Est, vers la Grèce en ébullition (crise économique), vers l’Orient du Printemps arabe et l’Orient des Zendj, cette révolte d’esclaves noirs de la région de Bassorah contre le pouvoir du califat Abasside.
Mettant en avant les pérégrinations d’Ibn Batuta (Fethi Ghares), un journaliste-reporter algérien qui a décidé de mener une enquête sur la révolution des zendjs en Irak suite à un reportage qu’il élaborait sur les tensions communautaires à Ghardaïa lorsqu’il a entendu le mot Zendj pour la première fois. Il sera envoyé par son journal à Beyrouth, où il fait la rencontre de Nahla (Dianna Sabri), fille de révolutionnaires palestiniens exilés, qui continue à financer le combat de son pays, grâce à l’argent des étudiants anarchistes grecs.
Le film présenté avec un rythme lent et des plans qui jouent sur le contraste entre les paysages urbains et ceux naturels sublimés a été reçu par le public  de manière différente, selon l’acteur grecque John W. Peake : «Au début de l’audience, il y avait quelques difficultés à comprendre certaines parties historiques, mais au final, c’est tout le monde qui a compris que c’est un film qui essaye de réunir toutes les révolutions et tous les combats pour les droits de l’homme.»
Le film s’applique à montrer des plans, parfois dépassant les 30 secondes, avec peu de musique. «Pour que les choses soient audibles, il faut enlever les sons, le silence peut souvent être éloquent. Durant un film qui dure 137 minutes, il y a à peine 15 minutes de musique, c’est un moyen de faire réentendre les choses telles qu’elles sont en travaillant le creux», a expliqué le réalisateur du film, lors du débat qui a suivi la projection. Après des études de philosophie et d’arts plastiques, le cinéaste ajoute sa touche personnelle dans chacun de ses films, des ombres et des fantômes qui disparaissent dans Inland (son dernier film sorti en 2008), et qui réapparaissent dans Révolution Zendj, avec d’autres désirs et sur les rythmes d’autres vitesses. Des personnages en guise de surface de vibration, qui reçoivent leurs vibrations de l’extérieur et qui réagissent à l’écran.
Au moment où un chef d’un lobby d’entrepreneurs américain marche au Queens à New York, il profère une phrase marquante qui se considère comme le noyau de la thématique du film : «Nous sommes les seuls vrais révolutionnaires de ce monde.» Une phrase qui sonne comme une prise de conscience du contrôle d’un monde, qui demeure à leur vision, un plan géostratégique à embraser. «On peut considérer le groupe d’entrepreneurs américains comme des personnages burlesques et caricaturaux ; il y a cette dimension dans le film, ils nous ramènent à la dureté du monde et rappellent qu’ils sont les auteurs des changements radicaux», a-t-il précisé, avant d’ajouter : «Nous avons beau essayer être dans l’utopie de la révolution, le désir du changement, il faut avoir la force du désir de ces entrepreneurs qui remodèlent des régions entières, qui ont la puissance de leurs intention et qui peuvent changer le monde.» Le film gravite autour d’un seul mot : les révolutions, mais qui les mènent ? Et comment procéder ? Le cinéaste explique, à travers ce film qui essaye d’exhumer les révoltes oubliées des VIIIe et IXe siècles sous le califat Abbasside en Irak, que son œuvre porte à l’écran des obstinations, et qu’il faut voir le modèle des révolutions des zendjs comme un paradis de lutte ancestrale, qui perdurent avec d’autres visages fantomatiques toujours                         à réinventer. «Il y a, dans le              film, des révolutionnaires, des semis-révolutionnaires, des prétendus révolutionnaires, des pseudo-révolutionnaire, ainsi que de potentiels révolutionnaires, mais le plus important, c’est qu’il y a ceux qui les font réellement à leur images», a-t-il noté.
Il est à rappeler que Tariq Teguia a déjà réalisé plusieurs courts métrages, dont Kech mouvement, en 1992, le Chien, en 1996, et Ferrailles d’attente, en 1998, ainsi que des longs métrages comme Rome plutôt que vous, en 2006, et Inland, en 2008. Révolution Zendj a été présenté en avant-première mondiale au Festival international du cinéma de Rome, en décembre 2013. Il a reçu par ailleurs le Grand prix du 28e festival international de Belfort en France, ainsi que le prix Scribe pour le cinéma, décerné annuellement à une œuvre novatrice en hommage aux frères Lumière. Le film sera également en compétition officielle au 2e Festival maghrébin du cinéma prévu du 4 au 11 juin à Alger.
Kader Bentounès

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